Vasili, le chat malicieux de Montmartre

Benoît

Delphine, mais tu es folle ! La responsable va te faire la peau pour ça !

Charlotte, je fais quoi sinon ? Je le jette à la rue ? Le pauvre ! Il est vivant !

Lui, il est vivant, mais pour toi, jaurai des doutes si tu le gardes.

Laisse, ma Chacha, sois sympa ! Allons, ce nest pas un tigre non plus, cest juste un chaton. Il pourrait rester un peu, tu crois pas ?

Arrête de plaider ta cause ! Charlotte éclata de rire en caressant la petite boule rousse, ce locataire surprise. Tu crois que ça ne me fend pas le cœur ? Où tas trouvé cette crevette ? Il est maigre comme un clou, et a lair tout malade, il ne tient même pas la tête. Pauvre trésor !

Je te raconte ! Delphine attrapa lécharpe longue tricotée par Charlotte, y cala le chaton, et se mit à parler en même temps quelle cherchait du lait. Ce matin, en rentrant du service, je coupe par le parc. Et là, sur lallée, il traînait. Sans doute abandonné là, ou sorti des buissons pour mourir. Déjà recouvert par la neige. Honnêtement, sans sa couleur, je passais sans le voir. Je lai pris, il était glacé. Je croyais quil était déjà parti, et puis non, il respirait encore. Jai filé à la résidence comme une flèche. Un sourire lui échappa en versant du lait dans un mug ébréché. Madame Bertrand ma lancée un de ces regards, tu sais. Elle avait la bouche grande ouverte.

Eh bien, prépare-toi à la visite. Oh, Delphine, elle va ten faire voir, je te préviens ! Tu te souviens comment elle a passé un savon à Clara, quand elle avait ramené un chat ? Prête à lexpulser. Elle veut lordre, et chez nous, les animaux sont interdits.

Chacha, toi tu me balances pas, hein ? sinquiéta Delphine sur le seuil. Si elle passe pendant mon absence, cache-le un peu. Juste le temps de le nourrir et je le récupère.

Va ! Charlotte ramassa lécharpe et le minet, vida son panier à ouvrage, posa tout dedans. Jai rien vu, rien entendu, rien à déclarer ! chanta-t-elle, fermant le couvercle, et clin dœil à Delphine. File ! Ten fais pas !

Delphine disparut. Charlotte, elle, regarda dans le panier et soupira :

Tiens, voilà notre chance ! Un mini lion, sans gêne ! Résiste, bout de chou ! Delphine, elle a bon cœur, si tu y passes, elle va pleurer un mois. Et ça, jen veux pas.

Le chaton ne bougea pas. Sa respiration était faible, les paupières closes, aucun signe.

Le soir tombait sur la chambre, une tranquillité douce enveloppait tout. Charlotte tardait à allumer, profitant du crépuscule. Le soir était à elle. En bossant en équipe de nuit, on ne profitait que du lit. Là, elle pouvait lire un peu, papoter avec Delphine, se mêler de ses histoires avec Michel. Un soupir lui échappa. Elle, Delphine, avait trouvé chaussure à son pied, elle était invitée au mariage. Et elle, Charlotte ? Rien, le désert. À qui elle pourrait plaire, avec sa carrure ! Delphine, cest une poupée, des tresses à nen plus finir, les yeux clairs de sirène. Et moi, Charlotte ? Ma grand-mère me disait toujours : « Tes forte comme trois gars ! » Ça me servait pour remettre vite fait mes frères à leur place, qui étaient plus jeunes et terribles. Maintenant, ils sont tous adultes. Laîné sest marié avec une fille en or il y a peu. Charlotte venait à peine de rentrer du village pour la noce. Et elle, toujours seule. Trop grande, trop imposante, qui voudrait delle ici ? Rejoindre sa mamie au village ? Oui mais, là-bas tous les gars sont partis, et le boulot, ça court pas les rues. À quoi bon avoir fait des études alors ? À lusine au moins, on la respecte, elle a même eu droit aux congés avec prime. Charlotte chassa lombre de sa solitude dun revers de tête. Après tout, le mariage, ça viendra. Il sen trouvera bien un, impossible le contraire

Delphine refit surface et chercha une pipette pour donner le lait au chaton, trop faible pour le boire tout seul. Les essais maladroits attendrirent Charlotte, qui posa son livre et réclama le minet :

Laisse-moi essayer !

