Pourquoi apporter vos propres plats aux repas de famille ? La sœur et le frère de mon mari, ainsi …

Pourquoi venir avec ses propres plats ?

Je repense souvent à ces Noëls dautrefois, lorsque la sœur et le frère de mon mari, accompagnés de leurs familles, venaient célébrer chaque année chez nous à Paris. Cinq années durant, jai cuisiné seule pour tout le monde, dressé la grande table, veillant au moindre détail, puis nettoyant la maison une fois la fête terminée. Tout ce beau monde navait plus quà profiter et festoyer.

Mais lan passé, jai senti ma patience seffriter. Jen avais assez, épuisée tant physiquement que moralement et le porte-monnaie commençait aussi à souffrir. Jai donc décidé, pour la toute première fois, de proposer à chacun de partager les tâches.

Récemment, ma belle-mère ma téléphoné. Elle ma rappelé que le temps passe, quils ne rajeunissent pas et que la vie nest pas toujours facile ; elle souhaitait ardemment une nouvelle fête de famille chez moi.

Jai alors prévenu la sœur et le frère de mon mari. Jai dit que leur mère tenait à ce que nous partagions encore un repas. Ils étaient ravis au début, insistant sur le fait quil fallait suivre les désirs de leur mère. Ils ont tout de suite donné leur accord.

Je leur ai alors expliqué que je souhaitais quon réparte les différents plats : chacun préparerait quelque chose. Jétais prête à fournir les amuse-bouches, deux plats chauds et un gâteau.

À eux, je demandais de soccuper des salades, du poisson, dun peu de viande, des fromages, des fruits, et des boissons chacun devait ramener quelque chose à boire.

En entendant la liste, leur enthousiasme sest envolé dun coup. Ils ont commencé à se plaindre quils navaient ni le temps de cuisiner, ni lénergie après leur travail, et quil fallait déjà faire les courses avant même de penser à préparer quoi que ce soit. Pour eux, cela navait aucun sens dapporter de la nourriture ; ils ont proposé de célébrer Noël chacun chez soi.

Alors je leur ai demandé : « Mais quen est-il de votre mère ? » Devinez ce quils mont répondu… Ils se contenteraient de lui transmettre leurs vœux par téléphone, et voilà tout.

Ils refusent donc de se partager la corvée des courses et de la cuisine. Je nai pas encore eu le cœur den parler à ma belle-mère. Je ne sais dailleurs pas comment lui annoncer tout cela. Elle serait terriblement peinée.

Que devrais-je faire ? Peut-être finirai-je encore une fois par organiser ce Noël, seule, comme les années précédentesJe suis restée un long moment, le téléphone encore à la main, à contempler le vide de la salle à manger. Sur la nappe blanche, la lumière de laprès-midi dessinait des reflets, comme un souvenir des rires et des verres qui sentrechoquaient autrefois.

Jai réfléchi : fallait-il que je continue à mépuiser pour recréer une illusion de famille soudée, ou bien étais-je en droit, moi aussi, de cesser daccommoder les égoïsmes ? Ce soir-là, jai pris une profonde inspiration puis appelé ma belle-mère.

Je lui ai parlé simplement, sans fard : « Tu sais, jadorerais taccueillir pour Noël. Mais je ne peux plus tout porter seule. Je crois que chacun doit partager un peu. » Sa voix tremblait au début, puis elle a murmuré : « Je comprends, ma chérie. Tu as déjà tant donné. »

Elle ma proposé, avec une tendresse que je nattendais pas, de venir passer la journée avec moi, juste toutes les deux, à préparer un petit festin. Peut-être que la table serait plus petite, les plats plus simples, mais tout serait fait avec cœur. Peu importaient, finalement, les absents lamour, lui, était bien présent.

Et cest ainsi, la veille de Noël, que nous avons épluché des pommes de terre en riant, partagé de vieux souvenirs, et dressé une jolie table pour deux. Parfois, la famille, cest juste ceux qui restent et cest amplement suffisant pour illuminer un cœur.

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