Véronique ne parvenait pas à trouver son bonheur. Bientôt quarante ans, et elle restait toujours seule. Pourtant, la vie l’avait comblée : intelligence, beauté, une belle carrière à Paris, un excellent salaire, mais le bonheur au féminin lui échappait encore.

Claire narrivait pas à trouver le bonheur. Bientôt quarante ans, et elle restait toujours seule. Pourtant, Dieu lavait comblée en tout : intelligence, beauté Elle avait un bon poste, un salaire confortable, mais le bonheur féminin lui échappait.
Ses parents, Madeleine et Pierre Lambert, sinquiétaient énormément pour leur fille unique. Leur soutien était surtout moral, bien sûr ; côté finances, Claire pouvait même les aider elle. Mais ils refusaient toujours.
Habite ici avec nous, ma chérie, il y a de la place ! Largent, ça peut un jour te servir, quand tu trouveras ton bonheur ! lui disaient Madeleine et Pierre.
Et chaque jour, ils plaignaient leur petite Claire, surtout quand elle revenait du travail, épuisée :
Personne ne te plaint, pauvre enfant, à part papa et moi ! soupirait sa mère.
Quand nous ne serons plus là, ça te sera difficile ! Il ny aura même plus personne à qui te confier ! Il faut chercher ton bonheur, ma fille ! ajoutait son père.
Et puis, tous les soirs, ils sinstallaient devant la télévision. Dannée en année, de jour en jour, la quête du bonheur de Claire se poursuivait devant le poste ! Lennui les gagnait ; parfois jen avais tout simplement envie de bailler !
Ce qui métonnait toujours, cétait dentendre mon père parler ainsi : « Quand nous ne serons plus là ! » Pourtant, Claire était née quand Madeleine et Pierre avaient à peine dix-neuf ans. Un vrai mariage damour ! Cétait encore tôt pour parler daprès
Claire aussi, du temps de la fac, avait fait la connaissance dun garçon : Laurent. Costaud, un peu maladroit, mais tellement drôle : où quil passe, il cognait ou renversait quelque chose.
Madeleine se moquait gentiment de lui, lappelant « Laurent-la-casse » ou « la catastrophe ambulante ».
Pierre, lui, mimait d’une façon hilarante la démarche empotée de Laurent, essayant dattraper tout ce qui tombait.
Non, ma fille, cest un vrai poissard celui-là : tout ce quil touche, il le casse ! Ce nest pas ton bonheur, tu verras ! essayaient-ils de convaincre Claire en douceur.
Petit à petit, à force dentendre la même rengaine, Laurent avait fini par incarner, aux yeux de Claire, léchec personnifié.
Mais les parents sétaient trompés. Une fois diplômé, Laurent avait ouvert son propre cabinet davocat, épousé une jeune femme qui trouvait chez lui un charme irrésistible, même dans sa maladresse. Il avait juste besoin despace. Maintenant, ils vivaient dans une grande maison en banlieue, pas dans un petit appartement.
Le bonheur de Claire rôde quelque part, il faut juste le trouver ! se consolaient Pierre et Madeleine, à la fois pour leur fille et eux-mêmes.
Sinon, je dois dire que notre famille était soudée, joyeuse. Il y a quelques mois, on est même tous partis en vacances en Thaïlande. Depuis, le soir, on aime revoir les photos : les bains de soleil, les balades, les plats dégustés… Un vrai bon moment !
Cest là-bas que Claire fit la connaissance dun homme : Philippe. Il venait de Belgique.
Les parents de Claire navaient évidemment pas pu sempêcher de plaisanter, comme à leur habitude :
Voilà le grand amour qui nous tombe sur la tête avec Philippe le Belge, quel jeu de mots ! samusait Madeleine.
Pierre, lui, glissa un coussin sous son tee-shirt, faisant semblant de marcher péniblement pour caricaturer Philippe, quil jugeait imposant.
Claire en fut blessée pour lui ; Philippe nétait pas gros, simplement de forte carrure. Et puis, il était captivant : il connaissait mille anecdotes sur les étoiles et, le soir, il lui montrait les constellations sur la plage. Claire défia ses parents, donnant son numéro à Philippe.
