Une Juliette pas comme les autres

Pas comme les autres Clémence

Clémence ! Encore ? Mon Dieu, tu nes pas une petite fille, tu es un vrai mystère ! Mais comment fais-tu, enfin ?

Maman, je ne sais pas cest arrivé tout seul

Sa mère lui retirait son vieux manteau taché, ses bottes trempées et son bonnet sans pompon.

Tous les enfants sont des enfants, mais toi Clémence ! Combien de temps ça va durer ?

Clémence observait lourlet déchiré de sa robe, soupirant. Pourtant, elle sétait bien amusée ! Le train humain était vraiment réussi ! Dommage que Hugo lait tirée trop fort par lourlet. Résultat : robe déchirée. Quant à Madame Marguerite, la surveillante, elle avait décrété que ce nétait pas à elle de repriser et que ce serait à la maman de Clémence de sen occuper. Elle avait raison, naturellement ! Mais Clémence avait dû rester assise dans un coin pendant tout le goûter, jusquau soir. Elle nallait tout de même pas montrer sa culotte aux garçons ! Ce nest pas convenable ! Cest ce que disait Mamie, et Mamie, elle sy connaissait en choses de la vie.

Par exemple en ce qui concerne le fait que Clémence était différente. Sa mère nétait pas de cet avis, mais sa grand-mère, si.

Laisse donc cette enfant tranquille ! Pourquoi tu la chicanes tout le temps ?

Maman, tu as fait pareil avec moi ! Pourquoi tu dis aujourdhui que ce nest pas bien ? Si je ne moccupe pas de léducation de Clémence, quest-ce quelle va devenir ?

Elle deviendra aussi futée et jolie que toi ! Ce ne serait pas assez ?

Oh, arrête avec tes bêtises ! Je nai pas le temps. Clémence, va te changer ! Tout de suite !

Heureuse dêtre libérée, Clémence filait dans sa chambre, laissant sa mère et sa grand-mère poursuivre la discussion dont elle était le prétexte. Mais de toute façon, elle nétait pas nécessaire à leurs débats.

Un jour, Clémence avait questionné sa mamie :
Dis, Mamie, quest-ce que ça veut dire être un prétexte ?
Mamie avait ri doucement :
Disputer pour rien, cest lassant, ma chérie. Mais quand il y a une raison, alors, ça vaut la peine !

Et moi, je suis votre raison à toutes les deux ?

La plus importante ! Tu es la seule que nous ayons, alors on se fait du souci. Ta mère sinquiète en étant stricte, parce quelle croit que sans ça, tu déraperas. Moi, toute ma sévérité est restée sur ta mère. Il ne men reste plus pour toi. Du coup, je cherche dautres manières. Par exemple, le sucre dorge.

Je naime pas le sucre dorge !

Bon, alors une friandise, si tu préfères.

Ah, cest mieux ! Mamie, tu crois que maman maime ?

Plus que quiconque sur terre ! Même plus que moi ! Ne doute jamais de ça.

Alors pourquoi elle me gronde tout le temps ?

Justement, cest à cause de ça

Cest une drôle de façon daimer Toi aussi tu maimes, mais tu ne me grondes pas

Moi je suis ta grand-mère, ce nest pas pareil. Ta mère, elle doit sassurer que tu grandisses bien. Ce nest pas facile, tu sais ?

Non !

Alors tu comprendras plus tard. Chaque chose en son temps !

Mais ce plus tard ne venait jamais.

Clémence aurait tant voulu comprendre. Mais au fil du temps, sa mère devenait de plus en plus stricte.

Quest-ce que je vais faire de toi ? Attendre quun miracle arrive ?

Clémence entendait cette phrase sans jamais trop comprendre. À chaque fois, elle avait envie de demander comment on pouvait attendre quelque chose, un miracle ou autre, dans une robe trouée, mais elle se retenait autrement, sa mère naurait sûrement pas compris la blague, et hop, Clémence aurait été encore grondée sans raison.

