Une vieille dame française et son fidèle petit chien

Une vieille dame, prénommée Geneviève, vivait seule à Paris. Après un infarctus, son fils, Charles, lui offrit un minuscule chien de race rare, une petite boule de poils quil acheta à prix dor, près de 2000 euros. Ce cadeau, pensé pour soutenir sa mère moralement et larracher à ses idées noires, fit véritablement renaître la vieille dame. Les médecins nen revenaient pas : le sourire lui était revenu, son teint était plus vif.

Geneviève promenait quotidiennement son adorable Titouan, attaché à une fine laisse de soie, ou parfois blotti contre elle dans une élégante sacoche en cuir. Elle lappelait Titouan parce quil était petit comme un point. Ce petit chien était d’une tendresse folle, obéissant, joueur, un vrai rayon de soleil dans sa vie.

Un après-midi dautomne, alors quelle se promenait avenue Victor Hugo, une voiture noire se gara à sa hauteur. Un jeune homme et une jeune femme, typiques de la jeunesse dorée parisienne, se penchèrent à la fenêtre et sextasièrent devant Titouan. Ils demandèrent, dun air faussement timide, sils pouvaient le caresser. Geneviève hésitait le cœur des Parisiens est méfiant mais elle ne sut comment refuser.

Elle approcha Titouan de la fenêtre. À une vitesse folle, la fille sen saisit, le garçon accéléra, et la voiture disparut dans le vacarme de la ville. Geneviève, désemparée, se mit à courir, à crier, puis tomba lourdement sur le trottoir. Les passants accoururent, appelèrent le SAMU. Geneviève fut emmenée à lhôpital, le visage livide, les lèvres bleuies.

Charles arriva en urgence. Sa mère, faible, sanglotait doucement, murmurait le nom de Titouan. Des larmes silencieuses coulaient sur ses joues ridées. Elle navait plus la force de parler, elle ne vivait plus que pour son petit chien.

Charles ne se résigna pas. Les voisins avaient retenu la plaque dimmatriculation, ils parlaient dun couple qui traînait devant un hôtel particulier du XVIe arrondissement. Charles alerta ses amis, et bientôt, grâce à une connaissance de la police, ils retracèrent la trace du véhicule. La voiture appartenait à un homme connu pour ses excès, habitant une magnifique demeure, preuves éclatantes de sa fortune.

Charles força la porte dentrée. Titouan était là, terré dans un coin. Depuis son enlèvement, il navait ni mangé, ni bu ; il gémissait faiblement, incapable même daboyer. Le chien avait dépéri. Les voleurs, lassés, lavaient délaissé : ils cherchaient un jouet, ils se retrouvaient avec une petite âme blessée, encombrante.

Charles emporta Titouan, à nimporte quel prix. Les voleurs furent soulagés de sen débarrasser. Lanimal retrouva très vite lamour de Geneviève et lappartement chaud du quinzième arrondissement. Progressivement, la vieille dame guérit. Titouan aussi.

Aujourdhui, ils sortent toujours plus prudemment. Titouan, dès quun inconnu sapproche, rentre illico dans sa sacoche. Lhistoire sest bien terminée.

Mais cela minterroge : pourquoi vouloir voler le bonheur dautrui ? Prendre la tendresse dun autre, cest parfois lui arracher la seule chose qui le retient à la vie. Parfois, un amour minuscule, un compagnon silencieux, cest tout ce qui empêche un être de sombrer. On pense voler quelque chose dinsignifiant, mais on arrache lessence-même de lautre.

Nul bonheur volé ne donne la paix. Vouloir samuser dun tout petit bonheur qui ne nous appartient pas, cest parfois condamner celui quon vole. La vie humaine tient sur un fil, parfois attachée à une âme de chien, microscopique mais irremplaçable. On dit que lâme ne pèse que quelques grammes. Pourtant, elle porte toute notre existence.

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