Mais à peine de retour à Lyon, dès que Madeleine apprit quils sappelaient régulièrement, elle déclara :
Flirts de vacances, cest grotesque ! Ça ne mène à rien !
Quils soient célibataires tous deux ny changeait rien : limportant, cétait que cétait « un amour de vacances ». La voie sans issue !
Cherche ton bonheur, ma fille ! On est là pour toi, tu le sais bien, notre chérie ! répétait son père.
Lété, on partait tous les trois à notre maison de campagne, près du Rhône. Baignades dans la rivière, thés sous le pommier, grillades à la pergola. Fruits et légumes venaient du jardin. Les voisins venaient prendre le café, et un jour, leur fils Marc est venu avec son garçon de cinq ans, Julien. Tous deux, blondinets, yeux clairs, parsemés de taches de rousseur et les oreilles qui dépassaient tous pareils !
Les voisins racontèrent ensuite que la femme de Marc lavait quitté pour un homme daffaires, qui navait eu aucune envie dun enfant qui ressemblait tant à son père. Sil avait ressemblé à la mère alors là, peut-être ! Mais un enfant au portrait de son père, pas question. Ainsi Marc sétait retrouvé seul avec son petit Julien.
Claire tomba immédiatement sous leur charme. Ils avaient ce je-ne-sais-quoi démouvant et dauthentique. Une étincelle passa entre Marc et Claire, et Julien se montra tout de suite attaché à elle.
Madeleine se moqua encore, façon habituelle :
Marc a dévoré toutes les carottes sauf une ! Ils tont sûrement invitée exprès pour te le présenter, ce Marc ! Pourquoi tembarrasser dun homme avec un « supplément » ?
Ce nest pas un homme bien, sinon, sa femme ne laurait pas quitté en lui laissant un petit garçon ! ajouta Pierre.
Pour la première fois, Claire protesta :
Papa, justement, une femme ne laisse un enfant quà un homme de confiance ! Elle sait quil ne sombrera pas, quil saura lélever !
Non, Claire, ce nest pas ton bonheur ! Cherche ailleurs ! Nous, on veut pouponner nos propres petits-enfants ! Les tenir par la main, entendre les pas denfants qui galopent à la maison
Pierre et Madeleine se renfermèrent sur eux-mêmes, coupant les liens avec les voisins. Ils dirent tout ce quils pensaient à leur sujet. Les parents de Marc en prirent pour leur compte ; il y eut bien des mots durs. Les apéritifs entre voisins cessèrent dun coup.
Alors queux, sous le pommier, toujours, buvaient le thé du soir, peinant sur le sort de Claire à qui le bonheur nétait toujours pas accordé par le bon Dieu. Lété sétiola dans la mélancolie.
Claire, elle, sétait prise daffection pour Marc et Julien, tout en adorant toujours ses parents. Elle ne voulait pas les faire souffrir. Elle se sentait même coupable daimer quelquun qui ne correspondait pas à lidée quils se faisaient pour elle Quand la saison sacheva, ils quittèrent la maison de campagne, rentrèrent tous les trois dans leur appartement à Lyon.
Par amour filial, les parents de Claire, durant les longues soirées automnales, ne mentionnèrent plus ni Marc ni Julien, ni pour rire, ni pour débattre.
Un jour, alors quelle marchait à la Croix-Rousse, Claire aperçut un minuscule chaton roux, trempé, tremblant de froid, blotti sous une voiture pour sabriter de la pluie. Il miaulait faiblement, orphelin, tout seul dans ce vaste monde. Il lui rappela, je ne sais comment, le petit Julien. Personne au monde Assis sous une roue qui pouvait, dun coup de démarreur, lui broyer la vie.
Sur un élan irréfléchi, Claire se pencha, prit délicatement le petit malheureux dans ses bras et le glissa sous son manteau, peu importe la pluie, la saleté Elle voulait juste le réchauffer.
Elle rentra, sécha la boule de poils, lui versa du lait dans une soucoupe.
Claire sassit par terre dans la cuisine, souriant en voyant le chaton laper goulûment, de sa langue rose, le lait.
Pauvre petit, il devait avoir si faim pensa-t-elle.
