Une mamie du village adopte un chiot berger d’Asie centrale : le chien grandit, protège toute la maison, dévore un saladier de nourriture en un clin d’œil, gratte le dos contre la clôture au point de la tordre, et tente même d’emporter la vieille dame d’un seul coup de laisse.

Une vieille dame nommée Marguerite sest un jour offert un chiot berger dAnatolie. La chienne grandit et protégeait la maison comme nulle autre, avalant une gamelle pleine en un clin dœil, se grattant le dos contre la clôture au point de la tordre, et essayant même parfois, dun seul bond, dattraper Marguerite quand elle passait un peu trop près. Mais il faut bien que la chienne soccupe de temps à autre !

Puis Marguerite sest éteinte. Pas à cause de la chienne. Simplement, elle na pas atteint ses 90 ans. Alors, ses enfants et petits-enfants arrivent à la maison de campagne où elle vivait, et là, ils voient la chienne, attachée à sa chaîne, avec un regard qui laisse clairement comprendre que les visiteurs sont plus que bienvenus. Cest quon ne reçoit pas tous les jours un tel afflux de vitamines et de mets variés ! La famille se demande quoi faire de cette boule de muscles et de poils : la piquer ? Ce serait vraiment triste. La garder ? Ils ont trop peur. La relâcher dans la nature ? Ce ne serait pas très chrétien, et le monde na pas mérité pareille épreuve. Ils décident donc de la donner à de bonnes mains. Quitte à payer pour sen débarrasser. Pour celui ou celle qui acceptera ce “monstre”, ils sont prêts à tout.

Ils trouvent un homme, Jean, qui a toujours rêvé de nourrir un gros chien à la gamelle et de lui gratter derrière les oreilles avec un râteau. On ne se refait pas. Ils appellent alors le vétérinaire.

Le vétérinaire, Paul, arrive armé dun plan bien ficelé : on va endormir la chienne avec un tranquillisant et organiser aussitôt son déménagement dans sa nouvelle maison. On noubliera ni de bénir le nouveau propriétaire, ni de glisser un cierge pour sa santé. Ou peut-être pour son repos éternel… On ne sait jamais.

À lheure dite, Paul arrive avec son fusil hypodermique tous les vétérinaires sont de vrais héros dans lâme recharge de tranquillisant, et dun seul tir, envoie la chienne sendormir au pays des songes. On la détache, on la pose sur une bâche, et direction la voiture.

On place la chienne dans le coffre, qui communique avec lhabitacle. Paul, le vétérinaire, sinstalle devant tout de même, le professionnel mérite un peu de confort. Jean, le nouveau propriétaire, prend le volant. Derrière, toute la famille de Marguerite sinstalle, un peu crispée, un peu curieuse. La route commence, les conversations séchangent. Soudain, la chienne se réveille.

Elle relève la tête, observe la scène autour delle dun air intrigué. Partout, des gens assis qui la scrutent.

Paul écarquille les yeux. Jean fait de même, la tête à peine tournée vers la route, se souciant bien peu dêtre au volant.

Que cest intriguant, pense la chienne.
Y a-t-il un paradis là-haut ?, songent les humains.

La chienne se décide alors à savancer dans lhabitacle, se rapprochant des humains, grimpant un peu maladroitement vers eux. Pourquoi hésiter ? Tandis que Jean tente vainement douvrir la portière pour senfuir (il faut dire que, conducteur ou non, il sen moque royalement à ce moment), la chienne lèche tout le monde. Les membres de la famille de Marguerite après tout, ce ne sont pas des étrangers. Jean aussi, puisque, somme toute, cest un nouvel ami. Même Paul, le vétérinaire, pourtant armé dune seringue tout à lheure. Peu importe, humain ou non, tout le monde y passe.

Cest ainsi que les humains ont compris quils sétaient trompés de monstre. Ils ont poursuivi leur chemin, trempés, des pieds à la tête. Les premiers, à cause des torrents de bave de la chienne ; les seconds, submergés par lémotion du réveil de lanimal.

Ma chère et tendre maison de campagne, et mon jardin…

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