Pourtant, les craintes de sa mère étaient infondées.

Gauche mais mignonne, Clémence se trouvait tout à fait banale. Peu importait les mots de Mamie ! Le miroir ne mentait pas.

Et dans ce miroir, Clémence ne voyait rien de réjouissant ! Petits yeux, queue-de-cheval filasse dun brun terne, boutons au nez. Belle ? Quelle idée !

Elle avait accepté la vérité, et laissait de côté toute préoccupation physique. Cétait plus simple. Pour elle et pour sa mère aussi. Pas besoin de vêtements à la mode ni de chaussures dernier cri. Ses vieilles baskets faisaient laffaire partout, sauf quand il fallait aller au théâtre avec Mamie. Là, il fallait des habits corrects.

Clémence adorait le théâtre. Dommage, elles ny allaient presque jamais, car le prix des places était bien trop élevé pour leur budget serré. Même si Mamie économisait un peu deuros sur sa pension, il fallait attendre longtemps. Alors, dès la cinquième, Clémence avait commencé à garder les enfants de la voisine, des jumeaux remuants mais sages. Elle apprenait ainsi à gagner ses premiers sous. Elle aimait passer du temps avec eux, nayant elle-même ni frère ni sœur, et trouvait cela plutôt joyeux que contraignant.

Quimporte ! Elle venait, jouait avec eux, donnait quelques cuillérées de purée et rentrait chez elle. Personne ne lembêtait, personne ne barbouillait ses cahiers, et elle ne partageait sa chambre avec personne. Formidable !

Clémence avait compris bien vite quélever deux enfants, il fallait de largent, et beaucoup. Chez elles ? Salaire de sa mère, infirmière, plus la petite pension de Mamie. Et surtout, absence du père. Clémence ne lavait jamais vu, et, à vrai dire, ne tenait pas trop à faire sa connaissance.

Avec sa mère, Clémence ne partageait jamais ses réflexions à ce sujet. Pas la peine de lui en rajouter. Elle avait déjà Mamie à surveiller, Mamie qui, parfois, ne se rappelait même plus son nom.

Au moins, la grand-mère se souvenait du père. Elle avait raconté à Clémence les circonstances de sa disparition.

Il navait pas besoin de ta mère.

Pourquoi ?

Cétait un vrai papillon de nuit, il butinait partout. Ta mère ne voulait rien entendre, elle était amoureuse ; elle croyait quil allait lépouser. Il la épousée, mais dès quil a appris quelle tattendait, il a disparu, sans laisser dadresse. Juste un mot.

Quel mot ?

Ça ne te regarde pas, Clémence. Cest leur histoire à eux. Tout ce que je peux te dire : tu as été si désirée que ta mère faisait tout pour ne pas te perdre, comme si elle portait un vase en cristal. Elle a toujours eu peur pour toi, et c’est pour ça quelle te gronde autant.

Cest donc par amour ?

Évidemment. Elle sinquiète pour toi à en perdre le sommeil. Plusieurs fois je lai vue te caresser les cheveux en murmurant, presque en larmes. Quand je la questionnais, elle se fâchait. Mais cest sa manière à elle de taimer. Tu comprends ?

Je crois bien

Et toi, tu la grondais aussi comme ça, maman ?

Bien sûr ! Toutes les mères sont pareilles. On fait nimporte quoi par peur, et après on sen veut.

Pourquoi avoir peur ?

Pour son enfant ? Tu comprendras le jour où tu deviendras maman.

Clémence ne répondit rien et songea toute seule quavec ses propres enfants, elle ferait autrement. Naïve Mais qui ne lest pas, à cet âge ?

En réalité, tout cela lui semblait loin. Clémence ne croyait guère tomber un jour sur quelquun qui voudrait delle.

