Camille attend depuis quarante minutes dans la file. Devant elle, quatre personnes ; derrière, six autres. Les papiers pour la demande de subvention sont prêts, soigneusement rangés dans une pochette transparente.
Elle fait défiler son téléphone quand elle entend une voix.
— Camille ? Camille, c’est toi ?
Elle lève les yeux. Mathieu se tient au guichet voisin, légèrement de biais, comme s’il s’était tourné par hasard. Il porte une veste froissée, fermée de travers. Sous l’œil gauche, un bleu jaunâtre, déjà en train de partir mais encore visible.
— Salut, dit Camille d’une voix neutre.
— Quelle rencontre ! sourit Mathieu, large, théâtral. Deux ans, hein ? Le temps file.
Il s’approche, se met à côté d’elle comme si c’était entendu. Camille ne recule pas, mais ne s’avance pas non plus. Elle le regarde calmement, sans expression.
— Tu as bonne mine, dit-il. Vraiment. Quelque chose a changé. Une nouvelle coupe ?
— La même, répond Camille.
— Non, c’est sûr, autre chose. Tu as maigri ? Ou bronzé ? Il plisse les yeux pour l’examiner, et Camille remarque un tressaillement au coin de sa bouche.
Sous cette bravade affichée, il y a autre chose. De la confusion. Ou l’habitude de cacher la gêne derrière des mots.
— Tu te souviens de notre voyage à Tours ? dit Mathieu. Lulu avait fait tomber sa glace sur sa chaussure, et Léa le consolait. C’était drôle. Elle avait trois ans, non ?
— Quatre, corrige Camille.
— Quatre, c’est vrai. Une bonne époque.
Camille se tait. La file avance d’une personne. Elle fait un pas en avant.
— Tu vas bien, au fait ? demande Mathieu en se penchant un peu. Tu t’en sors ?
— Je m’en sors.
— Et les enfants ?
— Ils grandissent.
— Lucas va à l’école ?
— Oui.
Mathieu se tait. Puis il piétine, change de pied.
— Bon. Content de t’avoir vue. Si jamais…
— Il faut que j’y aille, dit Camille. Mon guichet est libre.
Elle se détourne et s’approche du comptoir. Elle sort ses documents, les pose devant l’employée. Ses mains bougent avec calme, par habitude.
Quand elle se retourne dix minutes plus tard, Mathieu n’est plus là.
— Salut, dit Camille en ôtant ses chaussures.
— Salut ! lève la tête Léa. Tu as acheté la glaçure ?
— Oui. Deux pots. Turquoise et terre cuite.
— Je peux essayer ?
— Demain. Il faut qu’elle repose aujourd’hui.
Lucas ne lève pas la tête. Camille s’approche, pose la main sur le sommet de son crâne. Il se renverse un peu en arrière, d’un geste habituel.
— Tu as faim ? demande-t-elle.
— Un peu.
— Je réchauffe le ragoût. Quinze minutes.
La soirée passe tranquillement. Les enfants dînent, Léa s’endort tôt, Lucas va dans sa chambre. Camille s’installe à son établi, où attendent quatre tasses inachevées – une commande du café de la rue de Rivoli. La terre est humide, docile. Elle prend une estèque, commence à retirer l’excédent.
Mais ses doigts bougent distraitement.
Elle repose l’outil. Ferme les yeux. Mathieu se tient devant elle – froissé, avec un bleu, ce sourire maladroit. Il y a deux ans, il avait fourré ses affaires dans un sac de sport, dit « j’ai besoin d’être seul » et fermé la porte derrière lui.
Camille n’avait pas pleuré, alors. Elle avait lavé la vaisselle, couché les enfants et était restée jusqu’à quatre heures du matin devant son tour de potier. Le matin, elle avait déposé Lucas à l’école et s’était inscrite à un stage de cuisson.
