13 février
Parfois, la solitude menvahit et je me demande comment un simple geste dindifférence peut bouleverser toute une vie celle dun petit être sans défense. Aujourd’hui, je repense à lhistoire de mon protégé, un chat que lon a jeté dehors, trahi pour une raison si banale que cela en est révoltant.
Jai fait la rencontre de Gaston il y a quelques semaines, en bas de mon immeuble, rue de Montmartre. Cétait un matin dhiver, le vent sifflait dans les branches nues et la neige recouvrait tout dune fine pellicule immaculée. Gaston, recroquevillé devant la porte dentrée quil grattait désespérément, miaulait de manière déchirante, cherchant à retrouver ce foyer quil croyait encore sien. Il avait si peur de la rue, ce monde rugueux qui ne lui avait jamais été familier. Petit prince gâté par la chaleur d’un radiateur et choyé comme on lest rarement, Gaston accourait vers chaque passant, pressé contre leurs jambes mouillées, tremblant de tout son être, les yeux suppliants en quête de réconfort. Il semblait clamer sans cesse : « Sauvez-moi de cet univers hostile où lon ma abandonné. »
Tout cela, parce que sa maîtresse avait, sur un coup de tête, voulu un deuxième animal. Elle avait craqué, en voyant sur Internet une annonce « Donne chat de race, gratuitement » une aubaine. Mais la responsable de ladoption voulait dabord s’assurer de la santé du pensionnaire déjà présent chez elle. Quand le verdict de lanalyse vétérinaire est tombé, le monde de Gaston a basculé : on a découvert quil portait le virus de limmunodéficience féline. Mais aucun signe de la maladie pourtant ! Laffection ne présente aucun danger pour lhumain, ni pour les chiens, vu son caractère exclusif aux chats. Mais cela, la maîtresse na pas voulu lentendre. Elle na pas cherché à comprendre, ni à sinformer. Son « Gaston malade », elle ne le voulait plus sous son toit, redoutant je ne sais quelle contagion. Sans la moindre compassion, elle la jeté dehors, dans le froid, alors quhier encore il dormait paisiblement sur le coussin près du chauffage.
Ce fut la concierge, Mme Clément, qui a donné lalerte. Un matin, elle la trouvé allongé dans la neige, une boule de détresse pelotonnée et muette, commençant à sombrer dans cet engourdissement mortel que le sommeil du froid annonce. Elle na pas détourné le regard, elle. Elle a recueilli Gaston dans sa loge chauffée, la installé sur sa propre écharpe à côté du radiateur, partageant avec lui son déjeuner un simple reste de lentilles. Ce plat modeste a alors pris des allures de festin et lui a réchauffé le cœur, tout autant que le corps.
Plus tard, j’ai pu emmener Gaston à un refuge. Il était très diminué, souffrant dune hypothermie sérieuse et commençait une vilaine toux. Mais les soins prodigués par le vétérinaire et la gentillesse des bénévoles lui ont rendu lénergie quil avait perdue. Aujourdhui, Gaston a retrouvé toute sa vitalité. Il est vif, curieux, parfaitement vacciné, castré et dispose même de son petit carnet de santé, bien à jour.
Il na que trois ans, mon Gaston, un jeune adulte très affectueux qui na rien perdu de sa tendresse. Il adore blottir sa tête contre le creux de mon cou, ronronner fort contre mon oreille comme sil voulait me chanter ses secrets de chat. Pour lui, frotter sa tête contre la mienne, donner de petites tapes de la patte ou me « bisouiller » le bout du nez sont devenus des signes daffection. À chaque départ, il saccroche à mes bras, les yeux tristes, me suppliant de rester un peu plus longtemps. Il sera toujours un chat dintérieur, fait pour un appartement, la douceur dun foyer et les mains attentionnées quil na jamais cessé dattendre.
Jespère du fond du cœur quil connaîtra, grâce à nous, la bonté dune nouvelle famille à Paris, qui saura laimer sans condition.