Valentine se rendait à son travail lorsqu’elle s’est soudainement aperçue qu’elle avait oublié son téléphone à la maison. Elle a décidé de faire demi-tour, est entrée dans l’ascenseur et…

Valérie quitte précipitamment son appartement parisien pour se rendre au travail lorsquelle réalise, à peine arrivée sur le trottoir, avoir oublié son téléphone à la maison. Elle fait aussitôt demi-tour et entre dans lascenseur. Malheureusement, lascenseur tombe en panne entre le huitième et le neuvième étage ! Elle reste coincée, attendant quon vienne la délivrer, quand une conversation familière lui parvient du couloir Cest la voix de son mari, Guillaume, qui discute avec une femme.

Ma chérie, murmure-t-il tendrement, quest-ce que jai hâte dêtre à nouveau avec toi !

Ce soir, ce sera le cas, répond dune voix basse et rieuse la femme, prénommée Camille. Je tattendrais après vingt-deux heures.

Ton mari travaille encore de nuit ce soir ?

Toute la semaine, chuchote Camille avec complicité. Il part à vingt et une heures trente et ne rentre pas avant le petit matin, alors nous devrons faire vite.

Mais pourquoi cet ascenseur met-il autant de temps ? simpatiente Guillaume.

Quatre minutes sécoulent pendant lesquelles ils échangeaient devant la porte de lascenseur, sinquiétant peu à peu de la panne. Puis, comprenant enfin la situation, ils décident de descendre par lescalier.

Dans les échanges, Guillaume ne cessait de remercier sa bien-aimée Camille, évoquant leur bonheur partagé et tous ces moments précieux passés ensemble en cachette.

Au début, Valérie narrive pas à croire que cest bien la voix de son mari quelle entend. Dans un immeuble comme celui-ci, il est fréquent dentendre des discussions dans le couloir. Mais lorsquelle saisit le prénom de Guillaume, puis le sien clairement mentionné, lévidence la frappe de plein fouet : son mari la trompe avec leur voisine du huitième, celle de lappartement quarante.

Elle nen croit pas ses oreilles !

Eh bien voilà, pensa Valérie, elle habite juste au huitième, quelle aubaine pour lui. Maintenant, je comprends ses soi-disant promenades « pour prendre lair avant de dormir » ! Je vais te la faire, ta promenade. Celle-là, il sen souviendra toute sa vie

Quelques minutes plus tard, les techniciens viennent réparer lascenseur, laissant Valérie sortir libre et déjà, son plan mûrit dans sa tête.

Quelques heures sécoulent. Il est près de vingt-deux heures lorsque Guillaume, fidèle à ses habitudes, annonce dun ton détaché :

Vava, je vais prendre lair un petit moment. Une petite heure, pas plus.

Mais, Guillaume, il pleut des cordes ! sétonne Valérie.

Je prendrai le parapluie, tout simplement, répond-il sur son ton le plus désinvolte.

Tu devrais rester. Reste sur le balcon, tu auras bien assez dair frais.

Non, non, jai besoin de marcher ! Cest bon pour le cœur, tu comprends ?

Je taurais prévenu, ce nest pas ton jour aujourdhui, soupire-t-elle.

Allons bon ! Je ne crois pas à tes histoires de superstition. À tout à lheure.

Guillaume disparaît dans la cage descalier mais revient trente minutes plus tard, trempé et essoufflé. Quelque chose na pas tourné comme prévu : le mari de Camille a reçu un appel anonyme lui révélant linfidélité de sa femme avec un voisin du même immeuble.

Valérie lui ouvre la porte, mais laisse la chaîne pour limiter louverture.

Où est ton parapluie ? Et pourquoi nas-tu plus ni veste ni chaussures ? sexclame-t-elle en observant son mari débraillé.

Jai eu un problème Des gamins mont stoppé dehors et mont tout pris !

Tes affaires sont prêtes. Je les ai déposées près du local à poubelles. Tu nas quà aller rejoindre Camille, lui lance-t-elle sèchement.

Camille ? Quelle Camille ?

Celle du huitième.

Dun geste décidé, Valérie claque la porte et allume la télévision.

Heureusement que nos enfants sont grands et quils vivent leur vie ailleurs songe-t-elle. Ils nauront pas à être les témoins de tout ça.

Guillaume court récupérer sa valise à côté du local à ordures, enfile ses vêtements, puis quitte la résidence. Il tente dappeler un taxi pour rejoindre sa mère, mais réalise que son téléphone est resté chez Camille.

Poussé par la nécessité, il retourne à lappartement conjugal pour demander un téléphone à Valérie. Dans la précipitation, il monte dans lascenseur qui sarrête net au huitième étage.

Toute la résidence est privée délectricité à cause dune coupure générale. Comme Valérie plus tôt, il reste coincé, lui aussi, au huitième.

Quand la lumière revient et quil parvient enfin à sortir, Valérie est déjà partie travailler. Guillaume na pas de clés ; lappartement appartient à son épouse.

En descendant à pied, prenant cette fois-ci bien garde à éviter lascenseur, il croise Camille, elle aussi avec une valise, qui attend lascenseur.

Tu as mon téléphone ? demande-t-il, sans détour.

Oui, et jai aussi tes affaires, répond Camille, mal à laise.

Finalement, ils prennent lascenseur ensemble, mais le hasard veut que les taxis quils commandent les emmènent dans des directions totalement opposéesIls se regardèrent un instant, deux complices devenus étrangers, visages fatigués, cernes partagés. Camille soupira, lui tendit le téléphone.

On fait quoi, maintenant ? murmura-t-elle.

Guillaume haussa les épaules, sentant soudain tout le poids de ses erreurs. Un silence épais tomba entre eux, seulement troublé par le claquement lointain dune porte du palier.

Je crois que chacun va devoir sinventer une nouvelle histoire, répondit-il doucement.

Camille hocha la tête, essuyant une larme furtive. Elle pressa le bouton de lascenseur qui, miracle ou ironie, souvrit sans bruit. Sans mot, elle entra, lui lança un dernier regard où perçait un semblant de sourire triste.

Guillaume descendit lescalier, la valise en main. Il laissa le téléphone dans la boîte aux lettres que Valérie récupérait chaque matin. Il regarda une dernière fois la façade grise de limmeuble, puis tourna au coin de la rue. Dans la lumière pâle de laube, la pluie avait cessé.

En haut, Valérie savourait son café, un léger sourire sur les lèvres. Le téléphone vibra : un message reçu dun ancien ami perdu de vue, retrouvé par hasard sur les réseaux sociaux. La page tournée, elle sentit une drôle de légèreté, mélange grisant damertume et de liberté, prête, enfin, à écrire son propre chapitre.

Quelque part, au coin dune autre rue, deux parapluies croisaient leur chemin, et la vie reprenait, obstinée, légère, singulière.

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