Aujourd’hui, elle n’arrive pas non plus à dormir. Mais la raison est différente. Pas de la douleur. Pas de la nostalgie. Quelque chose comme de la méfiance. Un instinct qui lui dit : il va revenir.
Le matin, on sonne à la porte. Sophie se tient sur le seuil avec un sac d’où dépasse un bord de papier aluminium, et une boîte de pâte blanche.
— Je t’apporte une tarte aux pommes et deux kilos de faïence, dit-elle en guise de bonjour.
— Entre, recule Camille.
Sophie passe dans la cuisine, pose le sac sur la table, s’assoit sur un tabouret. Elle s’assoit toujours comme ça – tout de suite, sans façons.
— Alors, raconte, dit Sophie. Tu avais une drôle de voix au téléphone.
— J’ai vu Mathieu. Hier. Au centre administratif.
Sophie s’immobilise, un couteau à la main.
— Et ?
— Il faisait la queue. Un bleu sous l’œil. Veste froissée. Il souriait comme si tout allait bien.
— Du classique, coupe Sophie en taillant un morceau de tarte. Et qu’est-ce qu’il disait ?
— Il parlait de Tours. Disait que j’avais bonne mine. Demandait des nouvelles des enfants.
— Et toi ?
— J’ai répondu brièvement. Je suis partie quand mon tour est venu.
Sophie se tait. Puis elle repose le couteau.
— Camille, je vais être franche. Tu sais que je suis toujours franche.
— Je sais.
— Il y a deux ans, ce type s’est levé et il est parti. Pas parce que vous vous étiez disputés. Pas parce qu’il s’était passé quelque chose de terrible. Il est parti parce qu’il s’ennuyait. Ou qu’il se sentait à l’étroit. Ou qu’il avait décidé qu’il méritait mieux.
— Sophie…
— Attends. En deux ans, tu as monté tes commandes de zéro. Tu t’es fait un nom. Trois cafés prennent ta vaisselle. Tes enfants sont nourris, habillés, dans une bonne école. Tu as fait tout ça toute seule. Et lui, il fait la queue avec un bleu et il raconte des histoires de glace à Tours.
Camille se tait.
— Il va essayer de revenir, dit Sophie. C’est une question de jours. Le bleu, les vêtements froissés, l’air minable – c’est de la préparation. D’abord la pitié, ensuite « j’ai changé », ensuite « on essaye ».
— Peut-être que je me trompe, dit Camille doucement. Peut-être qu’il a vraiment…
— Non, secoue la tête Sophie. Tu ne te trompes pas. Tu es juste gentille. Ce n’est pas pareil.
Le message arrive deux jours plus tard. Court, poli : « Camille, on peut se voir ? Parler. Rien de grave, juste parler. »
Camille le lit, assise devant son tour de potier. La terre tourne sous ses doigts, molle, docile. Elle arrête le tour. S’essuie les mains avec une serviette. Elle écrit : « Parc près de l’école. Demain à midi. »
Il arrive sans bleu. Rasé de près, chemise propre. Il s’assoit sur le banc à côté d’elle, laissant un demi-mètre entre eux.
— Merci d’avoir accepté, dit-il.
— Je t’écoute.
— Quand je suis parti… Il s’arrête, cherchant ses mots. Les premiers mois, j’ai senti la liberté. Tu sais, celle où tu fais ce que tu veux, quand tu veux. Aucune obligation.
— Et ensuite la liberté s’est arrêtée. Il ne restait que le vide.
Camille regarde droit devant elle.
— Lucas me manque, continue Mathieu. Léa. Toi. La maison. Les soirs où tu modelais et je lisais aux enfants. L’odeur de la terre dans la cuisine.
— Mathieu, où veux-tu en venir ?
— Je peux venir ? Juste dîner avec les enfants. Une fois. Je ne demande rien. Juste les voir.
Camille reste longtemps silencieuse. Une minute, peut-être deux.
— D’accord, dit-elle enfin. Un dîner. Tu es un invité. Pas plus.
— Bien sûr.
