« Pourquoi ta mère peut-elle rester chez nous une semaine, alors que la mienne ne le peut pas ? », m’a demandé mon mari.

Ma belle-mère est d’une protection féroce envers son fils. Chaque jour pendant les vacances, mon mari traverse Paris pour déjeuner chez sa mère. Tous les jours, il reçoit des textos delle, des mots sucrés ou des instructions brèves. Quand il est perdu, il se jette dans les bras de sa mère pour quelle le guide. Lorsque largent lui manque, cest vers elle quil se tourne, espérant quelques euros glissés dans la paume.

Ce soir, en rentrant de mon bureau dans le tumulte du XIIᵉ arrondissement, jouvre la porte de notre appartement. Sa mère est là, debout au milieu du salon, une valise débordant de chemises, de livres de cuisine et de souvenirs dun autre temps.

Bonsoir, maman ! je souffle. Mais dis-moi, que fais-tu ici avec cette valise, comme si tu partais ou revenais ?

Jai décidé de minstaller chez vous pour une semaine, ma chère, dit-elle avec sérieux. Je viens taider dans la maison, avec lenfant et, évidemment, avec ton mari. Après tout, il faut bien nourrir ce garçon ! Et agir, car tout va si vite maintenant, pas vrai ? Tu travailles, non ? C’est pour ça !

Bien sûr, ma belle-mère est une femme qui règne, une impératrice dans son petit empire domestique. Je nai rien répondu, ni crié, ni grincé des dents. J’ai seulement trouvé mon mari, lui, toujours paisible, le regard un peu absent, comme sil rêvait encore à sa soupe enfumée denfance. Et là, il ma répondu dune manière qui ma ramenée tout droit dans un songe étrange.

Chérie, attends Ta mère décide de sinstaller sans demander ? Elle pense que tu nes pas capable de gérer la maison tout seule ?

Ca ne me dérange pas, dit-il, les bras croisés. Quelle reste, si ça lui chante ! Pourquoi ta mère pourrait rester sans quon sy oppose, et la mienne non ? Est-ce que la mienne est pire ? Quand ta mère est venue, ai-je dit quelque chose ?

Mais attends Ma mère vit à Bordeaux ! Elle vient à Paris seulement une fois par an, parfois deux ! Tu voudrais que jexile ma propre mère à lhôtel ? La tienne habite juste en bas, elle monte chaque jour, parfois deux fois, comme une brise persistante ! Je lui ai lancé.

Je nai pas envie que ma belle-mère règne sur notre appartement pendant mon absence. Je limagine, glissant son nez dans mes armoires, inspectant les tiroirs, réarrangeant mon linge sans que personne ne lui demande rien, comme dans un rêve déformé où le temps se plie et se tord.

Mon mari Lui, il trouve tout cela naturel. Sa chevelure commence à se pincer de gris, mais sa mère lui apporte encore la soupe chaude, lui tripote les joues et lui chuchote des conseils de jeunesse. Nous discutons toujours de tout cela une boucle infinie qui recommence, comme un refrain. Je sens quil na jamais vraiment quitté le nid. Elle, sa mère, me reproche sans fin de ne pas choyer son fils comme il faudrait. Elle surgit, toujours avec ses mille conseils : comment faire ceci, cela, surveiller sa santé, un vrai manuel du bon fils à lancienne.

À notre mariage, elle passait chaque jour, lavant ses chaussettes, scrutant lhorloge en attendant quil rentre dîner. Plus les jours passaient, plus je mépuisais Jai parlé à Luc, mon mari. Il a dit à sa mère despacer ses visites : elle est passée à deux, puis trois fois par semaine. Mais à la naissance de notre fils, elle a recommencé, sans demander, à simposer, revenant dans notre quotidien comme la Seine qui déborde sur ses berges.

Maintenant, je pense à louer un autre appartement, menfuir vers une rue calme près du jardin des Plantes, si elle décide de régner sur notre vie. Jen parle à Luc, la mine grave : je partirai si ta mère reste ici.

Maman veut juste aider ! proteste-t-il, la voix pleine de tristesse.

Mais est-ce que jai vraiment besoin de son aide ?

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