Autrefois, pour ma belle-mère, j’étais « une plouc mal lavée ». Aujourd’hui, elle m’appelle presque tous les jours pour me couvrir d’éloges. Je sais pourquoi ce revirement et ne crois pas un mot de ma belle-mère !

Avant, pour ma belle-mère, j’étais une vipère et une fainéante. Maintenant, je suis devenue une sainte – elle m’appelle presque tous les jours pour me demander pardon. Mais je ne crois pas un mot de ses paroles. Je veux juste dire une chose : « Vous récoltez ce que vous avez semé ! »

Donc, en 2017, j’ai épousé Pierre. On s’est connus en première année de fac à Paris, après la licence on s’est mariés. Je ne suis pas d’ici – je viens d’un petit village dans la Drôme.

Comme on était étudiants avec peu d’argent, on a décidé d’habiter chez sa mère. Françoise avait un trois-pièces au centre de Paris, tout beau rénové. J’ai accepté ce pari : on économiserait plus vite pour notre nid, sans payer de loyer.

Mais elle ne m’a jamais acceptée. Sans honte, elle disait qu’elle voulait une meilleure femme pour son fils unique : « Village mal lavé. Ici, à Paris, les règles sont autres, ma chère. Tu croyais te marier pour piquer l’appart ? Pas question ! »

Pourtant, j’avais trouvé un poste d’assistante dans un bureau de traduction. En plus, je nettoyais, je cuisinais. Rien n’allait : – C’est quoi cette lavasse ? – C’est un pot-au-feu, tout frais. – Tu devais faire la même pour les cochons, non ?

Pierre n’osait pas lui répondre, il la craignait trop. Il avait peur qu’elle nous mette à la rue.

Au bout d’un an, on avait économisé une jolie somme, mais tout est parti dans ses travaux : frigo neuf, micro-ondes, évier, hotte, placards. L’ancien frigo, elle l’a mis dans notre chambre – on y gardait nos provisions. Un jour, j’ai pris une plaquette de beurre chez elle : elle a hurlé comme si je l’avais volée !

J’ai vécu dans cette folie trois ans de plus. Puis le virus a tout chamboulé. Pierre a perdu son boulot, il traînait à la maison. Moi, je bossais à distance avec un ordinateur pro.

Françoise encore : – C’est ça, ton travail ? Lève-toi plutôt pour faire la vaisselle ! – Tout de suite, je finis juste un dossier. – Et le repas ? Regarde Pierre, il maigrit ! Tu es une mauvaise ménagère !

J’ai craqué : j’ai pris mes affaires et je suis rentrée chez mes parents. Pierre m’a appelée une fois – pour me supplier de me réconcilier avec sa mère. On a divorcé.

Dieu merci, j’ai bien travaillé. J’ai acheté un appartement à Paris, puis une voiture. Aujourd’hui, j’ai monté ma propre agence de traduction avec des employés formidables.

Il y a un mois, Françoise m’a téléphoné à l’improviste : – Amélie, tu es tellement brillante. J’ai appris que tu as une belle carrière. J’ai toujours dit que tu réussirais dans la vie.

J’en suis restée muette, repensant à ses « compliments » d’avant. – Merci… – Tu ne t’es pas remariée ? – Non. En quoi ça vous regarde ? – Pierre dépérit sans toi. Vous pourriez vous revoir ?

Il s’avère que Pierre, depuis le divorce, n’a trouvé ni femme ni emploi – il vit toujours chez sa mère, avec des petits jobs irréguliers.

Elle a dû entendre parler de mon affaire et de mon appart, alors elle a voulu « faire la paix ». Maintenant, elle m’appelle quasi chaque jour. Lassée, j’ai enfin mis un point final : – Vous avez oublié comment vous m’insultiez « village mal lavé », comment vous critiquiez ma cuisine, mon travail ? – C’était il y a longtemps, l’eau a coulé sous les ponts. – Non, ça ne marche pas. Dieu vous a punie ! Élevez donc votre petit fils et trouvez-lui une femme digne. Moi, je suis « village mal lavé », non ?

Je n’ai aucune honte d’avoir envoyé balader ma belle-mère – ex-belle-mère. C’est elle qui a brisé notre famille, et maintenant elle veut se racheter ? Merci, mais comme on dit : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.

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