— Ça veut dire : tu viens, tu manges, tu parles aux enfants et tu repars. Sans parler du passé. Sans promesses. Sans rien.
— J’ai compris.
— Samedi. À six heures.
Elle se lève et s’en va sans se retourner.
À la maison, elle annonce la nouvelle aux enfants.
— Lucas, Léa. Votre père vient dîner samedi.
Léa lève la tête :
— Papa ?
— Oui.
— Pour longtemps ?
— Pour le dîner. Il mange avec nous et il repart.
Lucas se tait. Puis il demande :
— Pourquoi ?
Camille s’accroupit près de lui.
— Il l’a demandé. Il veut vous voir.
— J’ai accepté. Une fois.
Lucas hoche la tête. Son visage est grave, adulte malgré son âge.
Samedi arrive vite. Camille prépare du poulet aux pommes de terre – simple, sans prétention. Elle met la table pour quatre. Sort les assiettes – les siennes, façonnées à la main, aux bords irréguliers et à la glaçure turquoise.
Mathieu arrive pile à six heures. Avec un sac – du jus, des bonbons, un coloriage pour Léa.
— Salut, dit-il du seuil.
— Entre. Déchausse-toi.
Léa arrive la première. Elle s’arrête à un pas, le dévisage.
— Salut, ma puce, dit Mathieu en s’accroupissant.
— Tu as une barbe, dit-elle.
— Oui. Je l’ai un peu laissée pousser.
— Elle pique ?
— Un peu, sourit-il.
Lucas sort de sa chambre. Il hoche la tête. S’assoit à table.
Le dîner se passe paisiblement. Mathieu demande des nouvelles de l’école, des dessins, des animaux en pâte à modeler. Léa raconte son amie Chloé et comment elles ont construit une cabane avec des couvertures. Lucas répond brièvement, sans hostilité.
Camille parle peu. Elle sert, débarrasse, verse le thé.
Quand les enfants vont dans leur chambre, Mathieu reste à table.
— Belles assiettes, dit-il en passant le doigt sur le bord. C’est toi qui les as faites ?
— Oui.
— Talentueux.
— Merci.
Il se tait. Puis il dit :
— Camille, je t’aime toujours.
Camille pose sa tasse sur la table. Lentement, prudemment.
— Mathieu.
— Attends, laisse-moi parler. Je sais que je suis parti. Je sais que c’était lâche. Mais j’ai changé. Vraiment changé. J’ai pensé à toi chaque jour.
— Chaque jour pendant deux ans, ça fait sept cent trente jours, dit Camille. Et pas un seul appel.
— J’avais honte.
— La honte, ce n’est pas une explication. C’est une excuse.
Il tend la main, essaie de toucher la sienne. Camille retire sa main – doucement, mais nettement.
— Non, dit-elle.
— Camille…
— Tu étais un invité. Les conditions étaient claires. Le dîner est fini.
Mathieu la regarde. Quelque chose passe dans ses yeux – de la vexation, de la surprise, peut-être de la colère.
— D’accord, dit-il. J’ai compris.
Il se lève, enfile sa veste, la ferme. Il se retourne sur le seuil.
— Je peux revenir ?
— Je réfléchirai.
La porte se ferme. Camille rassemble la vaisselle restante, la lave, la range. Puis elle s’assoit devant son tour et travaille jusqu’à minuit.
Quatre jours plus tard, Mathieu revient. Sans prévenir. Avec un bouquet de chrysanthèmes blancs, enveloppé dans du papier kraft.
Camille ouvre la porte et voit les fleurs avant son visage.
— Je ne t’avais pas invité, dit-elle.
— Je sais. Mais il fallait que je vienne. Camille, je veux revenir.
Elle reste dans l’encadrement, sans le laisser entrer.
— Revenir où ?
— À la maison. Avec vous. Avec toi et les enfants.
— Ce n’est plus ta maison, Mathieu. Ça fait deux ans.
