— Nadège, je suis rentré, viens m’accueillir ! — L-Léon ? Mais… Que fais-tu là si tôt ? Tu ne devai…

Ma Clémence, je suis rentré, viens maccueillir !

JJean-Baptiste ?! Mais quest-ce que tu fais là si tôt ? Tu nétais pas censé rentrer que dans trois jours

Une femme dune trentaine dannées surgit dans le couloir, semmitouflant précipitamment dans une robe de chambre en soie, les cheveux en bataille et lair passablement déboussolé face à lhomme planté sur le seuil.

Je voulais te faire une surprise, ma Clémence. Visiblement, cest réussi ! Tu nes pas contente ? Un grand gaillard aux larges épaules, Jean-Baptiste arborait un sourire de gamin ravi de son effet.

Mais bien sûr que je suis heureuse Vas en cuisine, je te réchauffe un petit quelque chose.

Satisfait de lui-même, Jean-Baptiste opina du chef et savança vers la cuisine. Et là, ô miracle ! Une table de roi, spécialement dressée : fraises fraîches, chocolat, rôti tout juste sorti du four On aurait cru quon fêtait son retour.

Eh bien, Clémence, tu ny es pas allée de main morte ! Comment tas deviné que je venais rentrer en avance ? Quel flair remarquable, ma chérie !

Sans se faire prier, Jean-Baptiste sest servi une triple portion, façon Mont-Saint-Michel, et a entamé le festin sans autre forme de procès. Pas de Clémence en vue. Il supposa simplement quelle était occupée à enfiler une jolie robe pour son mari bien-aimé. Cest que rien nest trop beau

Jean-Baptiste, je enfin Nous

Franchement, Clémence, ton rôti est divin ! Et la salade, les crêpes, cest à sen lécher les doigts Antoine ?!

Jean-Baptiste sursauta et se retourna. Face à lui, Clémence tenait le bras dun homme quil connaissait trop bien : son propre frère, Antoine. Clémence fixait le plancher, gênée, tandis quAntoine, attifé dun short et dun débardeur ridicule, se frottait le nez dun air mal réveillé.

Oui, Jean-Baptiste, cest bien moi Salut, frérot

Bonjour. Bon, jattends vos explications, même si à ce stade, cest presque superflu

Jean-Baptiste Je Je voulais te lavouer depuis longtemps. Jaime ton frère Antoine. Je veux être avec lui. Pardonne-moi. lâcha Clémence dune seule traite, fuyant le regard de ce qui était maintenant, à nen pas douter, son ex-mari.

Jean-Baptiste laissa soudain tomber son assiette. La vaisselle et les restes de gratin séparpillèrent bruyamment sur le carrelage.

Et vous, si je comprends bien Vous êtes tout juste

Cest ça. Littéralement à linstant, on était ensemble.

Parfait, parfait, mille mercis Clémence ! Et toi, mon cher frère Vraiment, des champions, tous les deux ! Je comprends enfin pourquoi tu tes donné tant de mal sur le repas et surtout pour qui !

Clémence nosait toujours pas relever la tête. Elle se sentait prête à seffondrer au moindre regard.

Et Élodie ? On fait quoi de notre fille, vous y avez pensé ? Elle est au courant ?

Non elle ne sait rien.

Et là, elle est où ta fille ?

Chez la voisine, elle regarde des dessins animés.

Ça tarrive souvent de la larguer chez la voisine ?

Depuis six mois, oui

Les questions de Jean-Baptiste prirent fin. Les émotions aussi, dailleurs. Épuisé par les kilomètres, il ne voyait pas lutilité de faire un scandale. De nature calme et posée, il navait jamais su se mettre véritablement en colère.

Mais enfin Il y a des limites, comme on dit. Même si, pour Jean-Baptiste, elles avaient beaucoup reculé ce jour-là.

Cette histoire, avec deux êtres chers, laissait Jean-Baptiste perplexe et un peu dépassé, mais juste un instant.

Vous avez dix minutes pour vider les lieux. Top chrono. trancha-t-il en sirotant son thé, sans accorder un regard à son frère.

Mais quest-ce quelle lui trouve ? On se ressemble comme deux gouttes deau, mêmes grains de beauté Il na jamais aimé bosser, il réfléchit aussi vite quun escargot Elle va sen mordre les doigts, cest son choix ! pensa Jean-Baptiste en terminant sa tasse.

Je ne bougerai pas tant que je naurai pas ton accord, lança soudain Antoine.

Et quattends-tu de moi, au juste ?

Une autorisation de divorce Libère Clémence, elle ne taime plus !

Ça, je lavais remarqué répondit Jean-Baptiste en souriant. Vous voulez divorcer ? Pas de problème, mais ce sera devant le juge ! On verra combien vous claquerez en avocats.

Jean-Baptiste Clémence posa une main délicate sur son poignet. Sois raisonnable, séparons-nous simplement Tu nes pas un monstre, je le sais bien

Jean-Baptiste soupira.

Daccord, mais cest la dernière fois que je te considère comme mon frère, Antoine !

On devait aussi te demander quelque chose dautre

Quoi encore ?

