Une belle réflexion les mots me manquent
Aujourdhui, jéprouve le besoin profond de coucher sur le papier ce qui sest passé dans ma vie. Il y a peu, moi, Claire Dubois, jai frôlé la mort : mon cœur sest arrêté de battre. À ce moment-là, alors que je flottais entre vie et trépas, un ange mest apparu tout droit sorti de ces rêves denfant quon finit par ranger au fond dun tiroir. Il ma dit que, selon le bilan de mes actions, le paradis ne métait pas encore accessible. Mais il moffrait une chance : revenir sur terre quelques jours, afin daccomplir encore quelques bonnes actions.
Jai accepté. Je suis rentrée chez moi, à Lyon, auprès de Marc, mon mari. Depuis des années, plus un mot tendre entre nous. Il dormait sur le canapé, je ne cuisinais plus pour lui Il repassait sa chemise pour aller travailler, indifférent. Là, dans la lumière grise du matin, je me suis dit :
Je devrais faire le premier pas. Ce serait une manière dapaiser nos cœurs meurtris.
Dès quil a quitté lappartement, je me suis mise à laver et repasser tous ses vêtements. Ensuite, jai préparé son plat préféré, dressé la table élégamment, avec des bougies et un bouquet de pivoines. Sur le canapé, jai laissé un petit mot :
« Je pense que tu serais mieux dans notre lit, celui où nos enfants sont nés de notre amour. Celui où, tant de nuits, tu me serrais fort et où nous partagions nos peurs, notre tendresse. Cet amour existe toujours, il attend juste quon ait le courage de sy retrouver. Si tu peux me pardonner toutes mes erreurs, retrouvons-nous là-bas.
Ta femme »
À la dernière phrase : « Si tu peux me pardonner toutes mes erreurs », jai senti une colère froide menvelopper.
Suis-je donc folle ? Pourquoi devrais-je présenter des excuses ? Cest lui qui rentrait en rage, après avoir perdu son emploi à latelier. Moi, jai tenu la maison, jai géré largent nos euros sévanouissaient vite , jai supporté ses accès de colère. Il a commencé à boire, passait des heures dans le fauteuil, ordonnant aux enfants de rester calmes alors quils voulaient jouer. Il me criait dessus lorsque je demandais de laide, brisant tout ce qui faisait notre union et maintenant, ce serait à moi de demander pardon ?
Furieuse, jai déchiré la lettre. Cest alors que la voix de lange a résonné dans la pièce :
Noublie pas Il ne te manque que quelques bonnes actions pour entrer au paradis. Sinon, tu ne pourras y accéder.
Je me suis figée, puis jai réfléchi : Est-ce que cela en valait la peine ?
Jai recommencé la lettre, en y glissant cette fois plus de chaleur et de vérité :
« Je ne comprenais rien, à lépoque. Je nai pas vu ta peur quand tu as perdu ton poste, après tant dannées stables. Tu devais être terrifié. Je me souviens de tes rêves : voyager ensemble plus tard, voir la Méditerranée, peindre, écrire de la poésie. Jaurais pu taider à les réaliser, au lieu de tobliger à conduire ce taxi que tu détestais.
Je me souviens de la nuit où jai détruit tes lettres damour et brûlé tes toiles. Cela ménervait de te voir enfermé, dépensant nos sous en pinceaux, en pigments, ou me dédiant un poème maladroit. Jaurais pu vendre tes tableaux ils étaient magnifiques. Moi aussi, javais peur. Moi aussi, je me sentais rassurée seulement quand tu rentrais de latelier, le front couvert de farine ou de poussière. Je nai pas vu ta souffrance.
Pardonne-moi, mon amour. Je te promets que tout va changer. Je taime.
Ta Claire »
Quand Marc est rentré ce soir-là, je crois quil a aussitôt senti que lambiance avait changé. En respirant les effluves du gratin, découvrant la table illuminée, la mélodie de Barbara en fond, et le billet sur le canapé il sest mis à pleurer doucement, comme un petit garçon perdu.
Je suis sortie de la cuisine avec un plat entre les bras, lai vu sangloter, et je lai doucement pris dans mes bras. Nous navions pas besoin de mots. Nous avons pleuré ensemble, il ma soulevée comme autrefois, et nous sommes allés dans notre lit. Nous avons fait lamour comme au premier jour, passionnés et émus.
Ensuite, on a dîné, ri comme deux enfants en évoquant nos souvenirs de famille, les petites bêtises de Jeanne et Paul. Plus tard, pendant que je rangeais la vaisselle, jai aperçu dans le jardin la silhouette floue de lange. Jai couru dehors, le cœur battant :
Sil te plaît, ange, laisse-moi encore un peu. Je veux laider à retrouver le goût de peindre, réparer ce que jai détruit. Je veux quil soit heureux, et alors seulement je viendrai avec toi.
Lange a souri, bienveillant :
Je nai pas à temmener. Tu es déjà au paradis. Tu las mérité aujourdhui. Noublie juste jamais lenfer que tu as traversé et rappelle-toi que le ciel se trouve souvent bien plus près quon ne le croit.
À ce moment-là, la voix de Marc a retenti à lintérieur :
Viens te coucher, ma chérie, il fait froid. Demain sera une nouvelle journée.
Jai pensé :
Oui Grâce à Dieu, demain sera un nouveau jour.
Pour méditer, quelques questions me trottent dans la tête :
Toi qui te plains de ce que tu nas pas as-tu pensé à ce que tu donnes ?
Toi qui souffres as-tu mesuré la souffrance que tu infliges parfois ?
Toi qui reproches aux autres leur ignorance as-tu examiné la tienne ?
Toi qui condamnes les fautes vois-tu les tiennes ?
Toi qui dis être un ami sincère les-tu envers toi-même ?
Toi qui parles du manque sais-tu apprécier tout ce que tu possèdes déjà ?
Toi qui critiques le monde as-tu œuvré pour laméliorer ?
Toi qui rêves de ciel que fais-tu pour apaiser lenfer autour de toi ?
Toi qui affirmes être humble les-tu vraiment dans tes actes ?
Toi qui condamnes le mal diffuses-tu le bien ?
Toi qui redoutes lindifférence offres-tu vraiment de lamour ?
Toi qui crains la pauvreté sais-tu bien utiliser ce que tu as ?
Toi que blessent les épines as-tu planté des roses ?
Toi qui crains lobscurité allumes-tu la lumière chez les autres ?
Toi qui ne songes quà toi prends-tu soin des autres ?
Toi qui te sens petit cherches-tu à grandir ?
Toi qui as peur de la solitude donnes-tu ta présence ?
Toi qui redoutes la maladie protèges-tu ta santé ?
Toi qui veux la paix combats-tu les conflits ?
Oui, la vraie lumière nest jamais loin. Il suffit, parfois, dun simple élan du cœur.