— Mais ce sont mes enfants.
— Les enfants, oui. La maison, non.
Il change de pied. Les fleurs oscillent dans sa main.
— Camille, donne-moi une chance. Une vraie chance. Je vais me stabiliser, t’aider. Être là. Tout redeviendra comme avant.
— Je ne veux pas « comme avant », dit Camille. « Avant », c’était moi seule avec deux enfants et un mari qui regardait le plafond en rêvant de liberté. « Avant », c’était moi qui attendais. Je n’attends plus.
— Tu es en colère.
— Non. Je dis les choses comme elles sont. La différence est grande.
— Tu ne me laisses même pas entrer dans l’appartement.
— Parce que tu viens sans invitation. Avec des fleurs. Avec un plan tout prêt. Tu n’as même pas demandé si je le voulais.
— Et toi, tu ne le veux pas ?
— Non, dit Camille. Je ne le veux pas.
Mathieu baisse les fleurs.
— Je n’y crois pas, dit-il. Je n’y crois pas qu’en deux ans tout soit passé. Ça n’arrive pas.
— Si. Quand quelqu’un s’en va en silence, et que tu restes avec deux enfants, un frigo vide et trois cents euros sur ton compte – ça arrive. Quand tu apprends à modeler la poterie la nuit parce que le jour tu n’as pas le temps – ça arrive. Quand Léa demande « où est papa ? » et que tu ne sais pas quoi répondre – ça arrive. Tout passe, Mathieu.
— Je me suis trompé.
— Oui. Tu t’es trompé.
— Et tu ne me pardonnes pas ?
Camille le regarde droit dans les yeux, sans colère, sans pitié.
— Je t’ai pardonné il y a longtemps. Pardonner et revenir, ce sont deux choses différentes. J’ai pardonné pour continuer à vivre. Mais il n’y a nulle part où revenir. La maison dont tu es parti n’existe plus. Il y en a une autre. La mienne.
Mathieu reste muet. Le bouquet pend le long de son corps.
— Tu peux voir les enfants, dit Camille. Sur rendez-vous. Le week-end. S’ils le veulent. Mais pas ici. Et pas comme ça.
— Comment – pas comme ça ?
— Pas avec des fleurs et des promesses. Pas en essayant de récupérer ce que tu as détruit toi-même. Honnêtement. Simplement. Comme un père qui vient voir ses enfants – et qui repart.
— C’est cruel, dit-il doucement.
— Non, Mathieu. Ce qui est cruel, c’est de partir sans explication. Ce qui est cruel, c’est deux ans de silence. Ce qui est cruel, c’est d’arriver avec un bleu et de parler de Tours quand ta fille a oublié ta voix. Ça, c’est cruel. Ce que je fais, c’est de l’ordre.
Il reste encore une trentaine de secondes. Puis il lui tend les fleurs.
— Prends-les, au moins. Tu les jetteras si tu veux.
Camille ne les prend pas.
— Va-t’en, dit-elle. Calmement, sans scène. Quand tu seras prêt à parler des enfants, écris-moi. Je répondrai.
Mathieu hoche la tête. Il se retourne. Il descend l’escalier, tenant le bouquet dans sa main pendante.
Camille ferme la porte. Tourne la serrure. Elle reste une seconde adossée à la porte.
Puis elle se redresse, retourne dans la cuisine et allume la bouilloire.
Le téléphone sonne une heure plus tard. Sophie.
— Alors ?
— Il est venu. Avec des fleurs. Il voulait revenir.
— Et tu as refusé.
— Oui.
— Comment il était ?
— Perdu. Vexé. Mais il est parti sans faire d’histoire.
— Tu es formidable, dit Sophie. Sérieusement.
— Je ne suis pas formidable. Je sais juste ce que je ne veux pas.
— C’est ça, « formidable ». La plupart des gens ne savent pas. Ou ils savent, mais ils ont peur de le dire.
