Basile
Sylvette, tu es folle ! La responsable va te tuer pour ça !
Manon, où veux-tu que je lemmène ? Le jeter dehors ? Jai pitié, il est vivant !
Lui, il est vivant, mais pour toi, jen suis moins sûre si tu le gardes.
Ma Manon, ma douce, arrête un peu ! Ce nest pas un tigre, juste un petit chaton. Laisse-le rester un peu, daccord ?
Tu essaies de me convaincre ? Manon éclata de rire et caressa la minuscule tête du nouvel habitant inattendu, un rouquin famélique. Tu crois que je nai pas pitié ? Où tu las déniché, ce pauvre malheureux ? Il est tout maigre ! Et malade, sûrement, il tient à peine sa tête. Quel trésor !
Viens, on sort ! Sylvette, attrapant lécharpe tricotée par Manon, enveloppa le chaton trouvé. Je terminais mon service, je traverse le parc. Et là, au milieu de lallée, je le trouve. Sans doute sorti dun buisson ou abandonné là. Il était déjà à moitié recouvert de neige. Je ne laurais même pas vu, si sa fourrure navait pas été aussi rousse. Je lai ramassé, il était tout froid. Je croyais quil ne respirait plus. Mais non, il vivait. Je lai attrapé et jai couru jusquau foyer sans marrêter. Sylvette gloussa en versant du lait dans une tasse émaillée pour le chauffer. Madame Dubois ma regardée dune drôle de façon quand je passais devant elle. Elle en est restée la bouche ouverte.
Méfie-toi, elle va sûrement venir te trouver très vite. Je crains quelle ne ten fasse voir Tu te souviens comment elle a houspillé Lydie quand elle avait ramené un chat ? Elle a failli lexpulser ! « Il faut de la discipline ! Pas danimaux au foyer ! »
Ma Manon, tu ne me trahiras pas, hein ? sinquiéta Sylvette sur le seuil. Si elle vient sans moi, cache-le. Je lui donne juste un peu de lait chaud et je le ramène.
Allez, va ! Manon attrapa lécharpe et le chaton, vida son panier à tricot et y installa le petit. Rien vu, rien su, rien dit ! chanta-t-elle en refermant la panière, lançant un clin dœil à Sylvette. Va, naie pas peur !
Sylvette partit. Manon jeta un coup dœil dans la panière et secoua la tête :
Quelle chance incroyable ! Un rouquin effronté Allez, respire, mon pauvre ! Sylvette a bon cœur, si tu crèves, elle en pleurera pendant des jours. Et à quoi ça mavancera, à moi ?
Le chaton se taisait, ne réagissant pas aux mots de Manon ; il respirait à peine, les yeux clos.
La chambre senveloppait doucement dombre. Les crépuscules parisiens sinstallaient, mais Manon préférait la pénombre. Soirée devant elle. Quand elle bossait tard, il fallait rentrer et filer au lit. Tandis que là, cétait du bonheur ! Lire, bavarder avec Sylvette, lui demander des nouvelles de Michel. Manon soupira. Quelle chance elle avait, Sylvette ! Un amoureux, une bague Et elle, Manon ? Personne. À qui pouvait-elle plaire, elle, la grande bringue ? Sylvette, toute menue, des cheveux jusque sous la taille, un vrai bijou ! Et elle, Manon, une force de la nature, comme disait sa grand-mère, admirant comment la grande fille rétablissait lordre dans la bande de ses trois petits frères. Les garçons étaient devenus des hommes maintenant : laîné venait de se marier. Manon venait juste de rentrer de la noce au village. Mais elle, cétait toujours la solitude. Ici, dans la grande ville, elle impressionnait trop les gars. Avec sa taille, sa carrure Où trouverait-elle un costaud digne de marcher à ses côtés ? Grand-mère avait peut-être raison de la rappeler au village ? Mais pourquoi faire ? Il ne restait plus de jeunes hommes là-bas, juste la ferme, pas de travail, rien… Ici, à lusine, on la respectait. On lui avait même offert des congés payés. Manon secoua la tête, chassant ses idées grises. Le mariage ? Ça viendrait. Forcément, quelquun finirait bien par la remarquer !
