Rita accepte de s’occuper des plantes et de la tortue de sa meilleure amie Pauline, partie en vacanc…

31 décembre

Aujourdhui, je me suis retrouvée une fois de plus à traverser cette vieille cour pavée de notre immeuble à Lyon. Javais promis à mon amie Charlotte, qui était partie avec son mari passer les fêtes de fin dannée à Chamonix, de moccuper de ses plantes et de nourrir sa tortue. En montant les escaliers avec le trousseau de clés quelle mavait laissé, je me sentais un peu vide, presque flottante. Depuis quelques jours, ma vie semblait se dissoudre, et javais du mal à me remettre des derniers évènements.

Quelques jours avant Noël, javais encore cru que tout était à sa place. Javais prévu, avec mon petit ami enfin, mon ex maintenant Luc, de fêter le réveillon avec notre bande damis dans un petit restaurant au cœur de la ville. Mais voilà, un soir, alors quon dînait tranquillement, Luc ma regardée droit dans les yeux :

Écoute, Margaux je suis désolé, mais je suis tombé amoureux dune autre. Et elle attend un bébé, de moi, depuis quatre mois. Tu comprends, je dois assumer.

Il disait ça calmement, entre deux bouchées de gratin dauphinois, puis il a essuyé ses lèvres avec une serviette, comme si je venais de lui demander le sel. Jétais sidérée.

Et moi alors ? ai-je réussi à balbutier.

Margaux, ne sois pas triste. Notre histoire nétait déjà plus vraiment de lamour, non ? Il vaut mieux que tu tournes la page Crois-moi, cest mieux pour toi.

Il a rangé ses affaires sans un mot de plus, pendant que moi, je me noyais dans mes larmes et le silence de lappartement. Quatre jours entiers enfermé chez moi, rien avalé, juste du café. Heureusement, Claire, mon autre amie, est venue un matin, et en discutant, elle ma presque forcée à manger un croissant en mexpliquant quon ne peut pas vivre damour surtout quand il sen va.

Avec Charlotte partie, Luc aussi, plus rien ne me rattachait vraiment à ce Nouvel An. Et bien sûr, il allait venir au dîner du 31 avec sa future épouse. Impossible pour moi de my rendre, je naurais pas supporté les regards, les « Pauvre Margaux » murmurés par mes parents ou les amis. Ma mère n’a jamais porté Luc dans son cœur, dailleurs.

Je me suis retrouvée à espérer un miracle, comme dhabitude. Même adulte, on garde un peu cette habitude de croire quà minuit tout sera différent.

Le soir venait doucement. Je me suis souvenue que javais acheté, pour Luc, un magnifique pull en laine bleu roi, assez cher dailleurs, dans une jolie boutique vers la Croix-Rousse. Il était encore emballé. Je lai essayé : évidemment, il était bien trop grand pour moi. Sans réfléchir, je lai remis dans sa pochette.

Vers dix heures, après avoir maquillé mes yeux, je me suis promis de ne pas pleurer ce soir, et je suis sortie marcher sous la pluie fine. La ville était pleine de reflets sur les pavés, mais mon cœur était toujours aussi lourd. En fouillant mes poches pour chercher mon porte-monnaie à la supérette du coin, je suis tombée sur le petit carnet de Charlotte : « 1) Arroser les plantes. 2) Donner à manger à la tortue deux fois par semaine. » Catastrophe ! Depuis tout ce bouleversement, javais tout zappé. Affolée, je me suis ruée vers lappartement de Charlotte.

En ouvrant la porte, jai été frappée : toutes les lumières étaient allumées, le sapin clignotait de mille feux, la télévision hurlait et des bruits étranges venaient de la salle de bains. Tremblante, jai ouvert la porte et je suis restée bouche bée.

Un homme que je navais jamais vu, torse nu, se rasait en chantonnant. Première pensée absurde : un voleur. Mais pourquoi se raserait-il ?

Qui êtes-vous ? ai-je lancé, tremblante.

Il sest rincé le visage, puis sest retourné vers moi avec un sourire rassurant.

Ne vous inquiétez pas ! Je suis Paul, le cousin de Charlotte. Je vis à Bordeaux. Jétais de passage pour une réunion qui sest annulée au dernier moment, alors Charlotte ma autorisé à rester ici pendant leur absence, ma même laissé un double des clés.

Jai tout de suite pensé à la tortue.

Et la tortue ? Vous lavez vue ?

Oui, je men suis occupé. Elle est là, près du canapé.

Il a enfilé une chemise et ma tendu la main :

On se présente ? Je suis Paul.

Je me suis présentée à mon tour, poliment, alors quil me proposait déjà :

On fête le Nouvel An ensemble, alors ? Il ne reste que dix minutes !

Je ne sais pas ce qui ma pris, mais jai filé dans lescalier sans répondre, sous son regard étonné. Je suis rentrée chez moi en courant, jai attrapé le pull bleu, et suis revenue à toute vitesse.

La porte était restée grande ouverte. Il était là, deux flûtes de crémant à la main, avec son large sourire.

Bonne année ! a-t-il lancé en tendant un verre.

Jai tendu le paquet.

Un cadeau pour vous, Paul, bonne année ! ai-je soufflé, un peu essoufflée.

Il a ouvert, sorti le pull, la passé : taille parfaite, même aux épaules.

Je crois bien que cest mon plus beau cadeau de Nouvel An, a-t-il souri.

Moi aussi, javais limpression de recevoir deux surprises ce soir : le départ de Luc et la rencontre de Paul. Mais, ça, je lai gardé pour moi.

Lannée suivante, nous avons fêté le réveillon chez lui, à Bordeaux, avec notre petite fille.

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