Comment la belle-mère de mon fils nous la pris
Il y avait autrefois, il y a déjà bien des années, une époque où notre fils venait souvent nous voir. Tout cela a changé après son mariage. Depuis quil sest uni à sa compagne, il ne nous rend presque plus visite. Désormais, il passe tout son temps chez sa belle-mère. Il paraît quelle a constamment besoin daide urgente. Parfois, je me demande comment elle a bien pu faire avant que sa fille népouse notre fils.
Voilà plus de deux ans quils sont mariés. Après la cérémonie, nos enfants ont commencé à vivre de leur côté, dans ce petit appartement que nous avions acheté à notre fils lorsquil était étudiant à Paris. Depuis tout jeune, il avait toujours reçu de notre part soutien et compréhension. Déjà avant de se marier, il vivait seul, son logement étant à deux pas de son travail.
Je nirais pas jusquà dire que je naimais pas ma belle-fille, mais il me semblait à lépoque que cette jeune fille Eugénie de son prénom nétait pas assez mûre pour la vie de couple. Elle nétait pourtant que deux ans plus jeune que notre fils, Ludovic, mais elle avait des manières denfant, parfois même un peu capricieuse. Ludovic était si doux, et je me demandais souvent comment il affronterait la vie auprès de cette enfant.
Quand je fis la connaissance dEugénie et de sa mère, Hélène, je compris vite à qui javais affaire. Même si la belle-mère de mon fils était de mon âge, elle se comportait comme une gamine. Peut-être avez-vous, vous aussi, déjà rencontré des gens qui, en avançant dans lâge, restent aussi immatures quà vingt ans? Hélène, elle, semblait parfaitement inapte à se débrouiller seule. Au moment du mariage de sa fille, elle sortait juste de son sixième divorce.
Il ny avait pas vraiment de discussions entre nous : elle vivait dans son petit monde et nessayait pas de simposer. Nous nous étions contentées déchanger poliment quelques mots en guise de félicitations pour le mariage de nos enfants, et cela sarrêtait là.
Mais déjà, avant les noces, javais senti les premiers signaux dalarme. Ma future belle-fille trouvait toujours un prétexte pour emmener Ludovic chez sa mère : une fuite au robinet, une prise à changer, une étagère tombée en cuisine La première fois, jai fait comme si de rien nétait : il ny avait pas dhomme à la maison, un peu daide ne ferait pas de mal.
Mais ça ne sest pas arrêté là. Les catastrophes chez sa belle-mère nen finissaient plus. Peu à peu, Ludovic nous négligeait, expliquant quil allait, avec sa femme, chez sa belle-maman. Ensuite, toutes les fêtes furent célébrées là-bas. Il ne restait plus à notre table que moi, mon père et ma propre belle-mère.
Ne plus voir mon fils lors des réunions de famille était déjà douloureux, mais le pire fut lorsquil refusa de répondre à nos demandes à nous.
Un jour, nous venions dacheter une nouvelle armoire frigorifique, et nous avions sollicité son aide pour la monter. Dabord, il avait accepté, puis il appela pour dire quil ne pouvait finalement pas venir, car ils devaient passer chez sa belle-mère dont la machine à laver avait encore rendu lâme.
Lorsque son père appela Ludovic, il entendit Eugénie dire derrière : «Tes parents nauraient-ils pas pu faire appel à des déménageurs? ». Finalement, Ludovic est venu, mais il était furieux.
Papa, tu naurais pas pu appeler des professionnels ? Je dois me coltiner ça, maintenant !
À ce moment-là, jai perdu patience et je me demandais pourquoi la belle-mère ne faisait jamais venir un artisan. Peut-être vit-elle dans un autre monde où ce genre de service nexiste pas ? Mon fils répondit seulement que cette dame avait besoin daide, car on se fait facilement arnaquer ; ils prennent largent, mais ne réparent rien au bout du compte.
Cest alors que mon mari, agacé, a lâché quHélène ne connaissait rien aux électroménagers, mais quelle savait fort bien sy prendre pour mener sa brebis préférée à la baguette. Mon fils semporta aussitôt contre son père et quitta la maison. Sur le moment, je nai pas jugé bon de me mêler à leur discussion, dautant que, dans le fond, je donnais raison à mon mari: les nouveaux membres de la famille ne laissaient à mon fils aucun répit. Il était devenu leur plombier et réparateur attitré, tout en oubliant la route qui menait à nous.
Depuis cette dispute, Ludovic nadresse plus la parole à son père. Cela fait aujourdhui plus de deux semaines. Aucun deux ne veut faire le premier pas. Quant à moi, je me sens prise entre deux feux. Mon époux na pas entièrement tort, mais il est vrai quil aurait pu parler avec plus de douceur. Aujourdhui, notre fils lui en veut et refuse de revenir, et moi, je ne veux pas le perdre à cause de futilités.
Mon mari campe sur ses positions, refusant de renouer avec Ludovic, et ce dernier déclare quil ne reprendra pas contact tant que son père ne sexcusera pas. Au bout du compte, la seule à bien se porter dans cette histoire, cest la belle-mère !