Voulait faire pour le mieux

**Voulait le meilleur**

Oui, je sais que vous ny êtes pas obligés ! Mais cest votre sang, quand même ! Vous allez laisser le petit garçon sans vêtements chauds en plein hiver ? Sacha, est-ce que je tai élevé comme ça ? insistait la belle-mère.

Le téléphone était posé sur la table. Après quelques disputes familiales, Sacha avait compris : désormais, quand cétait sa mère qui appelait, mieux valait mettre le haut-parleur et parler ensemble avec Lydie Sergueïevna. Sinon, elle les briserait lun après lautre.

Lydie Sergueïevna, nous ne refusons pas de vous aider, objecta Christelle. Mais si Slava vous donne tant de mal, alors confiez-le-nous. Anouk ny voit pas dinconvénient, nous en avons discuté.

La belle-mère resta silencieuse quelques secondes. Sans doute pesait-elle ce qui était le plus avantageux : se libérer dobligations non désirées ou garder un moyen de pression sur sa fille. Cest la seconde option qui lemporta.

Vous ne savez même pas sur quoi vous vous engagez ! Et dans quoi vous vous fourrez ! répondit Lydie dun ton méprisant. Vous navez jamais eu ni enfant, ni chat. Vous travaillez toute la journée, qui va soccuper de lui ? Vous croyez que les enfants poussent comme des mauvaises herbes ? Un enfant a besoin de soins, dattention, de chaleur humaine !
Je le comprends parfaitement, dit Christelle calmement. Mais puisque cest comme ça, nous trouverions bien une solution, nous nous débrouillerions. Je démissionnerais. Considérez que je prendrais un congé parental à la place dAnouk.
Ah oui ? Et vous vivrez de quoi, les millionnaires ?
Vous-même disiez que je ne ramenais que des clopinettes. On se débrouillerait bien sans ces clopinettes.

La belle-mère se tut. Sacha soupira, épuisé : Christelle était encore nouvelle dans leur famille, mais lui, cette pression lui donnait la nausée.

Bon, cest clair. Vous me lancez un ultimatum, finit par dire Lydie, dune voix pincée. Allez-y, vous êtes jeunes, stupides, vous ne comprenez pas dans quoi vous vous embarquez. Moi, je veux vous aider, je prends tout sur mes épaules. Mais continuez à résister. Sachez juste que pendant que vous jouez les individualistes, lenfant grelotte et tombe malade à cause de vous.

Sur ces mots, la belle-mère raccrocha. Christelle sassit près de Sacha, lenlaça, et repensa à tout ce qui avait mené là.

…Au début, Lydie Sergueïevna semblait une femme aimable et accueillante, bien que volontaire. Elle recevait Christelle chez elle avec le sourire, alors même que celle-ci nétait pas encore sa bru. Elle dressait des tables croulant sous les plats, et, quand les jeunes partaient, les chargeait de sacs de provisions.

Elle sétait vite immiscée dans la vie de Christelle. Elle appelait chaque jour, sassurait que tout allait bien, demandait si Sacha la maltraitait, linvitait. Une fois, elle avait même aidé à faire admettre la mère de Christelle à lhôpital en passant par des connaissances médicales, et avait insisté pour quon la soigne comme une reine. Christelle lui en avait été très reconnaissante.

Mais elle avait aussi remarqué autre chose. Si elle ne décrochait pas ou interrompait lappel parce quelle était pressée, la future belle-mère devenait une autre personne. Elle ne rappelait pas pendant des semaines, parlait avec condescendance, et attendait clairement des excuses.

Ah, je vois, tu es devenue trop occupée pour moi, disait Lydie, blessée.

Christelle riait alors, tentait de tourner la chose en plaisanterie, mais sentait bien que l« affection » de sa future belle-mère était étrangement collante, étouffante.

Lydie avait une fille aussi, Anouk. La belle-sœur laissait Christelle perplexe. Anouk souriait rarement, sursautait aux bruits forts, et se réfugiait toujours dans sa chambre. Christelle mettait ça sur le compte de son âge. Anouk navait que seize ans, peut-être sennuyait-elle parmi des adultes.

Quest-ce quAnouk aime ? demanda un jour Christelle à Lydie avant Noël. Je ne sais pas quoi lui offrir.
Elle naime rien, rétorqua Lydie, agacée. Elle reste scotchée à son téléphone toute la journée. Rien ne lui plaît, rien ne va, tout est trop dur. Elle ne veut rien dans la vie. Une bonne à rien…

Là, Christelle comprit que quelque chose clochait entre la mère et la fille. Sa propre mère naurait jamais parlé ainsi delle. Elle ne disait que du bien de sa fille, et savait parfaitement ce qui lui plaisait ou non.

Plus tard, Christelle se convainquit que Lydie naimait pas Anouk. Elle pouvait sourire à sa bru, puis, dans la seconde, gronder sa fille à voix haute pour une assiette mal lavée. Les mauvaises fréquentations, la façon de marcher, la musique écoutée… Et ce nétait que ce que Christelle voyait.

Pas étonnant quAnouk se soit mariée à dix-huit ans, moins par amour que par désir de fuir.

Quelle idiote ! sindignait alors Lydie. Elle sest fourrée avec un minus. Elle croit que son bonheur est ailleurs. Il va la quitter dans un mois !

Comme Anouk sétait échappée, Lydie reporta toute son attention sur Christelle et Sacha. Si avant, Christelle la trouvait juste bizarre, maintenant, elle ne savait plus où se cacher. Conseils intrusifs, visites inattendues, questions incessantes sur « quand les petits-enfants »… Tout y passait.

Christelle, tu ne devrais pas quitter ta boutique ? On ne te paie que des clopinettes, suggéra un jour Lydie. Je pourrais taider à trouver mieux.

Christelle comprenait maintenant : accepter, et elle serait redevable à jamais. Et bien sûr, ingrate, car Lydie exigerait la soumission. Et si besoin, elle pourrait tout aussi bien faire licencier Christelle.

Non merci, jaime bien mon travail. Et mes collègues sont géniales.

Lydie fit la moue, tourna la tête vers la fenêtre.

Comme tu veux. Je veux juste que vous ne viviez pas au jour le jour. Mais si tu ne veux pas avancer, je ne peux rien pour toi.

Lydie avait presque raison pour Anouk. Le mariage dura non pas un mois, mais un an et demi. Et dans ce laps de temps, Anouk eut un enfant.

Bien quelles ne fussent pas proches, un jour, Anouk craqua. Elle demanda dabord des conseils, puis fondit en larmes.

Il ne rentre presque jamais, se plaignit-elle. Il dit quil reste chez des amis, mais je ne suis pas stupide… Il ment. Et ce nest que la partie visible. Il a même levé la main sur moi.
Anouk, ça ne va pas du tout… Quitte-le.
Pour aller où ? Chez ma mère ? Non merci, mieux vaut encore supporter ça.

Ça en disait long. Anouk préférait la trahison et linsécurité au retour chez Lydie. « Donc, cétait pire là-bas », réalisa Christelle.

Puis le mari dAnouk demanda le divorce. Il nétait « pas prêt pour la vie de famille ». En réalité, il avait trouvé une autre femme. Mais lenfant restait. Anouk dut retourner chez sa mère. Et là, bien sûr… Lydie traita sa fille dincapable, lui reprocha son manque détudes, lui prédit la misère. Mais au moins, elle gardait lenfant pendant quAnouk travaillait, et aidait financièrement.

Puis Anouk nen put plus

Rating
( No ratings yet )
Like this post? Please share to your friends: