Valentine partait au travail lorsqu’elle s’aperçut soudainement qu’elle avait oublié son téléphone à la maison. Elle décida de faire demi-tour, entra dans l’ascenseur et…

Valérie marchait dun pas rapide vers son bureau sous un ciel gris parisien, quand soudain, elle se rendit compte quelle avait oublié son téléphone à la maison. Soupirant dagacement, elle fit demi-tour vers son immeuble haussmannien du XIe arrondissement. Dès lentrée, elle se précipita dans lascenseur et là, catastrophe : la cabine sarrêta net au huitième étage dans un frémissement métallique. Prise au piège, Valérie sentit la panique monter. Elle appuya, tremblante, sur linterphone mais nobtint que des grésillements en réponse.

Le silence nétait cependant pas total. Derrière la porte de lascenseur, des voix résonnaient dans le couloir. Le cœur de Valérie manqua un battement elle reconnut la voix grave de son mari, Gérard. Mais ce nétait pas tout : il nétait pas seul. Une femme murmurait tout près de lui.

Ma chérie, ma Lucienne, disait tendrement Gérard, cela fait déjà trop longtemps… Je compte les heures jusquau moment où lon sera à nouveau ensemble.

Ce soir, cest promis, répondit la voix féminine, douce et impatiente. Je tattendrai après dix heures.

Ton mari travaille encore de nuit ?

Toute la semaine, confia Lucienne dun ton complice. Il part à vingt-et-une heures trente, ne revient quau petit matin. Il ne faut pas traîner, il pourrait remonter à tout moment.

Et pourquoi cet ascenseur met-il un siècle à arriver ? simpatienta Gérard, la nervosité dans la voix.

Le couple, insouciant de la présence de Valérie, parlait encore, remerciant le destin de leur offrir ces instants volés au mari de Lucienne. Quelques détails ne laissèrent plus de place au doute, lorsque Gérard remercia Lucienne pour les moments heureux passés ensemble, puis quils prononcèrent à plusieurs reprises le prénom de Valérie… et celui de Gérard. Valérie réalisa, anéantie, que son mari la trompait avec sa voisine du huitième, cette Lucienne du quarantième appartement.

Eh bien voilà, pensa Valérie, le regard fixe, il ne va pas si loin pour prendre lair le soir. Son petit oxygène nocturne, cest Lucienne, tout simplement. Attend un peu, Gérard, tu vas ten souvenir de ta promenade ce soir. Je men chargerai.

Quand enfin le technicien libéra Valérie, son plan était en place.

À vingt-deux heures moins quelques minutes, fidèle à ses habitudes, Gérard prit son trench et fit mine de sortir.

Ma Valou, je sors prendre lair, juste pour une petite heure.

Mais il pleut des cordes, protesta Valérie dans un soupir de vérité blessée.

Cest rien, je prends un parapluie, insista-t-il sans la regarder.

Ah, ce nest pas ton jour, Gérard, dit-elle dune voix sourde.

Allons, tu sais bien que je ne crois pas à ces sornettes.

À peine une demi-heure plus tard, la porte claqua bruyamment : Gérard rentrait, essoufflé, les chaussures absentes et le regard abattu.

Valérie ouvrit la porte, la sécurité toujours enclenchée.

Et le parapluie ? Et où sont ton costume, tes chaussures ? demanda-t-elle faussement surprise.

On ma tout pris ! soupira Gérard, frigorifié. Deux types mont abordé rue de la Roquette, tout disparu ! Laisse-moi entrer.

Tes affaires sont prêtes elles tattendent près du local à poubelles. Passe le bonjour à Lucienne.

Lucienne ? balbutia Gérard, sidéré.

Oui, Lucienne du huitième.

Valérie ferma la porte et retourna à son émission. Un sourire triste traversa son visage.

Heureusement que nos enfants sont grands et quils ne sont plus là pour voir ça.

Gérard se précipita vers le local poubelles, découvrit une petite valise soigneusement déposée, shabilla à la hâte puis sortit du bâtiment, jetant des regards perdus sur la rue.

Son portable étant resté chez Lucienne, il fut contraint de revenir sur ses pas, espérant demander celui de Valérie, mais lorsquil voulut prendre lascenseur, il sy retrouva bloqué. Une panne générale venait de plonger tout limmeuble dans le noir. Ironie du sort : le voilà à son tour coincé au huitième.

Quand le courant revint, Valérie était déjà partie travailler. Gérard navait pas les clés de lappartement.

Redescendant prudemment les escaliers, il croisa Lucienne, elle aussi avec une valise à la main, attendant lascenseur avec une nervosité partagée.

Mon téléphone, tu las ? demanda Gérard dune voix basse.

Oui, tout est là, répondit Lucienne, apeurée.

Ils descendirent ensemble, silencieux, dans lascenseur désormais réparé. Mais ce soir-là, le taxi les dispersa dans deux directions différentes, dans le labyrinthe des rues de Paris, leurs secrets et leurs regrets résonnant entre les pavés.

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