Sylvette rentra et chercha une pipette pour nourrir le chaton. Il refusait de boire à la soucoupe, glissant la tête, trop faible pour laper. Voyant Sylvette, les larmes aux yeux, essayer, Manon posa son livre et lui prit lanimal roux.
Laisse-moi faire !
Remplissant la pipette de lait, elle força doucement la gueule du chaton et chuchota sévèrement :
Allons, il faut manger pour survivre ! Sylvette ne ta pas sauvé pour que tu meures de faim chez nous !
Le chaton sétouffait, toussait, mais commença à avaler.
Ils lappelèrent Basile. Madame Dubois ne découvrit la présence du chat dans la chambre que près dun an après. Par hasard, elle aperçut une tache rousse filer par la fenêtre ouverte du rez-de-chaussée.
Quest-ce que cest que ça ?!
Son cri fit se dresser tout le foyer sur ses pieds.
Madame Dubois, je vous en prie ! Vous ne saviez même pas quon avait un chat ! Il est génial : il attrape les souris !
Quelles souris ? Il ny en a pas ici ! Notre foyer est exemplaire !
Ah oui ? Manon, bras croisés sur sa large poitrine, lança un regard complice à la responsable tout en cachant Basile de la pointe du pied. Nos souris aussi sont exemplaires, bien dodues ! Basile les aligne, là, le matin au pied de mon lit. La prochaine fois, je vous montrerai. Il faut bien quon partage sa gloire ! On peut même inviter le directeur de lusine, tiens, pour admirer !
Maria ! Tu vas me chercher des histoires ! Madame Dubois baissa dun ton, fusillant Sylvette du regard. Cest ton idée ? Et si tu te maries, tu comptes en faire quoi, du chat ? Tu lemmènes ?
Je ne sais pas répondit Sylvette en prenant Basile dans ses bras. Il maime, cest certain, mais il a élu Manon comme maîtresse pour une étrange raison. Il va sennuyer, le pauvre…
Allons donc ! Madame Dubois éclata de rire en voyant la mine déconfite de Sylvette. On dirait que tu parles dun homme. Cest un chat, Sylvette ! Où il y a à manger, ça va.
Ce nest pas si simple Jai beau my prendre de mille manières, il préfère Manon, cest ainsi. Sylvette tendit le chat à sa voisine, entourant ensuite Madame Dubois par les épaules. Alors, on peut le garder ?
Sacrée maligne ! Madame Dubois pointa un doigt sévère. Je veux rien voir, rien entendre ! Compris ? Sinon, on vous met toutes à la porte. Et avec raison.
On fêta le mariage de Sylvette comme il se doit et Manon se retrouva seule avec Basile. Les journées sétiraient, plus lentes, plus mornes. Madame Dubois ne se pressait pas pour lui donner une nouvelle colocataire. Lancien foyer vivait ses derniers temps. Chacune rêvait davoir une chambre dans le nouveau, dont le chantier avançait puis sarrêtait, mais reprenait tout de même. Le weekend, Manon y allait comme les autres filles, porter main forte aux ouvriers, déambulant dans les couloirs vides tout en simaginant la vie future. Cest lors dune de ces visites quelle croisa, croyait-elle alors, son destin.
Alexis, comme elle, venait de province. Fils ultime de sa lignée, il était resté près de ses parents jusquà leur mort, puis était monté à Paris sans rien ni personne. La vie lui semblait nettement plus joyeuse ici. Les filles du foyer ne manquaient pas, mais Alexis rêvait dune épouse, pas nimporte laquelle : il voulait du solide, une femme avec un petit « capital » et si possible un petit appartement Et Manon nentrait pas du tout dans ces critères. Toutefois, il fut ébloui par cette grande beauté imposante qui le dépassa dun chef dans le couloir.
Ses maladroits compliments firent dabord rire Manon.
Seigneur, mais à quoi il pense ! Je vais lui tapoter la tête, il est plus petit que moi dune bonne tête ! Où il va, celui-là ? riait-elle en racontant sa mésaventure à Sylvette, venue lui rendre visite.
Manon ! Enfin, le plus important, ce nest pas la taille ! Il est comment, ce garçon ?
Je ne sais pas Manon baissait la tête, soudain sérieuse. Je ne sais pas, Sylvette.