Dans lencadrement de la porte, Pierre surgit journal à la main, suivi de Madeleine. Ils observaient la scène. Sur leur visage, aucun attendrissement, seulement de la confusion teintée de colère : que faire de cette créature ?
Le petit animal eut enfin le ventre plein, bailla, erra dans la cuisine et, ravi, y laissa une flaque.
Claire neut pas le temps de sortir une serviette que le cri de Madeleine retentit :
Vire-moi cette horreur ! Il va salir tout lappartement, rayer les meubles, abîmer les papiers peints ! Pierre, dis-lui quelque chose ! Notre appartement nest pas un asile à puces !
Cest vrai ! On va sentir le matou sur des kilomètres ! Plus aucun ami ne voudra nous rendre visite ! renchérit Pierre.
Mais maman, papa, il est minuscule ce chaton ! On achètera un griffoir, il shabituera à la litière ! Regardez comme il est mignon ! tentait Claire. Elle ne comprenait pas en quoi ce petit animal posait problème. Personne nétait allergique, lappartement était immense.
Non, non et non ! Nous nen voulons pas ! semporta la mère.
Ma fille, tu as eu pitié, cest bien. Dépose-le dans un refuge, ils accueillent les animaux. Sils refusent, menace de leur écrire à « Le Progrès » ! sénerva Pierre en agitant son journal.
Claire ramassa le chaton, quelle serra contre elle, et claqua la porte.
Un serrement de cœur lenvahit Comment se pouvait-il, à quarante ans, de navoir ni mari, ni enfants, même pas un endroit à soi ? Même pas la possibilité dadopter un chaton ! Non ! Il lui fallait un chez-soi, ne serait-ce quune petite pièce ! Un lieu où être elle-même.
Au lieu de filer au refuge, Claire entra dans la première agence immobilière venue.
En peu de temps, elle trouva un studio dont les propriétaires autorisaient les animaux.
Pour la première fois de sa vie, elle avait vraiment un chez-elle.
Elle équipa dabord le chaton : panier, gamelle, jouets. Le vétérinaire lui dit que cétait une femelle, deux mois environ. Claire l’appela Capucine.
À partir de là, elle se sentit, sinon parfaitement heureuse, au moins mieux dans sa peau. Capucine lui rappelait souvent Julien et Marc
Un jour, le téléphone sonna. Claire ny croyait pas ! Après la brouille entre ses parents et les voisins, elle doutait que Marc ose jamais lappeler. Et pourtant !
Au bout du fil, la voix de Marc, toute simple :
Salut ! Tu vas bien ? Écoute, Julien aimerait te dire quelque chose
Le petit, tout content, lança dans le combiné :
Claire ! Tu nous manques beaucoup ! Viens nous voir, papa et moi tattendons !
Jarrive, dis, je peux amener mon chaton ? demanda-t-elle, un sourire dans la voix.
Marc éclata de rire :
Amène tout le cirque Gruss si tu veux ! On passe te prendre, donne-nous ladresse !
Voilà comment Claire finit par trouver son bonheur. Contre tous les pronostics, elle était heureuse avec Marc, Julien, et Capucine. Bientôt, Julien aurait même un petit frère, ou une sœur quelle importance ?
Et ses parents ? Claire ne les oubliait pas et les aimait toujours autant.
Elle appelait souvent Madeleine et Pierre, juste pour leur dire que tout allait bien et quelle avait trouvé son bonheur.
Certes, ce bonheur ne ressemblait pas à ce quils avaient imaginé, mais il était à elle.
Peut-être quun jour, Pierre et Madeleine comprendront tout cela et accepteront enfin le bonheur de leur fille. Ils arrêteront de la supplier :
Reviens à la maison immédiatement !
Alors, eux aussi pourront peut-être tenir dans leurs bras des petites mains denfant, et écouter le bruit joyeux de petits pas dans lappartement…
Aujourdhui, en écrivant ces lignes, je comprends que le bonheur nest jamais là où les autres voudraient le placer pour toi ; il est là où ton cœur te porte, même si cela déplaît aux autres. Il paraît quen France, chaque bonheur est unique et se construit en avançant envers et contre tout.

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