« Elle ne peut plus vivre ici, on ne compte pour rien — j’entends la fille de mon mari crier à son frère que je dois quitter la maison où j’ai passé les quinze dernières années. — Attends, Marine, ce n’est pas si simple. Où ira tante Tamara maintenant ? — dit Jules, le fils de mon mari, que j’ai toujours jugé plus humain et respectable que sa sœur, après quinze ans de vie commune j’ai enfin vu certaines choses. Mon mari est décédé récemment. Ses enfants du premier mariage sont arrivés et se sont immédiatement emparés de la succession. L’héritage n’est pas négligeable : maison, jardin, garage, voiture. Je ne réclamais rien de particulier, mais à vrai dire, je ne pensais pas qu’on m’expulserait si vite. »

Elle ne peut pas rester ici, elle nest pas la nôtre, jentends la fille de mon mari, ClaireSophie, crier à son frère que je dois quitter la maison où jai vécu les quinze dernières années.

Attends, MadameThérèse. Ce nest pas si simple. Où ira maintenant Tante Thérèse? réplique Yann, le fils de mon mari, que jai toujours trouvé plus humain et plus correct que sa sœur. En quinze ans de mariage, jai fini par voir un peu de leurs faiblesses.

Mon mari vient de décéder. Ses enfants dun premier mariage sont arrivés en trombe et se sont empressés de parler de la succession. Lhéritage nest pas négligeable: la maison de campagne, le potager, le garage, la voiture.

Je ne le réclamais pas vraiment, mais je nimaginais pas quon me chasse ainsi de notre foyer.

Nous nous sommes rencontrés, Paul et moi, quand nous avions déjà vécu des mariages ratés et élevé des enfants. Jai deux filles, Élodie et Maëlle, et Paul a une fille, Amélie, et un fils, Thomas.

Je viens de fêter mon cinquantième anniversaire, et ma fille aînée, Élodie, vient de se marier. Elle a présenté son mari, et ma benjamine, Maëlle, est encore célibataire. Je narrive pas à imaginer comment la petite appartement du centre de Paris pourra accueillir tout le monde, car cest vraiment exigu.

Peu après, Paul, qui a cinq ans mon aîné, me propose de déménager chez lui. Il vit seul depuis longtemps, ses enfants sont déjà adultes, mariés, et il possède une belle maison de campagne avec un potager, des poules, des lapins; à un moment, nous élevions même une vache et un cochon.

Jai réfléchi, et jai accepté: pourquoi pas? Paul est un homme bon, attentionné, et il me traite avec respect.

Je minstalle donc dans la ferme de Paul. Nous gérons bien le domaine: il y a le potager, les volailles, les lapins, et parfois nous nous occupons de la vache et du cochon. Les enfants viennent souvent, les miens comme les siens, et nous les accueillons toujours les bras ouverts, jamais les renvoyant les mains vides, mais toujours avec des sacs remplis de produits du jardin.

Paul et moi navons jamais été mariés officiellement. Au début nous parlions dun jour sceller notre union, puis nous avons conclu que, à notre âge, un timbre sur le passeport na plus grande importance.

Ces quinze années ont été merveilleuses, et je ne regrette rien.

Pendant ce temps, Maëlle sest mariée, et les deux sœurs se disputent la propriété de lappartement. La sœur aînée, qui y vit déjà, refuse de partager ou daccueillir la jeune mariée et son mari. Elle paie donc à la cadette une indemnité financière, et laffaire semble réglée.

Lannée dernière, Maëlle divorçe et revient chez nous avec son enfant. La sœur aînée napprécie pas du tout ce retour, et les disputes ressurgissent. Jespérais quelles se réconcilieraient, mais rien na changé.

Avec la mort de mon mari, je dois à présent rentrer à Paris, mais je sens que lappartement est déjà trop petit pour moi.

Tante Thérèse, si vous le souhaitez, restez ici tant que nous navons pas trouvé dacheteur, me propose Yann le matin suivant.

Je suis touchée par sa généreuse offre, mais Marina, la deuxième fille, précise les conditions de mon séjour: je dois continuer à gérer le foyer, mais désormais seule.

En gros, je deviendrai une maindœuvre gratuite pour eux, sans payer de loyer? Cette idée ne me plaît pas du tout. Dans un village, il faut bien soccuper du potager et des animaux, et à 65 ans, je ne suis plus aussi vigoureuse.

Je suis dans une situation délicate, je ne sais que faire. Rester ici comme employée pour des enfants qui pourraient me virer dès quils vendront la ferme, ou retourner à lappartement qui, officiellement, mappartient encore, même si je me sens superflue làbas?

Quel choix est le plus sage? Aidezmoi, sil vous plaît, à y voir plus clair.

Amis, si vous aimez nos récits, laissez un commentaire et un «jaime». Cela nous encourage à écrire davantage !

Rating
( No ratings yet )
Like this post? Please share to your friends: