J’ai loué un mari pour « transformer » mon amie en grenouille, puis je suis tombée désespérément amoureuse de lui.

**15juin2026 Paris**

Cher journal,

Ce matin, je me suis réveillée avec le téléphone qui vibrait. «Anne, tu as reçu linvitation de Rita?» mavait demandé Julie, dune voix pressée. Jai répondu, les mots se bousculant dans ma tête : «Oui, mais je ne compte pas aller à ce mariage», aije lancé, en regardant le petit écran. Elle a éclaté de rire, puis a insisté: «Comment! Cest notre amie, et en plus ce sera un grand banquet, un mariage avec un étranger! On dînerait dans le meilleur restaurant de la ville!» Jai haussé les épaules, le cœur lourd. «Je nai personne avec qui y aller. Tu sais bien que je suis avec Julien, tout va bien entre nous. Si jy vais seule, Rita se moquera de moi, tu le sais!» Julie a soupiré, puis a conclu: «Je passerai chez toi ce soir, on trouvera une solution.»

Rita et Julie sont mes amies duniversité. Avec Julie, le contact ne sest jamais rompu, mais avec Rita, les échanges se sont fait rares depuis quelle a déménagé à létranger il y a quelques années. Elle vient de nous annoncer son futur mariage, et son ton, toujours un brin hautain, ma rappelé pourquoi je ne voulais pas y assister : je navais pas de «demipartenaire» à présenter, et je craignais les railleries de Rita.

Quand Julie est arrivée, elle avait lair pleine didées farfelues, comme toujours. «Anne, jai trouvé! On va te dénicher un mari ou au moins un prétendant. Tu décides!» atelle lancé. Jai haussé les sourcils, incrédule. «Quel mari? Tu rigoles?»

Elle a souri, cette petite rêveuse, et a sorti un plan qui semblait sorti dun film. «Il y a des agences qui louent des hommes pour des soirées. Ça pourrait nous sauver!» Jai senti mon sang bouillir. «Non, je ne veux pas commander un homme!» aije protesté, la voix tremblante. Julie a répliqué, plus douce : «Ce nest pas un «gars», cest un mari de location, même sil nest pas réel. Lidée, cest de mettre un sourire sur le visage de Rita, nestce pas?Jai déjà appelé, tout est arrangé!»

Jai demandé le prix. «Pas cher, ne ten fais pas. Jai envoyé ta photo à lagence, ils soccuperont de tout. On ira choisir les tenues ce weekend.»

Le lendemain, je me suis rendue au cinéma «Le Grand», où le «mari à la location» devait mattendre. Jai pris place sur un banc, les mains tremblantes. Un homme élégant, costume gris, cravate noire, sest approché. «Bonsoir, vous êtes Anne?» atil demandé dune voix posée. «Je mappelle Victor.» Il ma offert un petit bouquet de roses. Jai rougi, les joues en feu. «Ne vous inquiétez pas, votre amie ma tout expliqué. Je jouerai le rôle du futur mari sans problème.»

Nous avons parcouru les rues de Paris, du Marais à la rive gauche, pendant plusieurs heures. Il a noté mon adresse, promettant de revenir samedi près de mon immeuble. Jétais surprise par la gentillesse de Victor, même si je ne comprenais pas pourquoi il avait choisi ce métier.

Samedi, il a sonné à mon interphone. «Je suis là, Anne.» En ouvrant, jai eu un petit choc: Victor portait un costume taillé sur mesure, et conduisait une berline allemande flambant neuve. Son visage était dune beauté presque irréelle. «Mon cher, montez, le temps nous presse!» matil dit, un sourire en coin. Jai senti mon souffle se couper.

Le mariage de Rita sest déroulé dans un hôtel de luxe à Versailles. Tout était somptueux, la salle décorée de fleurs blanches et de chandelles. Rita, radieuse, ma accueillie avec un sourire qui a vite disparu en voyant Victor à mes côtés. Son futur époux était un homme dune cinquantaine dannées, chauve, corpulent, très différent du jeune prétendant que javais imaginé.

Je me suis sentie gagnante. Depuis toujours, Rita se moquait de moi, affirmant que je ne serais jamais mariée, que jétais trop simple, sans mystère. Aujourdhui, javais prouvé le contraire. Victor ne ma jamais quitté de la soirée ; il ne regardait aucune autre femme, toute son attention était sur moi.

«Alors, ça te plaît?» a murmuré Julie, les yeux pétillants. «Oui, merci infiniment!» aije répondu. Rita, un peu jalouse, ma demandé mon avis sur Victor. «Il est charmant, mais demain il partira, nestce pas?» aije soupiré. «Jaimerais que ce jour ne finisse jamais,» aije pensé.

Victor, intrigué, ma demandé si javais déjà vu la ville la nuit. «Non, je dors surtout le jour,» aije ri. Il ma alors proposé de fuir ensemble pour découvrir les lumières de Paris. «Allons!» aije accepté, le cœur battant.

Après les remerciements à Rita, Victor ma prise par le bras et nous avons arpenté les quais de la Seine, les monuments éclairés, les cafés qui bruissaient de conversations. Il racontait des anecdotes, étonnamment cultivées pour un «loueur dhommes». Le matin pointait à lhorizon lorsquil ma raccompagnée chez moi.

«Ce fut un vrai plaisir de te rencontrer,» atil dit en me déposant. «Rien à payer, ta meilleure amie a déjà réglé.»

De retour dans mon appartement, les larmes ont coulé. Jétais émue, un mélange de joie et de tristesse: javais découvert des sentiments que je navais jamais anticipés. Julie ma appelée, inquiète.

«Comment ça se passe?» atelle demandé. «Pire que jamais,» aije répondu, la voix brisée. «Il ta plu?» atelle insisté. «Bien sûr, comment ne pas laimer?Mais je ne peux pas le garder pour toujours, cest une location.» Julie a ri, puis a dit : «Ne te décourage pas, reposetoi, je viens ce soir.»

Le soir, Julie et Victor sont arrivés à ma porte, surprise totale. «Surprise!» a crié Julie, me prenant dans ses bras. Elle a présenté Victor comme son frère. «Combien de fois taije proposé?» atelle plaisanté. Victor a ri, confirmant quil nétait pas réellement employé dune agence, mais quil avait accepté de jouer le rôle pour nous aider à passer un bon moment.

Dans le flot des éclats de rire et des bulles de champagne, le temps semblait suspendu. Aujourdhui, je nimagine plus quà 15années plus tard, Victor et moi mariés, deux enfants qui, quand ils demandent comment nous nous sommes rencontrés, obtiennent le même clin dœil de mon mari: «Au mariage de la meilleure amie de maman.»

Je referme ce carnet avec le sentiment que la vie, même lorsquelle semble ordonnée, réserve des surprises qui dépassent lentendement. Merci, Julie, pour avoir osé rêver, et merci, Victor, pour ces minutes hors du temps.

À demain, cher journal.

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