Mariage blanc : quand l’amour n’est qu’une façade

Mariage de convenance.

J’ai un mariage de convenance avec François.

Les circonstances ont fait que François avait un besoin impérieux de se marier pour avancer dans sa carrière professionnelle. Il travaille dans une grande entreprise parisienne, dirigée par un ardent défenseur des valeurs familiales, Gérard Lefèvre, le patriarche d’une famille nombreuse très respectée. Père de cinq filles déjà majeures, beau-père de cinq gendres, et grand-père de neuf petits-enfants, il ne rate jamais une occasion de rappeler combien il est fier de sa tribu. Pour lui, le mot « célibataire » est presque une injure. Un collaborateur non marié est à ses yeux un citoyen de seconde zone, voire un marginal, quel que soit son talent ou son dévouement professionnel.

Ayant compris cela, François réalisa rapidement qu’un mariage officiel était indispensable s’il voulait obtenir enfin un poste à la hauteur de ses compétences et ambitions.

Après avoir longuement pesé le pour et le contre, il me proposa un mariage blanc. C’était sans risque pour lui : il me connaît depuis la maternelle, nos mères sont amies depuis toujours et elles le sont encore aujourd’hui. Nous avons traversé toute notre scolarité ensemble, partageant le même pupitre dès le CP, jusqu’au bac. Il m’a aidée en maths, je corrigeais ses dissertations. Il connaît par cœur mon absence totale de calcul et il sait parfaitement que jamais je ne chercherais à lui prendre son appartement ou son argent en cas de séparation.

De mon côté, j’ai tout de suite accepté cette proposition. À cette époque, je venais de traverser une rupture difficile après trois ans de relation, et il me fallait à tout prix changer d’air pour éviter de sombrer dans la mélancolie. J’avoue, je voulais aussi piquer mon ex : me marier avec quelqu’un de brillant, charmant, au volant d’une belle Peugeot et habitant un trois-pièces à Saint-Germain-des-Prés, c’était une belle revanche, non ? Devant mes amies aussi, je voulais afficher une image parfaite : tout va bien, regardez-moi !

Bref, nos objectifs et nos intérêts se sont trouvés en parfaite harmonie et nous avons discrètement officialisé notre mariage à la mairie du 6ème arrondissement, sans chichi ni orchestre, sans témoins à foison, sans limousine blanche, ni pigeons ou robe de mariée, ni voile ni costume sombre traditionnel.

Juste un jour de semaine, nous avons pris quelques heures sur notre pause déjeuner pour passer devant l’officier d’état civil et apposer nos signatures sur le registre officiel. Mais nous avons tout de même échangé des alliances, pour la forme.

J’ai même accepté de changer temporairement de nom : Morel a tout de suite eu plus d’allure qu’Augereau, avouons-le.

Il faut bien reconnaître que ce mariage a parfaitement rempli son rôle.

Un mois plus tard, François était promu Directeur du Département. Sa nomination était pleinement méritée.

Mon statut d’épouse a soudainement boosté mon image auprès de mes amies et de ma famille. J’ai savouré un plaisir tout particulier en recevant quelques SMS de mon ex, du genre : « Je te souhaite tout le bonheur, même si j’espérais qu’on se retrouverait un jour. » Eh oui, mon gars, c’est souvent après qu’on réalise la valeur de ce qu’on a perdu. Mords-toi les doigts, maintenant.

Nos prévisions concernant ce mariage ont donc été dépassées en tout point.

Entre parenthèses, j’ai emménagé quelques temps chez François. C’était son idée, pour rendre l’histoire crédible.

Un matin de samedi.

Je prépare le petit déjeuner dans la cuisine. Une omelette, des crêpes au fromage blanc, un café crème. François aime démarrer la journée par un solide petit-déj.

Je jette un œil par la fenêtre. Un magnifique jour d’avril commence.

Le printemps est ma saison préférée.

Aujourd’hui, le programme est chargé. Je dois rendre visite à mes parents. Faire le ménage. Un peu de lessive. Préparer un bon déjeuner du samedi : pourquoi pas des escalopes à la crème, de la ratatouille, une pizza maison, et une salade « César » à la française ? Mes pensées vagabondent, la tête pleine de ces tâches domestiques, comme toutes les maîtresses de maison.

Voilà déjà treize ans que François et moi sommes dans ce mariage factice. Notre fille, Clémence, entre au CP cette année. Et notre fils, Louis, termine déjà la 5ème. Un vrai premier de la classe, comme son père. Un papa intelligent et exemplaire.

Enfin, du moins, pas tout à fait un vrai mari… puisque notre mariage était factice.

Avec le recul, je me rends compte qu’aucun arrangement, aussi avantageux soit-il, ne remplace l’authenticité des vrais sentiments. Aujourd’hui, je sais une chose : même les mariages de raison font grandir, tant qu’on reste sincère avec soi-même.

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