Marie sétait mariée très jeune ; son père lui avait trouvé un mari le jour de ses dix-huit ans. La famille était aiséeque demander de plus pour être heureuse ? Le mariage fut somptueux, tout le village célébrait lunion. Pourtant, les jeunes mariés eux-mêmes semblaient à lécart de la fête.
Marie appréciait son époux, même si elle ne le connaissait guère. Sa sœur, quant à elle, navait pas eu autant de chance : elle avait été mariée à un homme de quarante ans venu dun village voisin. Tout le monde pensait quelle finirait vieille fille, mais leur père avait finalement trouvé un prétendant et promis une belle dot.
Les nouveaux mariés sinstallèrent chez François, le mari de Marie. La maison nétait pas grande, mais ils étaient chez eux. Le chef de famille répétait que, lorsquil y aurait des petits-enfants, on agrandirait la maison.
La belle-mère de Marie nétait pas du genre à lui faire des reproches ; au contraire, elle laida à s’adapter à la vie de jeune épouse et à prendre ses marques. En revanche, la belle-sœur de Marie, Hélène, avait une attitude hostile envers la nouvelle venue. Hélène était laînée, mais elle vivait toujours chez ses parents. Son père lavait déjà mariée une première fois, mais le gendre était revenu un an plus tard avec la jeune femme et ses affaires. Hélène savérait être une vraie peste. Elle refusait dassumer la moindre responsabilité domestique et ne voulait pas fonder une famille. Ainsi vivait-elle, isolée.
Selon une vieille coutume du village, la belle-fille ne devenait véritable maîtresse de maison quaprès la naissance de son premier fils. Avant cela, elle devait rester discrète et docile. Cest pourquoi chaque jeune femme, dès son arrivée sous le toit conjugal, espérait tomber vite enceinte.
Marie suivit la même stratégie. En attendant dêtre mère, Hélène lui imposait les tâches les plus ingrates et pénibles. Pourtant, cela navait pas grand sensil y avait déjà des employés de maison pour ces corvées. Mais Hélène adorait humilier pauvre Marie.
Quand François apprit la grossesse de son épouse, il rayonna de bonheur. Les beaux-parents partagèrent leur joie, fiers de Marie. Le jour même, ils allèrent acheter des matériaux afin dagrandir la maison. Hélène, de son côté, en était folle de rage. Elle comprenait quelle devrait sans doute continuer à vivre coincée dans la maisonnette familiale, à servir ses parents, sans espoir de mariage ni de foyer à elle.
Six mois passèrent. Un matin, Marie fut réveillée par des coups insistants à la porte. Cétait Hélène.
Pourquoi es-tu allongée ? Tu as fini tout le travail ?
Dans la maison, oui. Mais mon mari ne veut pas que je sorte dans la cour.
Tu inventes, en fait tes juste paresseuse !
Que veux-tu ?
Tu me parles comme ça ? Tu veux déjà donner des ordres ? Je te rappelle que tu nas pas encore mis au monde pour me commander !
Jamais je ny ai songé…
Tu nes rien ici, et ton marmot non plus ! Tu comprends bien ?
Hélène, hors delle, se mit à jeter des objets et à crier. Le beau-père accourut et emmena sa fille en furie. Marie caressa son ventre tout en essayant de retrouver son calme. Elle se convainquit que, quoi quil arrive, tout finirait par sarranger. Après tout, le bonheur vient avec la patience, et chacun trouve un jour sa place au sein de la famille et du monde.