Munie de la pipette, elle immobolisa doucement la tête du chaton, lui ouvrit la bouche du bout des doigts, et ordonna :

Allez, mon mignon, tas pas été sauvé pour mourir de faim, mange !

Le chaton toussa, sétouffa, mais finit par avaler.

Elles baptisèrent le chat Benoît. Madame Bertrand, la responsable de la résidence, ne saperçut de rien pendant presque un an, pas jusquau jour où, par la fenêtre du rez-de-chaussée, elle aperçut soudain une fusée rousse traverser le cadre.

Cest quoi, ça ?!

Son cri réveilla toute la résidence.

Mais, Madame Bertrand, voyons ! supplia Delphine. Il est propre, futé, il attrape les souris !

Quelles souris ?! Il ny a pas de souris chez moi ! Ici cest une résidence impeccable !

Mais oui, bien sûr ! Charlotte croisa ses bras athlétiques sur sa poitrine, inspecta la responsable de travers, et cacha Benoît du bout du pied. Ici, même nos souris sont proprettes. Des belles dodues ! Benoît me les ramène en ligne à ma porte tous les matins. Je vous montrerai la prochaine, on pourra être fières devant le directeur !

Charlotte ! Tu le regretteras ! Madame Bertrand râla, puis fixa Delphine, sévère. Cest toi la coupable ? Quand tu te marieras, quest-ce que tu comptes en faire ? Tu lemmènes ?

Je sais pas trop. Il maime, évidemment, mais il écoute surtout Charlotte, il sera malheureux sans elle

Oh là là ! Madame Bertrand éclata de rire devant Delphine qui rougissait. On dirait que tu parles de ton mari ! Delphine, ce nest quun chat. Il sen fiche, tant quil mange.

Vous croyez ? Il ne réclame que Charlotte… Delphine remit le chat à sa coloc’ et entoura une épaule de la responsable. Alors, on le garde ?

Sacrée rusée, va ! grommela Madame Bertrand en lui agitant le doigt sous le nez. Mais je veux plus jamais le voir ni lentendre ! Sinon, on saute toutes les deux, et ce sera mérité !

Delphine fit sa noce, et Charlotte resta seule avec Benoît. Les jours sétiraient, lourdement monotones. Madame Bertrand navait pas hâte de lui coller une nouvelle colocataire. La vieille résidence vivait ses derniers mois. Les filles soupiraient, rêvant toutes dobtenir une chambre dans la nouvelle résidence quon construisait enfin. Tantôt le chantier avançait, tantôt il sarrêtait, mais il progressait. Charlotte, le week-end, rejoignait les amies pour filer un coup de main sur le site, errant dans les couloirs vides, essayant dimaginer leur vie future ici. Cest là, un samedi, quelle croisa celui quelle pensa, alors, être son destin.

Antoine, tout comme elle, venait de la campagne. Il avait veillé sur ses parents, puis, orphelin, sétait installé en ville. Pas un sou, pas dappartement, mais la vie y était plus gaie. Les filles dansaient autour de lui, mais Antoine avait un but : il voulait se caser, mais pas avec nimporte qui il voulait une épouse posée, avec un petit patrimoine, un logement, quelquun pour lui donner un coup de main. Autant dire que Charlotte ne remplissait aucune de ces conditions. Pourtant, il ne put sempêcher de la remarquer, cette grande beauté blonde qui le dépassait dune tête et glissait devant lui dans les couloirs.

Ses tentatives maladroites de flirt firent dabord sourire Charlotte.

Oh là là ! Il est bien trop petit, non ? Je pourrais lui ébouriffer les cheveux comme à un gamin… Cest ridicule ! racontait-elle en riant à Delphine venue prendre le thé.

Charlotte, franchement ! Ce nest pas la taille qui compte ! Il est comment, humainement ?

Je… Je sais pas. Son sérieux la reprenait, baissant les yeux. Je ne sais vraiment pas, Delphine.