Laisse-moi lappartement, Jean-Baptiste ! Clémence arbora un sourire digne dune pub pour dentifrice en lui caressant le poignet.

Élodie est si attachée à cet endroit, elle a plein damies à lécole Si on vend, on naura pas les moyens den racheter un. On devra déménager à la campagne, chez mes parents

Jean-Baptiste joignit les mains sous son menton, pensif. Voyant son hésitation, Clémence redoubla defforts, la voix pleine de miel :

Jean-Baptiste, mon soleil Fais un cadeau à ta fille, tu gagnes tellement bien ta vie ! Tu auras les moyens de racheter tout Paris si tu veux. Je ne pense quau bonheur de notre fille unique

Du calme, Clémence Jai une meilleure idée.

Ah ? Les yeux brillants, elle relança : Tu veux nous laisser la voiture, en plus ? Élodie serait tellement heureuse

Élodie vivra avec moi.

Pardon ?! sétrangla Clémence. Tu vas pas bien ? Tu sais à peine comment toccuper delle ! Tu passes ta vie en déplacements professionnels, elle ne se souvient même plus de ton prénom !

On va voir ça tout de suite, déclara Jean-Baptiste en filant vers la porte.

Quelques minutes plus tard, il revint, tenant la main de sa fille, une petite brune de dix ans tout juste en CM1. La fillette saccrochait à son père, toute sourire.

Et tu las amenée pour quelle assiste à notre dispute maintenant ? tonna Clémence, furieuse.

Jean-Baptiste ne broncha pas. Calmement, il sassit, installa Élodie sur ses genoux et commença :

Élodie, ma chérie, tu me permets de te poser quelques questions ?

Bien sûr, papa ! Les yeux pétillaient de fierté devant tant dattention paternelle.

Promets-moi de répondre honnêtement, comme une grande.

Comme quand tu négocies dans tes réunions, papa ?

Exactement.

La fillette approuva, ravie quon la prenne au sérieux.

Dis-moi, maman ta déjà fait du mal ? Elle ta donné une gifle cette semaine ?

La petite devint rouge écarlate. Elle détourna les yeux, triturant sa robe du bout des doigts.

Mais tes malade ! hurla Clémence. Tu nas pas honte de manipuler la gamine ? Laisse-la tranquille !

Silence, Clémence. Je parle à ma fille, répliqua sèchement Jean-Baptiste en caressant la tête dÉlodie. Naie pas peur. Tu as promis dêtre honnête.

Elle hocha la tête, les larmes aux yeux. Elle se blottit contre lui et murmura, dune voix brisée :

Oui, elle ma giflée trois fois. Une fois pour un 8/20, une pour du lait renversé, et la dernière, quand jai crié sur tonton Antoine. Ils sembrassaient pendant que tu étais en déplacement

Ne pleure pas, mon cœur, je suis là. Je ne laisserai plus jamais personne te faire de mal.

Elle raconte nimporte quoi ! semporta Clémence. Je ne lai jamais touchée, cest du délire !

Donc lappartement et la voiture, cest pour ta fille, hein ? demanda Jean-Baptiste, un brin moqueur. Élodie, encore une question : si tu devais choisir, tu préférerais vivre avec maman ou avec moi ?

Élodie regarda tour à tour ses parents, hésitante. Clémence agitait déjà les bras, tentant de rallier sa fille.

Tu promets de ne plus tabsenter longtemps, papa ?

Je te le promets, mon trésor !

Alors, je veux vivre avec toi.

Eh ben, bravo ! Clémence leva la main, furieuse, mais Jean-Baptiste protégea sa fille dans ses bras. Antoine, lui, faisait tapisserie en silence.

Voilà, Clémence, la conversation est close. Tu ne la verras plus aussi souvent. Et sur ces mots, il quitta la cuisine main dans la main avec sa fille.

Quelques minutes plus tard, Jean-Baptiste aida Élodie à préparer une valise. Heureusement, son propre sac pro était encore prêt. Tous deux prirent la direction dun petit hôtel du côté de Montmartre, quil fréquentait souvent lors de ses missions.

Quelques mois plus tard, le tribunal trancha. Compte tenu de la situation de Clémence et son nouvel acolyte ni boulot, ni logement, ni la moindre idée déducation la juge décida de confier Élodie à son père.

Et puis, la petite avait clairement choisi son camp.

Jean-Baptiste vendit sa moitié de lappartement, proposa une garde alternée mais laissa à sa fille le choix du domicile. Elle vécut finalement avec lui, les visites du week-end étant la concession à la modernité.

Toute sa routine en fut bouleversée. Plus de déplacements de trois mois à lautre bout du pays. Jean-Baptiste découvrit les joies du goûter, de la récup à la sortie de lécole, et même la préparation du gâteau du mercredi. Et le sourire dÉlodie, ça navait pas de prix. Même pas en euros, et encore moins en heures supplémentaires.

Racontez-moi tout ça en commentaires ! Lâchez un petit cœur, ça fait toujours plaisir !

Rating
( No ratings yet )
Like this post? Please share to your friends: