Vous n’avez pas réussi à élever vos enfants correctement. Regardez donc Sacha, le fils de Monsieur Michel…

Vous navez pas su bien élever vos enfants. Tenez, regardez donc le fils de Chloé, Paul

Je me souviens encore de lépoque où tout semblait paisible entre Maman et moi. Petite, elle se plaisait à me prendre en exemple devant mon frère aîné, me vantant, fière de mes menues réussites.

Nous nétions ni riches ni pauvres. Nous vivions simplement mais navions rien à envier. Lessentiel était là, les grandes dépenses se préparaient. Nous avions même une vieille voiture que Papa réparait dès quelle montrait des faiblesses.

Mon frère, Étienne, une fois le bac en poche, partit étudier à Paris. Ce fut un gouffre à euros : il fallait payer lécole, le loyer, la nourriture…

Je voyais bien que les parents peinaient, économisant sur tout. Bientôt, ce serait mon tour. Deux ans nous séparaient, Étienne et moi.

Une deuxième Parisienne, on nen a pas les moyens, mavait dit Maman. Il y a la fac à Lyon, vas-y.

Jentrai à luniversité locale et trouvai vite un petit boulot. Dabord livreuse les weekends, puis serveuse dans un café à côté de limmeuble. Jétudiais en licence gratuite, machetais mes vêtements, ramenais parfois des courses.

Cest bien, ma fille, tu nous aides. Tu travailles, tu étudies. Tandis quÉtienne, lui, il na pas le temps de travailler, les études à Paris cest tout autre chose, trop exigeantes. Il est épuisé.

Je suis fatiguée aussi, tu sais. Je prépare mes partiels la nuit.

Ce nest pas la même fatigue, chez toi, cest différent.

Finalement, Étienne obtint son diplôme. Il chercha du travail. Pourquoi rentrer en province ? À Paris, les perspectives étaient plus grandes. Mais aucun poste ne lui convenait ; ses prétentions étaient élevées. Les parents laidaient encore.

Il lui faut le temps de sinstaller, ensuite ça ira.

Ça aurait dû. Il travailla, puis soudain, se maria à la fille du directeur de son entreprise, la grossesse venue.

Leur fils, Paul, naquit et ils étaient bien installés. Les beaux-parents offrirent un appart, le beau-père dÉtienne le fit monter en grade, avec un bon salaire. Un coup de chance. Mes parents étaient rassurés, un poids de moins.

Je me mariai à mon tour, mais pas à un fils de, non, à un homme simple. Nous avons économisé pour avoir notre propre logement, pas à Paris bien sûr.

Notre fille, Marguerite, naquit, suivie de jumeaux, Louis et Pierre. On attendait le deuxième, il y en avait un troisième. Ce nétait pas de tout repos, mais on ne se plaignait pas. Les enfants grandissaient, ils allaient à lécole.

Après trente-cinq ans dunion, mes parents décidèrent enfin de fêter leur anniversaire de mariage. Les vingt-cinq ans, les trente ans, ils navaient rien pu faire, faute de moyens, mais cette fois-ci, ils se sont lancés.

Étienne arriva de Paris avec son fils, sa femme étant trop prise, mais elle avait pensé à un cadeau. Un bon dachat pour de lélectroménager. Elle leur conseilla de prendre un lave-vaisselle.

Étienne installa le cadeau, et tout le soir Maman bombait le torse devant les invités, brandissant sa nouvelle machine. Finies les corvées après les repas familiaux, le lave-vaisselle ferait tout.

Mon cadeau, à moi et ma petite tribu, passa inaperçu : un séjour pour deux comme un voyage de noces tardif, dailleurs plus cher que le lave-vaisselle, mais qui seffaça derrière léclat du présent dÉtienne.

Maman et Papa sont partis en voyage, men ont même remerciée, tout en soulignant que javais gaspillé de largent. Le voyage fut vite oublié, le lave-vaisselle demeura.

Puis commencèrent les incessants compliments sur Étienne, lenfant réussi. Il vit dans la capitale, cest un homme, un vrai ! Carrière, appartement, femme distinguée, un bel enfant. Un seul dailleurs !

Un seul fils ! Pas trois traînant sur tous les bancs de lécole. Pourquoi en faire autant ? Il faut les élever, tu sais ! Cest facile maintenant, mais plus tard Paul, lui

Chez Paul, tout est dernier cri, laspirateur passe tout seul, la lumière sallume, séteint, la vaisselle se lave, les plats sont livrés, la femme de ménage vient

Maman, je fais tout moi-même, les enfants et leur père aident.

Mais Paul, Paul

Ton frère, lui

Les années ont passé. Mes trois enfants nont pas intégré décole à Paris, mais tous sont diplômés duniversités lyonnaises. Il fallait que Maman ait son mot à dire.

Vos enfants ne sont pas à la hauteur. Regarde Paul, le fils dÉtienne…

Maman, mes enfants sont intègres, et tu ne connais pas tout de Paul ! Nous avons été chez eux, tout nest pas si rose. Jai tout de suite remarqué.

Ninvente pas, si tu nes toi-même rien devenue, tes enfants ne vaudront pas mieux. Des gueux, voilà ce que vous avez fait !

Oui, maman, je nai rien accompli. Un bon poste, mais pas à Paris ! Un mari qui réussit, mais pas le bon ! Les enfants avec, certes, des diplômes, mais provinciaux !

Un appartement rénové, mais sans femme de ménage. Un simple aspirateur, le lave-vaisselle, et nous appuyons nous-mêmes sur les interrupteurs.

On vous aide, mais pas assez ! Tandis que Paul, impossible quil vous envoie un billet, trop de frais !

Lui a percé, et toi, tu es personne !

Un jour, Étienne revint chez les parents. Maman croyait à une simple visite. En fait, il revenait pour de bon. Sa femme avait demandé le divorce, son beau-père lavait licencié, et il avait de gros soucis avec son fils.

De retour à Lyon, il ne trouva pas de travail à la hauteur de son salaire parisien.

Chloé, il faut quon aide ton frère à ouvrir une entreprise. Il est prêt. Ce nest pas pour le voir travailler ingénieur dans une boîte de province, avoua Maman.

Si vous avez décidé, faites-le.

Mais il faut ton aide, un crédit, de largent. Tu nas pas besoin de grand-chose, toi, tu nes pas à Paris.

Mais Étienne non plus nest plus à Paris ! Il serait bon de revenir à la réalité.

Toi non, mais pour lui, il faut bien Il

Maman, on aide déjà nos enfants, vous aussi. Un peu à tous On a la voiture à changer et dautres frais en vue.

Lauto peut attendre. Largent pour Paul, cest plus important.

Oui, je sais, Maman. Paul a toujours été prioritaire. Dès quil est parti à Paris, tout a changé. Non, je ne voulais pas y aller, mais même ici, vous ne mavez jamais aidée.

La maison de tes parents, elle a servi à payer les études et le logement dÉtienne, parce que cétait un homme. Celle des parents de Papa a servi à acheter sa voiture, à Paris. Les grands, voyez-vous !

Je vous avais demandé, en prêt, un peu dargent pour la poussette des jumeaux. On ma refusé ! Et tu crois que nous allions voir Étienne à Paris ? Pas du tout, on nétait jamais reçus. On amenait juste vos colis. On logeait à lhôtel. Sa femme ne nous aimait pas. On était trop provincial

Maintenant, il est seul et sans logement. Même plus de voiture, elle est bousillée. Son fils y a mis du sien.

Je ne veux pas parler de ses soucis. Aidez-le donc.

Non, Maman ! Ici, il y a du travail, des salaires corrects. Oui, pour lui, ils sont ridicules. Pour nous, ça va.

Que puis-je donner, moi? Quelques sous ? Pour monter une entreprise, puis pour lui acheter une voiture, puis un appartement Non ! Ce ne serait pas digne dun homme dit réussi de demander à sa misérable sœur de province qui nest personne !

Pourquoi tu me parles comme ça ?

Tout va bien, Maman. Je comprends juste que na de la valeur, pour vous, que mon frère. Maintenant quil vit chez vous, quil vous aide ! Cest son tour.

Chloé ! Tu veux nous contraindre à vendre notre appartement. Tu te rends compte ?

Ah oui ? Moi, je vous y oblige ? Noubliez pas, au moins, de garder une pièce à vivre.

Ils vendirent donc leur appartement, achetèrent une petite chambre vétuste et donnèrent le reste à Étienne, parti tenter sa chance à Paris. Que faire dautre ici, dans notre modeste coin ?

Il ny eut point de miracle, et aux yeux de ma mère, Étienne restait lhomme. Maman me rappelait que je nétais rien, et me demandait de laide pour les travaux dappartement. Jaidai, mais refusai la rénovation.

Je sais que ce logement reviendra à Étienne, laisse-le donc sen occuper, le grand homme !

Quand largent fut dépensé, il revint chez les parents. À quatre dans une chambre, mais bon il a vu du pays. Finalement, mes parents avaient misé sur le mauvais cheval, comme on dit chez nous : ils se sont plantés

Et vous, que pensez-vous de tout cela ? Dîtes-le en commentaire, et laissez un petit cœur si le récit vous touche !

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