Aujourdhui, assis sur le rebord de la fenêtre, je regardais la rue de mon appartement à Lyon. Jattendais mon père, comme chaque soir. Cela faisait déjà deux ans que ma mère était partie, laissant un vide dans notre vie. Elle sest trouvé une nouvelle famille, mavait confié mon père, le cœur lourd. Pourquoi avait-elle abandonné son fils? Je nen savais rien, et de plus en plus, je commençais à loublier.
Mon père, Bernard, faisait tout son possible pour moi. Jai dix ans maintenant, assez grand pour comprendre bien des choses. Il ne me cache plus grand-chose. Jai appris à faire la vaisselle, ranger mes affaires et je ne joue plus avec les jouets, comme les petits enfants. Je me sens plus mature, mais souvent si seul. Mon chien me manque énormément, mais mon père refusait toujours quand je lui demandais den adopter un autre.
Qui sen occupera? Je travaille tout le temps, tu es à lécole, tu es encore trop jeune, soupirait-il.
Finalement, il na pas ramené un chien, mais une femme, qu’il appelait sa compagne. Elle sappelait Solène, et elle sest installée chez nous. Je n’avais aucune envie de lui parler, j’avais décidé qu’elle était de trop. Malgré tout, mon père tenait à ce que je laccepte comme une mère.
«Je nai pas besoin delle!» ai-je clamé, puis je suis retourné à mes occupations. Les jours passaient. Je voyais mon père heureux avec Solène: ils échangeaient des sourires, riaient et se câlinaient. Moi, je restais fâché.
«Papa, je veux quelle sen aille.»
«Louis, ce nest pas possible, tu sais. La maison est difficile sans une femme, sans une mère.»
Le printemps arriva, et le soleil ramenait les enfants dehors. Je jouais dans la cour avec mes nouveaux camarades. Ils mont dit que mon père et Solène comptaient menvoyer dans un foyer daccueil.
Jai eu peur tout à coup. Pourquoi ne mabandonneraient-ils pas? Ils finiraient par avoir un autre enfant, et moi je ne serais quun obstacle Jai commencé à me préparer, juste au cas où.
Un jour, jai surpris une conversation: «Il sera bien là-bas, il faudrait ly envoyer.»
Pour moi, cétait fini. Toute la nuit, je nai pas fermé lœil. Au matin, jai décidé de me débarrasser de Solène, elle napportait que des problèmes. Jai commencé à lui jouer de mauvais tours: trop de sel dans son thé, allumer la plaque sous une poêle vide, faire le vilain garçon. Elle a compris doù venaient ces farces, alors elle ma appelé pour discuter.
«Louis, il faut quon parle. Tu es en colère.»
«Je ne suis pas fâché,» ai-je tenté de répondre.
«Tu sais, je ne veux pas te blesser ou te faire mal, tu es important pour nous.»
«Je ne suis pas ton chéri!»
Puis elle a ajouté: «On a loué un chalet à Annecy pour lété. On voulait te faire la surprise, mais il est temps dêtre honnête. Ton père a trouvé un chien, et on va le chercher aujourdhui. Tu peux venir avec nous.»
«Cest vrai?» Mon cœur était prêt à la croire, et je lai serrée très fort dans mes bras.
Solène était sur le point de pleurer, «Louis, tu peux être heureux maintenant, tout ira bien, pas besoin de pleurer,» dit-elle en mébouriffant les cheveux.
Quand mon père rentra du travail, nous sommes partis chercher le chiot. Mon sentiment envers Solène sétait transformé, et je ne la voyais plus comme une ennemie. Nous avons fait la paix. Le chien, prénommé Moustache, sest endormi dans mes bras. Ce jour-là, nous étions tous heureux.
Je comprends maintenant quon ne peut jamais juger quelquun trop vite. Derrière la peur et la colère, il y a parfois une surprise et beaucoup de tendresse.