Paul était un gars tranquille, sans vice ni histoires à raconter au coin du feu. À ses 25 ans, ses parents lui ont offert la surprise que tous les jeunes adultes parisiens rêvent : un petit appartement à Montmartre. Enfin, façon de parler, ils lont surtout aidé à réunir largent pour la première mensualité de son prêt immobilier en euros. Lindépendance, le vrai luxe à Paris ! Paul, programmeur de profession, affectionnait la solitude comme certains aiment le fromage, et évitait soigneusement toute interaction humaine non obligée.
Pour ne pas finir par parler aux murs, il décida dadopter un chaton. Le pauvre animal, avec une malformation aux pattes avant, attendait son sort dans une association. Les humains qui hébergeaient sa mère envisageaient l’euthanasie, mais Paul eut pitié et prit le petit chat sous son aile. Il lappela Gaston pas pour ses airs galants, mais pour son charme à toute épreuve, même avec un défaut. Paul filait du travail pour retrouver Gaston, et Gaston veillait sur le paillasson de lentrée.
Avec le temps, Paul se lia damitié avec une collègue au bureau, une demoiselle décidée nommée Clémence (cest bien un prénom français, promis). Nature énergique, Clémence attrapa Paul au vol, et, presque aussi vite quon change une ampoule, elle sinstalla chez lui en moins dun mois.
Dès le début, Gaston ne trouva pas grâce à ses yeux. Clémence exigea que Paul se débarrasse de cet animal à pattes étranges. Paul refusa poliment mais fermement, argumentant que Gaston tenait une place spéciale dans son cœur bien plus quun simple bibelot de salon. Clémence, tenace comme une mauvaise herbe dans un jardin bien entretenu, relança la demande à plusieurs reprises. Paul tînt le cap : Gaston resterait. Clémence lui dit que le chat fichait en lair leur image, car les invités, selon elle, étaient choqués par sa démarche atypique. Paul, déchiré entre lamour pour Clémence et son attachement pour Gaston, multipliait les soupirs.
Et, cerise sur le camembert, ses parents avaient aussi leur mot à dire. Ils trouvaient Clémence plutôt arrogante et peu distinguée. Ils convinrent quil valait mieux retarder toute démarche officielle histoire de faire le tri avant denvoyer les faire-part.
Le verre de vin bascula quand les parents de Clémence débarquèrent à lappartement. Le père, en franchissant le seuil, éclata de rire en voyant Gaston, le qualifiant de bizarre. Paul, piqué dans son orgueil et son amour du chat, se mit à défendre Gaston bec et ongles.
La soirée fut un concert de moqueries. Clémence et son père rivalisaient sur la laideur du chat et suggéraient mille façons de sen débarrasser. Même la mère de Clémence se joignit au festival de sarcasmes. Le lendemain, Paul rentra du travail et découvrit la disparition de Gaston. Quand il interrogea Clémence, elle lui répondit quelle lavait emmené à la clinique vétérinaire et ly avait laissé. Un Parisien nabandonne pas son chat pour si peu ! Paul se lança dans une quête digne de Victor Hugo à travers Paris, cherchant Gaston pendant cinq heures. Finalement, il le retrouva, et Gaston ronronna comme jamais dans ses bras. Soupir de soulagement.
De retour à lappartement, Paul annonça à Clémence quil était temps pour elle de plier bagage. Il ne voulait plus la voir, même pour une livraison de pizza. Clémence, étonnée que le chat passe avant elle, fit ses valises, le regard perdu, et quitta le logement. En silence. Résignée. Comme quoi, dans la vie, il vaut mieux ne pas sous-estimer lamour français pour les chats, les baguettes, et le respect du foyer.
Aujourdhui, Paul et Gaston coulent des jours heureux, et le chat a toutes les raisons de se réjouir lorsque son maître rentre du travail.