Olivia, ces kilos en trop, c’est vraiment les tiens ?

Capucine, ces kilos en trop, ce nest pas un problème? insistait la mère de Julien, les yeux plissés comme sils cherchaient un grain de sel.
À mon avis, je nai rien dexcédentaire, surtout que mon futur mari les trouve parfaits. Tous les hommes ne sont pas des mannequins en forme de fil! lança Capucine, en scrutant Élise et la mère de Julien dun regard espiègle. Cette audace fit rougir Élise comme une tomate mûre.

Maman! Tu as acheté du thé «minceur»? Et des graines de chia? Pourquoi mettre autant de beurre dans mon porridge? Ce sont des kilos de trop! Julien, tas encore acheté du pain au levain? Cest mauvais! Il faut boire trois verres deau le matin, sinon la balance ne bouge pas où est mon eau? Voilà le genre de répliques que Julien entendait depuis quil était petit.

Sa mère et sa grande sœur vivaient constamment dans la panique du chiffre sur la balance. Sa sœur Claire, déjà trentehuit ans, jamais mariée, ressemblait à un cheval maigre au regard affamé. La mère, Élise, était aussi raide quune épingle à tricoter.

Julien en avait raslebol: il rêvait de sentourer de gens joyeux, avec un bon appétit, et surtout dune future épouse qui ne ressemblerait ni à sa mère ni à sa sœur. Et il la trouvée!

Elle sappelait Capucine. Son prénom était doux, agréable, presque sucré comme une madeleine. Capucine nétait pas grosse, mais à un mètre soixantetrois, elle pesait 85kg. Tous ces kilos dégageaient santé et bonne humeur. Sa poitrine bien galbée, sa taille fine, ses formes féminines et les fossettes de ses joues rondes invitaient à les piquer du doigt. Julien en fut immédiatement ébloui.

Un soir, il accompagna Claire à la Banque de France pour régler quelques affaires. Elle prit son ticket, sassit dans le fauteuil réservé, et il erra dans la salle en attendant.

Soudain, un rire argenté, tel le tintement dune petite cloche, parvint à ses oreilles. Il était discret mais tellement contagieux que Julien ne put sempêcher de sourire. Poussé par la curiosité, il suivit le son.

Cétait une opératrice qui aidait un client âgé, éclatant de rire à chaque blague du monsieur. Julien ne pouvait détacher ses yeux delle: ses cheveux ondulés comme la mer, ses lèvres en petit nœud. Elle était également dune taille parfaite, visible à lœil nu.

Il était dans la voiture avec Claire, écoutant son discours monotone, mais il se sentait ailleurs, comme sil était resté dans la banque, aux côtés de cette fille.

Julien, tu mécoutes? demanda Claire, irritée.
Bien sûr, Élise, jécoute. pensa-t-il, essayant de deviner le sujet.

Tu sais, je ne mange plus de viande grillée, seulement du poulet bouilli, se plaignait Claire à son nouveau prétendant. Julien acquiesça, sexprimant avec la langue de bois, «Ce coquin!»

Le lendemain, en fin daprèsmidi, il se précipita à la banque. Lobjet de ses rêves était là, et il poussa un soupir de soulagement. À la fermeture, il sortit de la voiture un bouquet de roses et se dirigea vers la jeune fille.

Mademoiselle, vous navez pas besoin dun mari ou dun gendre pour votre mère? lança-til, un brin maladroit, en tendant les fleurs.

Son visage, un mélange de confusion et damusement, déclencha un rire cristallin. Elle prit les roses, reniflait leur parfum et sexclama :

Mon dieu! Quelle beauté! Ça sent divinement bon!

Depuis ce jour, ils ne se quittèrent plus. Il arrive parfois quon croise quelquun et que lon comprenne que cest le dernier morceau du puzzle, plus rien à chercher. Julien proposa le mariage un mois après leur rencontre, et Capucine accepta avec joie. Il ne restait plus quà rencontrer les parents.

La famille de Capucine laccueillit avec une table débordante de pâtisseries, de rires et de brouhaha. Sa mère, Nathalie Dupont, une belle femme au sourire éclatant, lembrassa sur les deux joues, le laissant tout rouge. Le père, Pierre Dupont, la tapa amicalement sur lépaule, comme un vieil ami, et linvita à la cuisine.

Éloignetoi des femmes, elles te rendront fou. Mais ne tinquiète pas, Nathalie, ma femme est un vrai rayon de soleil! Je laime depuis trente ans. Et Capucine, cest notre petite perle. Prendsen soin, mon fils. dit Pierre, en la regardant attentivement.

Ils sassirent longtemps autour de la table, dévorant avec appétit, riant aux éclats en racontant leurs anecdotes les plus cocasses. Plus tard, Ivan Dupont, le père de Capucine, grattait sa guitare pendant que tout le monde chantonnait en chœur. Julien se sentait à sa place, comme sil connaissait cette famille depuis toujours.

Trois jours plus tard, ils se rendirent chez les parents de Julien. En chemin, ils sarrêtèrent dans une pâtisserie où Capucine acheta des éclairs artisanaux pour les dames. À dixhuit heures, ils arrivèrent.

La porte souvrit sur la mère de Julien, MmeGéraldine Martin.

Oh Bonjour, mes chéris sétonnaelle, les yeux grands ouverts, agrippant la poignée de la porte.