— Je n’avais pas peur, dit Camille. J’étais claire. Pour la première fois depuis longtemps – absolument claire.
— Bois un thé. Couche-toi tôt. Demain sera un jour normal.
— Oui. Normal. C’est bien.
Le matin arrive sans angoisse. La lumière tombe en biais sur le sol. Camille se lève à sept heures, comme toujours, et va dans la cuisine.
Elle sort la farine, les œufs, le fromage blanc. Elle prépare la pâte pour les crêpes au fromage – gestes précis et habituels. La poêle chauffe, le beurre grésille.
Léa arrive la première, pieds nus, avec son ours en peluche.
— Des crêpes au fromage ? demande-t-elle.
— Des crêpes au fromage.
— Avec de la confiture ?
— Avec de la confiture.
Lucas sort cinq minutes plus tard. Il s’assoit à table, pousse son assiette vers lui. L’assiette est d’une couleur sable chaude – Camille l’a faite le mois dernier, spécialement pour les petits-déjeuners.
Ils mangent en silence. Puis Lucas repose sa fourchette.
— Il va revenir ? demande-t-il.
Camille regarde son fils. Il a dix ans, mais parfois on dirait vingt.
— Je ne sais pas, dit-elle. Peut-être qu’il vous verra le week-end. Si vous voulez.
— Moi, je ne veux pas. Je n’ai rien à lui dire.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il voulait récupérer ce qui était avant. Et ce qui était avant n’existe plus. Il y a ce qui est maintenant. Et maintenant, c’est mieux.
Lucas hoche la tête. Il se tait.
— Tes assiettes sont belles, dit-il.
Camille sourit.
— Merci, Lucas.
— Sérieusement. J’en ai parlé à l’école. Les copains ont demandé à voir.
— Je t’en donnerai une à emporter. Celle avec le dessin de bouleau.
— Je peux avoir la bleue ? Celle avec la petite fêlure sur le bord ?
— D’accord. Mais fais attention.
Léa lève la tête de son assiette.
— Et moi, tu m’en donnes une ?
— Je t’en ferai une exprès. Laquelle tu veux ?
— Avec un chat.
— Entendu.
Après le petit-déjeuner, Camille consulte ses mails. Deux nouvelles commandes – un set de bols pour une boutique de thé, et une série de plats décoratifs pour un restaurant de la rue de la Roquette. Elle note les dimensions, calcule la glaçure, esquisse les modèles au crayon dans son carnet.
Son téléphone est posé à côté. Pas de message de Mathieu. Et Camille le sait – il n’y en aura pas. Pas aujourd’hui. Peut-être demain. Peut-être dans une semaine. Mais quoi qu’il écrive, la réponse existe déjà. Claire, définitive, prononcée à haute voix.
Elle allume le tour. Pose une boule de terre au centre. Mouille ses mains.
La terre cède, comme toujours. Molle, docile. Les parois du bol montent sous ses doigts – régulières, fines, vivantes.
Léa passe la tête dans l’atelier.
— C’est beau, dit-elle.
— Ce sera un bol. Pour le thé.
— Je peux essayer ?
— Assieds-toi à côté. Tiens, voilà un morceau.
Léa s’assoit sur un petit tabouret, prend la boule d’argile et commence à la pétrir. Concentrée, la lèvre mordue.
Camille travaille. La lumière tombe sur la table, sur ses mains, sur la terre humide. Tout est à sa place. Les assiettes sèchent dans l’égouttoir – celles dans lesquelles ils viennent de manger. Les esquisses sont dans le carnet. Les commandes attendent leur tour.
Elle n’a rien à prouver. Ni à lui, ni à elle-même. La vie qu’elle a construite en deux ans parle d’elle-même – doucement, avec assurance, sans mots inutiles.
Elle n’attend plus personne. Et ce n’est pas de la solitude. C’est une certitude calme et égale : tout ce dont elle a besoin est déjà là.
La terre tourne. Le bol prend forme.
Camille travaille.