Elle observait Sylvette, qui peinait à se lever, caressait Basile, allongé sur le lit, sa main reposant sur son ventre déjà imposant.
Cest lourd ? Manon sortit un pot de miel envoyé par ses frères.
Oh, pas tant que ça. Cest juste étrange Comme dattendre un train sur un quai, tu vois ? Tu es là, espérant que bientôt, tout sera mieux. Sylvette accepta le miel, embrassa son amie et lança son « Au revoir » à Basile. Prends soin delle, vieux filou !
Le ventre de Sylvette ou la solitude de Manon, toujours est-il quAlexis vint de plus en plus souvent. Basile le détesta aussitôt. Il feulait, le dos rond, dès quAlexis pointait le bout du nez, grimpait sur le rebord de fenêtre, balançant sa queue et guettant le moment de bondir sur lintrus. Manon lexpulsait, sachant que le chat reviendrait à la nuit, boudeur, resté à lécart, refusant même de manger. Que lui prenait-il ?
Il est jaloux, tu crois ? hausserait-elle les épaules devant les interrogations de Madame Dubois, que Basile visitait désormais lors des soirées avec Alexis.
Peut-être. Ou il sent quelque chose, vas savoir Toi, Manon, tu devrais te méfier. Les types comme ça, ils tamadouent puis te laissent. Et après ?
Vous verrez, Madame Dubois. Il nest pas de ce bois-là. Jy crois.
Oh, Manon soupirait Madame Dubois, mais najoutait rien. Réfléchis bien. Cest ta vie.
Basile et la surveillante eurent raison.
Au début, Manon ignora ses premiers malaises. Après tout, le lait était aigre et les champignons, restés trop longtemps ouverts Mais une semaine passa, puis deux, rien nallait plus. Manon avait faim en permanence et ne rêvait que de dormir. Elle croisa Sylvette dans la rue, qui promenait son bébé, se confia et comprit brusquement ce quil en était.
Manon ! Comment cest arrivé ?! Sylvette prit la tête entre ses mains. Et lui, il sait ?
Manon en resta hébétée. Ses pensées se bousculaient dans sa tête, puis soudain, la voix lointaine de Madame Dubois retentit dans sa mémoire :
Oh, Manon Réfléchis bien
Et cest ce souvenir ténu qui lui fit reprendre ses esprits. Esquivant les questions de Sylvette, elle marcha plus vite. Il fallait le dire à Alexis. Fini la liberté, il fallait voir plus loin.
Le problème, cest que ce « plus loin » se ferait seule.
Pardon, Manon. Je ne peux pas. Comment être sûr quil est de moi ? Je refuse. Alexis repoussa Basile qui se jeta sur lui, lui asséna un coup de pied. Dégage !
Basile, se contorsionnant, réussit à saccrocher à la jambe dAlexis. Le cri du jeune homme fit naître un sourire amer sur le visage de Manon :
Lâche-le, Basile ! Tu risques de tempoisonner avec un pareil personnage. Quil sen aille !
Elle resta longtemps assise, raide, les yeux rivés sur la porte quAlexis venait de claquer. Basile tournait autour de ses jambes, tentait dattirer son attention, puis bondit sur ses genoux un privilège rare et y resta longuement, ronronnant doucement, jusquà ce que Manon le repousse.
Ça suffit la tristesse Jai envie dun thé bien chaud.
Manon déclara son fils comme étant delle seule. Dun ton ferme, elle répondit à la préposée de létat civil :
Il na pas de père, et nen aura jamais. Une mère, cest assez, non ?
Sylvette prépara le trousseau pour le petit, Madame Dubois, grâce à ses relations, décrocha une bonne poussette et insista auprès du directeur de lusine pour offrir à Manon une meilleure chambre. Mais le chantier du nouveau foyer était une fois encore à larrêt ; le directeur haussa les épaules :
Jaimerais, mais cest impossible. Il faudra patienter encore un peu.
Il faisait froid dans la chambre, quoi que fasse Manon pour boucher les courants dair. Cest pourquoi elle néloignait pas Basile du berceau, le chat ayant demblée décidé que cette boule hurlante était désormais sous sa garde. Il sinstallait contre le bébé, et ce dernier se calmait, rassuré par la chaleur de la « nounou » rousse. Manon, amusée par cet étrange amour félin, lui donnait parfois une friandise, même si largent manquait. Sans ses frères, Manon aurait été dans la misère. Alexis avait disparu, parti on ne sait où ; Manon nen avait cure, tout ce qui lui importait désormais, cétait son enfant.