Maman, je taime aussi. On nattend plus à rester sur le pas, on entre? murmura Julien à sa mère, et ils pénétrèrent.

Bien sûr, mon fils. Entre, entre Et vous devez être Capucine, nestce pas? sexclama Géraldine, scrutant la jeune femme de la tête aux pieds.

Oui, je mappelle Capucine! Enchantée de vous rencontrer. tendit la main à Géraldine, qui la serra avec surprise.

Julien présenta alors Capucine à sa famille : «Papa, Élise, maman, voici Capucine, ma fiancée. Nous avons déposé le dossier, le mariage arrive.»

La nouvelle fit lever les sourcils, un silence sinstalla, seulement le cliquetis des fourchettes se faisait entendre.

Bravo, Capucine! Bienvenue dans la famille. Vous avez une petite bouteille? Oh, cest parfait! Et des douceurs? Cest pour vous, les filles. lança Pierre, détendant latmosphère.

Non, non, on ne mange pas de gâteaux le soir. Vous, Capucine Géraldine repoussait dun geste la boîte de sucreries.

Vous ne mangez pas, mais on se régale! Donneznous la boîte, on verra ce quil y a dedans. Je suis sûre que Capucine ne fera pas de mal. Alors, Capucine? sexclama le père avec entrain.

Finalement, tout le monde se posa, un peu plus détendu. Sur la table, du chocolat, des amusebouches légers et une bouteille de champagne. Ils levèrent les verres, burent un trait, puis retombèrent dans un silence légèrement gêné.

Maman, jai fait la connaissance des parents de Capucine. Ils sont formidables, vous allez les adorer, dit Julien, cherchant à remplir le vide. Capucine observait son verre, tandis quÉlise ne quittait pas des yeux Capucine. Le père raconta une blague, tout le monde éclata de rire et la tension sévanouit.

Capucine, ne tinquiète pas, jai un excellent spécialiste. Je le présenterai, il résoudra ton problème. lança soudainement la mère de Capucine.

Un problème? Je nen ai pas. répliqua Capucine, surprise.

Alors, Capucine, ces kilos en trop? Ce nest pas un souci? insista la mère de Julien.

À mon avis, je nai pas dexcès, et mon futur mari les trouve adorables. Tout le monde ne doit pas être une petite brindille, répondit Capucine, jetant un regard moqueur à Élise et à la mère de Julien. Cette impertinence fit éclater Élise.

Capucine, tu as vingt kilos en trop! Cest mauvais pour la santé. Et quand tu auras des enfants, je nimagine même pas ce qui tattendra

Quand jaurai des enfants, je serai encore plus belle, avec mon mari et mon petit. Et vous, Élise? Vous êtes sûre quune femme élancée ne doit pas avoir un beau mari et au moins deux enfants? rétorqua Capucine en mâchant un biscuit.

Élise, rouge de colère, voulut répliquer, mais le père Michel remplissait les verres et lança un toast :

À toutes les femmes de cette famille, si différentes, si aimées!

Ils sortirent dans la rue deux heures plus tard, se regardèrent, soupirèrent en même temps, puis éclatèrent de rire, sans se parler.

Ah je ne mattendais pas à ce que ma future bellemère me traite de «grosse».

Capucine, ma fille, tu es magnifique, tu le sais! Et la mère et la sœur? Pardonnezleur leurs maladresses. On ne choisit pas sa parenté.

Le mariage fut fixé au 25 août. Ce jourlà, parents et amis se réunirent à la mairie de Paris, puis au restaurant. La mariée resplendissait dans une robe somptueuse qui mettait en valeur ses courbes enchantées. Le marié ne pouvait détacher ses yeux delle. La mère de la mariée, Nathalie, ne laissait pas sa fille moindre en beauté. Elle portait une tenue élégante qui soulignait sa silhouette, attirant les regards des messieurs. La sœur de Julien, Claire, était le reflet de sa mère, mais plus jeune.

La musique démarra, les jeunes mariés sélancèrent dans la valse nuptiale, tournoyant sous la douce mélodie. À lœil nu, on ne voyait plus que leurs deux silhouettes. Les invités restèrent bouche bée, captivés.

Hmm La mariée gagnerait à perdre quelques kilos, sinon la robe ne tiendra pas lança la mère de Julien, à demisérieux.

Comme on dit, «Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs», mais la bellemère de Julien, Géraldine, ne pouvait sempêcher de répliquer, sans se rendre compte quelle était déjà au micro.

Dailleurs, beaucoup dhommes ne tombent pas sur un cheval de bataille, ils préfèrent des femmes normales, vivantes. Votre fils, au passage, en fait partie. Et vous, mesdames, faites attention, je suis douce mais nerveuse, je ne peux pas supporter les menaces contre ma fille sexclama Nathalie, les bras grands ouverts, appuyant son généreux buste contre le mur.

Un moment de tension sinstalla, les deux dames se toisaient comme des épées. Ivan Dupont intervint dun ton conciliateur :

Mesdemoiselles! Vous êtes déjà amies, mais je dois «voler» ma femme, chère Géraldine! Nathalie, je vous invite à danser. Les jeunes ont fini, à nous maintenant.

Il prit la taille de sa femme, les fit valser. La musique résonna, les sourires fûtés, la fête sépanouit comme dans les plus belles chansons.

On ne peut quespérer que le couple vive heureux, sépanouisse et prospère Car au fond, nestce pas là lessentiel?

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