Elle observait Delphine galérer à se lever, passer une main attendrie sur Benoît, gros comme un coussin, vautré sur le lit, et caresser son ventre déjà bien rond.

Cest dur ? Charlotte attrapait un pot de miel, envoyé par ses frères.

Pas trop… Tu sais, cest curieux. Je me sens comme en gare, à attendre un train vers un ailleurs prometteur. Tu vois, j’attends, cest tout. Delphine recevant son pot, embrassa son amie puis fit un signe à Benoît. Salut, Benoît, prends soin delle !

Le ventre de Delphine, la solitude de Charlotte ? Toujours est-il que bientôt, Antoine vint de plus en plus souvent. Benoît le détesta instantanément. Il soufflait, dos arqué, dressé de tout son long, dès quAntoine franchissait la porte. Puis, il filait sur le rebord de fenêtre, la queue battante, prêt à bondir sur lintrus. Charlotte ouvrait la fenêtre, le mettait dehors, sachant que Benoît reviendrait la nuit, lignorant avec mépris, boudant la caresse et la gamelle. Elle ny comprenait rien.

Tu crois quil est jaloux ? demandait-elle à Madame Bertrand, chez qui Benoît allait souvent squatter lorsquAntoine était là.

Oui, ou il sent quelque chose… Fais gaffe, Charlotte ! Ce genre de gars, cest vite fait de tabandonner, et là, tu feras quoi ?

Non, Madame Bertrand. Il est bien… Je ny crois pas, il ne ferait pas ça.

Ma pauvre enfant… Madame Bertrand soupirait, puis sarrêtait là. Je te laurai dit. Cest ta vie !

Benoît et la responsable voyaient juste.

Les petits malaises matinaux de Charlotte néveillèrent pas sa méfiance. Un yaourt trop aigre ? Les champignons confits envoyés par la belle-sœur ? Mais la fatigue ne passait pas, la faim, le besoin de dormir, laccablaient. Un jour, croisant Delphine avec sa poussette au retour du travail, elle sépancha auprès delle, réalisant soudain…

Charlotte, mais comment tas fait ?! Depuis quand ?! Tu lui as dit ?

Charlotte était perdue. Sa tête bourdonnait, incapable dorganiser ses pensées, quand une phrase simposa doucement, presque comme un écho venu de loin : « Fais attention, ma grande, fais attention… »

Ce fut ce rappel timide qui ramena Charlotte à elle-même. Ignorant les questions de Delphine, elle rentra vite chez elle. Il fallait parler à Antoine. Cen était fini de la liberté. Il fallait songer à la suite.

Mais cest seule, finalement, quelle devrait affronter cet avenir.

Désolé, Charlotte. Je ne peux pas. Tu me dis que cest mon enfant, mais qui sait ? Je ne veux pas de ça. Antoine repoussa du pied Benoît qui sétait rué sur lui. Tire-toi, sale bête !

Benoît, esquivant, parvint quand même à le mordre et Antoine hurla. Charlotte, sans sen rendre compte, esquissa un sourire :

Lâche, Benoît, ne tempoisonne pas à manger un type pareil ! Quil parte, bon débarras !

Elle demeura longtemps assise sur sa chaise, droite comme une statue, le regard vers la porte close. Benoît tournait autour delle, espérant une attention, puis grimpa sur ses genoux ce quelle lui interdisait dhabitude , et là, resta lové, ronronnant doucement sans bouger, jusquà ce quelle le pousse.

On a assez pleuré. Je veux une tasse de thé. Bien chaud.

Charlotte fit une reconnaissance en mère célibataire à la mairie. Dune voix ferme, elle répliqua à la jeune employée :

Pas de père, non. Jamais eu. Une mère, cest tout. Ça suffit, non ?

Delphine prépara tout le trousseau du bébé, et Madame Bertrand, grâce à ses réseaux, dénicha une superbe poussette, se battant même pour que Charlotte obtienne une chambre un peu meilleure. Mais le chantier restait au point mort, et le directeur, impuissant, promettait juste dattendre.

Il faisait un froid de canard dans leur chambre, quoi que fasse Charlotte pour combler les courants dair. Cest pour cela quelle laissait Benoît dormir avec son fils. Le chat sen était approprié le berceau : à côté de cette minuscule masse chaude et hurlante, le bébé se calmait, trouvait apaisement au creux de sa « nounou » rousse. Charlotte, devant cette amitié animale, souriait, réservant parfois au chat quelques miettes, rare privilège. Largent manquait, et sans laide de ses frères, elle aurait sombré. Antoine avait disparu de la circulation, et Charlotte naurait pas voulu le revoir. Elle loublia, ne gardant que le meilleur : son fils.

La famille débarqua au complet dès la sortie de la maternité.

Quelles joues ! Cest un colosse, Charlotte, tout toi !

Charlotte tentait de masquer ses larmes de soulagement, elle qui navait jamais été pleurnicheuse. Nulle voix, nulle remarque, aucun reproche. Au contraire, la femme de son grand frère la serra tendrement dans la cuisine, murmurant :

Tas bien fait de le garder ! Désormais, tu ne seras plus jamais seule, Charlotte. Et tu trouveras la bonne personne, ma beauté, nen doute pas. Tous les types ne sont pas des lâches. Pour ton gamin, on sera là. Compte sur nous.

Promesse tenue. Un de ses frères venait tous les quinze jours lui apporter victuailles et chaleur. Charlotte, déballant les paniers, retenait des larmes de gratitude. De quoi avons-nous vraiment besoin ? Juste dêtre entouré, aimé, soutenu. Savoir que quelquun prendra soin de ton enfant, sil faut. Dans ces moments-là, Charlotte en voulait à ses larmes, mais remerciait le ciel de nêtre pas seule.

La crèche pour Paul ? Un combat. Il tombait souvent malade, Charlotte courait entre lusine et lappartement. Sans Madame Bertrand et Delphine, elle aurait tout laissé tomber pour retourner au village, mais vivre avec la famille du grand frère ? Non. Elle tardait à choisir cette issue.

Auprès du berceau de Paul, qui dormait brûlant de fièvre, Charlotte repensait à ses malheurs damour, consciente à présent de quoi elle voulait, si la vie mettait, un jour, quelquun sur sa route. Les jolis discours, les flirts à la Antoine, elle nen voulait plus. Elle voulait quelquun qui, simplement, lui prépare un thé bien chaud, la pousse vers le lit en disant :

Va dormir, je veille sur le petit.

Quelquun qui les mènera un dimanche au zoo, qui achètera un ballon à Paul, qui complimentera son gratin, puis fixera enfin létagère quon promène depuis trois mois du coin de la pièce au centre. Quelquun qui serait là, tout simplement.

Voilà ce que serait sa famille. Rien de plus, rien de moins.

Le sommeil venait à Charlotte sans prévenir, coupant net ses angoisses, la tête sur la table, penchée près du berceau.

Cest lors dune de ces nuits quun événement chamboula sa vie, mettant enfin les points sur les i de son histoire, ouvrant lespoir dun vrai dénouement heureux.

Paul était malade depuis trois jours, la fièvre ne baissait pas. Charlotte ne quittait pas son fils, qui saccrochait à elle, sendormant par instants, puis repartant en pleurs. La médecin du quartier, habituée, passait vérifier chaque soir, la rassurant :

Vous faites tout comme il faut, tenez bon. Il est solide, il tiendra.

Charlotte, épuisée, berçait son bébé. Un soir, Madame Bertrand passa lui apporter une marmite de pot-au-feu, caressa Paul et sinquiéta :

La fièvre ne baisse toujours pas ?

Impossible, malgré tout.

Cest quil combat, voilà tout. Cest bon signe.

Oui, je sais. Mais le voir ainsi…

Patience… Mangez un peu et dormez. Demain, ça ira mieux.

Charlotte hocha la tête, installa un cataplasme, puis Madame Bertrand repartit.

Benoît se coucha près de Paul dans le lit denfant, lui agitait sa queue hors datteinte. Paul, épuisé de vouloir lattraper, sendormit enfin. Charlotte hésita à le réveiller pour le soigner, puis laissa filer.

