Dans un vieil immeuble mal entretenu de Paris, une femme bien en chair secouait son tapis par la fenêtre, sans remarquer que la poussière tombait sur sa voisine maigrichonne à létage inférieur.
Hé, la ronde, fais gaffe à ton tapis ! Tu me fous de la poussière dans les cheveux ! cria la maigrichonne, exaspérée.
La femme en chair répondit avec un sourire narquois :
Ma chérie, tes cheveux sont déjà un désastre. Avec ou sans poussière, ça ne changera rien.
La dispute senvenimait quand la mère de la maigrichonne apparut, une brosse à la main, et frappa la fenêtre de la ronde.
Tu vas casser ma vitre, girafe ! rétorqua cette dernière.
La mère, dun ton sans appel, répliqua :
Tu cherches toujours les ennuis, hein ? Éléphant !
Tandis que les trois femmes échangeaient des noms danimaux, un voleur qui passait par là observa la scène. Il sourit malicieusement en se disant :
« Les femmes toujours à se chamailler. Je pourrais en profiter. »
Cette nuit-là, la maigrichonne rentrait chez elle lorsque le voleur lui barra le chemin.
Ne crie pas. Suis-moi, ordonna-t-il dune voix menaçante.
Où tu veux memmener ? demanda-t-elle, nerveuse.
Il sourit, montrant des dents jaunies.
Dans cette ruelle sombre là-bas. On va samuser un peu.
Ses yeux brillaient comme ceux dun renard affamé. Elle tenta de crier :
Au secours !
Immédiatement, il lui saisit les cheveux et lui couvrit la bouche.
Un autre cri, et je te réduis en miettes, grogna-t-il.
Les lumières de limmeuble sallumèrent, les voisins entrouvrirent leurs fenêtres mais, voyant le danger, refermèrent vite leurs rideaux, terrorisés.
Vous voyez ? ricana le voleur. Toutes ces femmes ont peur de moi. Pathétique !
Latmosphère était lourde, comme si quelque chose de terrible allait arriver. Mais soudain
**Bam !** Un coup sec sur la tête du voleur. Il se retourna et vit la ronde, brandissant une brosse avec détermination.
Lâche cette fille tout de suite, ou tu vas le regretter !
Il éclata de rire.
Toi ? Toute seule ? Écoute, hippopotame, tout à lheure tu te disputais avec elle, et maintenant tu joues les héroïnes ?
Elle le foudroya du regard.
On a nos différends, mais jamais je ne laisserais un homme lui faire du mal. Je suis peut-être seule mais on est nombreuses. Et on se serre les coudes !
Le voleur éclata de nouveau de rire.
Vous êtes toutes faibles !
Cest alors quapparurent derrière la ronde la mère de la maigrichonne et dautres voisines, armées de casseroles, couteaux, fourchettes et balais. Leurs yeux brillaient dune détermination sans faille.
Le voleur sentit la peur lui monter aux tripes.
« Pourquoi jai peur ? Ce ne sont que des femmes ! Jai affronté des types costauds, des flics armés Mais là, cest différent. Si je reste, elles vont machever. »
Latmosphère était électrique. On aurait dit une meute de louves prêtes à bondir.
Allez, les filles ! hurla la ronde.
Elles avancèrent, et le voleur, paniqué, prit ses jambes à son cou en criant :
À laide !
Il trébucha dans une flaque, se rattrapa de justesse à une poubelle, et détala comme un dératé.
Les femmes le poursuivirent un instant avant de sarrêter, soufflant comme un régiment en colère. Elles brandissaient leurs armes improvisées, prêtes à en découdre.
Une fois le calme revenu, la ronde sapprocha de la maigrichonne.
Ça va ?
Oui Merci. Je croyais que personne ne viendrait, murmura-t-elle, émue.
La ronde sourit.
Si on sunissait plus souvent, le monde irait mieux. Ensemble, on est invincibles.
Ce jour-là, la solidarité de quelques femmes terrassa la lâcheté dun seul homme. Et elles prouvèrent quensemble, elles pouvaient tout affronter.