La famille débarqua au complet dès la sortie de maternité.
Il a de bonnes joues, quel gaillard ! Manon, il est tout à toi !
Manon écoutait les siens, bouleversée au point den pleurer, elle qui nen avait pas lhabitude. Personne ne la jugea, bien au contraire ; la femme du frère aîné lui glissa à loreille :
Tu as eu raison de le garder ! Tu ne seras jamais seule. Un homme bien viendra, ne tinquiète pas. Tous ne sont pas des lâches. Pour ton fils, ne crains rien. On taidera comme on pourra. Il grandira, ce petit !
La famille tint parole. Tous les quinze jours, lun de ses frères venait à Paris, les bras chargés. Manon rangeait les paniers et essuyait discrètement ses larmes. Comme il en fallait, peu, en somme, pour se sentir heureux : savoir quon nest pas seul, quon est aimé, soutenu. Que si le malheur arrivait, personne ne tournerait le dos à votre enfant. Parfois, elle se grondaient pour ces larmes, mais elle était reconnaissante de ne pas être seule.
Ladaptation de son fils, quelle prénommait Valentin, à la crèche fut une épreuve. Il tombait souvent malade ; Manon courait entre le foyer et lusine. Sans laide de Madame Dubois et de Sylvette, elle aurait tout laissé pour retourner au village. Mais vivre chez son frère, gêner sa famille, elle sy refusait.
Assise au chevet de son fils fiévreux, Manon pensait souvent à son impossible « amour » et se disait que tout le monde na pas la chance de croiser une âme forte, un vrai soutien. Désormais, elle le savait : elle ne voulait plus des grandes tirades et mots doux dont Alexis était si friand. Elle voulait quelquun qui, sans mot dire, lui ferait un thé et lui ordonnerait daller dormir, tout en gardant Valentin. Puis qui, le week-end, les emmènerait au Jardin des Plantes offrir à Valentin un ballon, qui saurait vanter sa soupe, fixer létagère en souffrance depuis des mois et, surtout, rester là. Présent. Toujours.
Ce serait ça, sa famille.
Le sommeil tombait sur Manon tel un voile, au chevet de son fils. Elle sendormait, la tête sur la table, à côté du berceau.
Cest lors dune de ces nuits que tout bascula. Valentin, malade depuis trois jours, fièvre tenace, et Manon épuisée, passant ses journées à tenter de le soulager. La pédiatre du quartier venait chaque jour, hochant la tête après examen :
Vous faites tout comme il faut. On attend. Il est robuste, il sen sortira.
Manon serrait son fils contre elle, ne sachant plus que faire quand il se réveillait, pleurant, tirant son oreille douloureuse. Véra, la responsable, apporta un soir une casserole de bouillon maison, caressa Valentin, posa sa joue contre son front trempé :
Il est brûlant !
Sa fièvre ne baisse pas, malgré tous mes efforts.
Peut-être est-ce bon signe ? Madame Dubois fit jouer les doigts de Valentin « comme une pie voleuse » Sil a de la fièvre, cest quil se bat. Cest ce que disent les médecins.
Je sais bien. Manon soupira. Mais le voir souffrir me fait mal. Il est si petit.
Ça passera. Mais si tu tépuises, tu ne laideras pas. Mangez et dormez. Demain sera meilleur, tu verras.
Manon acquiesça et entreprit de faire un cataplasme, tandis que Madame Dubois quittait la pièce.
Basile, lové contre lenfant, agitait la queue, empêchant Valentin de lattraper. Lenfant finit par se lover contre lui, sendormant avant que Manon ait pu terminer son cataplasme. Elle hésita à le réveiller, puis décida de le laisser dormir.
Toucha la casserole de la main, puis partit la chauffer à la cuisine. Soudain, un bruit de casse et les pleurs de Valentin. Manon lâcha tout et vola jusquà la chambre. En ouvrant la porte, elle simmobilisa, glacée, puis, voyant la scène, attrapa un tabouret pour aider son chat.