Elle prit la marmite sur la table, quitta la chambre pour chauffer le pot-au-feu dans la minuscule cuisine. Soudain un bruit sec, le fracas de verre, puis Paul pleurant. Elle se précipita : figée de terreur, elle aperçut une énorme ratte face à Benoît, prêt à défendre sa place. Il était amoché, loreille en sang, le flanc lacéré. Elle faillit intervenir, mais Benoît bondit, attrapa le rat à la gorge, et sy accrocha jusquà létouffer.

Lâche, mon chat ! Cest fini, tu as gagné !

Le chat poussa un cri plaintif, relâcha sa proie, puis boita jusquau lit denfant, où Paul hurlait. Charlotte les découvrit, pétrifiée : dans le berceau, une seconde ratte, plus petite, mais encore plus terrifiante à ses yeux. Elle arracha Paul, ouvrit la porte, hurla dans le couloir :

À laide !

Une heure plus tard, après un déménagement express chez Madame Bertrand, Charlotte serra son fils au chaud, tandis que la responsable promettait de veiller sur Benoît.

Des rats, chez nous ! Alors quon avait tout désinfecté ! la responsable fulminait, impuissante face à la dégradation du bâtiment.

Elle nettoya la chambre de Charlotte, puis installa Benoît à sa loge, soignant ses plaies.

Héros, ce Benoît ! On a bien fait de te garder. Tes unique, toi !

Benoît restait amorphe, refusant de manger, ce qui alarma Madame Bertrand. Le matin, après son quart, elle fila chez Charlotte :

Tu peux garder Paul ? Je fais quoi de Benoît ? Où trouver un véto ?

Oui, près de la résidence. Cours !

Charlotte enfile sa veste, court. Benoît est allongé sur le tapis, en souffrance.

Tiens bon, Benoît, ça va aller ! Jarrive, promets-moi de tenir !

À la clinique, elle bouscule la jeune assistante en blouse blanche :

Vite, je veux le vétérinaire, le meilleur !

Voyant Charlotte prête à mordre, la jeune femme la fait patienter.

Charlotte tenait Benoît, guettant le moindre souffle, prête à bondir. Finalement, la porte souvrit pour laisser entrer un homme immense, la carrure dun rugbyman, qui dut baisser la tête pour passer.

Alors, que se passe-t-il ? Sa voix grave surprit Charlotte.

Elle lui tendit le chat, balbutiant :

Il… Il a été attaqué par des rats.

On dirait pas un chat errant ! Il est magnifique.

Cest le mien.

Et il les a trouvés où, ces rats ? À lintérieur ?

Oui, dans notre chambre.

Curieux.

Vous finirez vos questions plus tard, soignez-le ! Charlotte explosa soudain, sanglots mêlés de colère. Benoît, si faible, lui brisait le cœur. Il a sauvé mon fils, vous comprenez !

Inutile de crier. Je mappelle Philippe, et vous ?

Charlotte.

Bien ! On va soccuper du héros. Rassurez-vous.

Quelques années plus tard, le gros chat roux traversera doucement la chambre des enfants, inspectera chaque recoin, puis grimpera dans le lit à barreaux, près du canapé où Paul sommeillera. Petite Anaïs, sentant la chaleur du matou, glissera sa main dans son épaisse fourrure. Benoît ronronnera, lui contant des histoires de chats, et la fillette refermera les yeux, paisible, sans prêter attention aux parents qui entrent sur la pointe des pieds. Charlotte réajustera la couette de son fils, remettra la chaussette égarée à sa fille, puis sappuiera contre lépaule de Philippe.

On a la meilleure nounou du monde, hein, Philippe ?

On ferait pas mieux. Philippe grattera Benoît derrière loreille, là où, autrefois, il lavait opéré. On a eu raison d’y croire. Des chats comme ça, cest précieux.

Il vaut de lor. Regarde, il en brille presque.

Benoît enfouira sa tête dans la main de Charlotte, sétirera contre Anaïs, la patte sur elle. Charlotte éteindra la veilleuse, rappellera Philippe et, en refermant la porte sur le cocon, sourira. Ses enfants nont jamais eu peur du noir : il y avait toujours Benoît, et avec lui près deux, rien ne pouvait leur arriver.

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