Une énorme ratte menait un combat sans merci. Basile tournait autour, blessé au flanc, une oreille en lambeaux. Manon voulut intervenir quand Basile bondit et, dun coup, mordit la ratte à la gorge. Il serra si fort quil fallut du temps à Manon pour le séparer de sa victime.
Basile, mon petit, cest fini ! Tu as gagné !
Le chat, comme un enfant, gémit, lâcha la ratte et se traîna jusquau berceau où Valentin hurlait. Manon vit alors, horrifiée, quune seconde bête gisait dans le lit de son fils. Elle saisit Valentin, ouvrit la porte et hurla dans le couloir :
À laide !
Une heure plus tard, Valentin enveloppé chaudement, elle partait chez Madame Dubois, qui lui remit ses clés et promit de veiller sur le chat.
Quel scandale, des rats ! Juste après une campagne de dératisation ! Véra rageait, impuissante face à létat du vieux bâtiment.
Après avoir nettoyé la chambre, elle emmena Basile dans sa loge pour soigner ses plaies.
Héroïque, ce Basile ! Heureusement que jai accepté de le garder ! On ne trouve pas deux chats comme lui.
Basile, épuisé, respirait à peine. Il refusa de manger et Véra fronça les sourcils, inquiète. Au matin, elle confiait à Manon, venue aux nouvelles :
Tu peux surveiller Valentin ? Manon attrapa son manteau, le cœur battant. Où lemmener, où y a-t-il un vétérinaire ?
Pas de panique ! Il y en a un à deux rues dici. Cours-y !
Manon fila aussitôt. Basile gisait sur le tapis, sans force.
Basile ! Courage, jarrive !
Elle courut jusquà la clinique vétérinaire et, repoussant une jeune assistante médusée par sa détermination, exigea :
Je veux voir le meilleur vétérinaire. Tout de suite.
Lassistante, impressionnée, la fit asseoir.
Manon tenait Basile dans ses bras, guettant son souffle, prête à aller traquer le médecin elle-même, quand enfin, un colosse entra dans la pièce.
Que se passe-t-il ici ? Sa voix grave figea Manon. Elle lui tendit Basile.
Voilà
Qui a fait ça ? demanda le vétérinaire en observant les plaies du chat.
Des rats, chez moi.
On dirait pas un chat errant. Il est bien soigné.
Cest mon chat.
Il est sorti dans la rue ?
Non, tout est arrivé dans la chambre.
Incroyable.
Voulez-vous cesser de parler ? Il est mal ! Manon explosa, les larmes aux yeux. Il a sauvé mon fils, faites quelque chose !
Inutile de crier. Je me présente, Serge. Et vous ?
Manon !
Bien ! Ravi. Aimez-vous mieux parler calmement la prochaine fois. On va soigner votre héros, ne vous en faites pas !
Quelques années plus tard, le grand chat roux entrera tranquillement dans la chambre denfant, inspectera les coins, puis sautera dans le lit à côté du canapé où Valentin dort. La petite Alizée, sentant le dos chaud et soyeux à ses côtés, senroulera autour de lui dans son sommeil. Basile, en ronronnant, lui conte des histoires félines, elle dort plus profondément. Les parents entrent sans bruit. Manon remet la couverture sur son fils, le chausson perdu à sa fille, et sappuie à lépaule de Serge.
On a le meilleur baby-sitter, tu ne trouves pas, Serge ?
On ne peut rêver mieux. Serge gratte derrière loreille, jadis recousue par ses soins, du brave Basile. Je ne regrette pas davoir consacré trois jours à lui sauver la vie. Ce chat vaut de lor.
Il est déjà notre trésor. Regarde comme il rayonne.
Basile frotte son museau contre la paume de Manon, sallonge contre Alizée, la serre de sa patte. Manon éteint la veilleuse, attire Serge à elle, et ferme doucement la porte de la chambre. Leurs enfants nont jamais eu peur du noir, car Basile veillait toujours. Avec lui, il ny avait rien à craindre.
Dans la vie, il arrive que ceux quon croit avoir sauvés vous sauvent en retour. Lamour, le dévouement, prennent parfois le visage dun simple chat roux. Il suffit douvrir son cœur, et on découvre quon nest jamais vraiment seul.