Après ses études, elle entra travailler comme infirmière dans le même hôpital que sa mère. Là, tout recommença !

Rien nallait ! Pour ses collègues, elle en faisait trop : trop attentionnée avec les patients, trop dynamique, trop investie. Pourquoi se donner cette peine ? Les uns partent, dautres arrivent. Il fallait rester calme. On ne peut pas porter tout le monde sur ses épaules.

Clémence nécoutait rien. Elle avait trop de compassion. Chaque patient était un humain à ses yeux. Elle aimait soulager, donner du réconfort, faire sourire, même si cela agaçait certains.

Même sa mère lavertissait :
Ne cherche pas à te faire dennemis. Tu risques de te fâcher avec tout le monde. Ta paie est précieuse, on a besoin dargent pour Mamie, tu sais que laide à domicile coûte cher. Il faut que tu travailles et que tu gardes le poste. Mais qui soccuperait de Mamie ?

Maman, je ne peux pas laisser les malades se faire crier dessus.

Ce métier est dur, tout le monde na pas la vocation. Tu ne changeras personne de force. Sois patiente, montre plutôt lexemple. Ça peut finir par payer.

Cest long

Ah, Clémence De qui tiens-tu ce fichu caractère ?

De toi, bien sûr.

Clémence !

Quoi ?

Rien Fais ce que je te dis.

Clémence ne voulait pas se disputer, mais écoutait rarement. Peut-être sa mère avait-elle raison, mais dans la chambre 3, il y avait cette vieille au mauvais caractère, qui pourtant lui adressait chaque matin un sourire. Jamais une plainte contre Clémence, alors quavec les autres, elle ne se privait pas. Cela signifiait bien quelque chose

Elle en croisait, des patients fatigués, usés par la maladie ou par les conflits familiaux. Les familles venaient, parlaient patrimoine, disputes, et les patients pleuraient ensuite Comment ne pas les comprendre ?

Mais sa mère nentendait rien : seule limportait le bien de Clémence. Pourtant, comment être bien si les autres autour souffrent ?

On ne peut pas tout réparer, certes, mais qui peut encore un peu, doit agir.

Et tant pis si ses collègues se moquaient, la surnommant la pieuse, promettant quelle finirait au couvent ! Grand bien leur fasse ! Avant tout, Mamie répétait toujours que la caravane avance, quoi quil arrive.

Et la vie de Clémence avançait, parfois difficile, parfois pleine dincertitude.

Cest difficile dêtre compris de peu de gens. Encore plus de ne pas avoir quelquun proche à qui tout dire. Depuis que Mamie senfonçait dans la maladie, il ny avait plus grand-monde pour partager ses peines. Les amies se mariaient, lui lançaient leurs bouquets, rite classique.

Tiens, Clémence, cest ton tour maintenant !

Elle acceptait les bouquets, par politesse, mais lélu, celui censé apparaître à la réception du bouquet, semblait sêtre égaré. Peut-être quil nétait tout simplement pas prévu pour elle. On peut être complet, même sans moitié

Clémence finit par se faire à la solitude. Elle en avait presque fini despérer. Avouer des sentiments la première ? Jamais, même si elle croyait deviner qui pourrait la faire vibrer.

Ses journées se partageaient entre lhôpital, un refuge pour chats tenu par une amie, et la chambre de Mamie qui la regardait de plus en plus lointainement. Maman soupirait, la poussait à sortir, mais comprenait quil ny avait plus vraiment de raison. Clémence devenait une vieille fille typique sans vœu de mariage ni de famille.

Maman, si tu veux des petits enfants, dis-le-moi franchement ! Jen ferai deux ou trois. Cest facile aujourdhui.

Clémence ! Quelle horreur ! Tu nes pas sérieuse ?

Pourquoi pas ? Ya plus de princes charmants. Cest la nature, il ny en a pas assez pour tout le monde ! Quattends-tu de moi ?

Je voudrais juste que tu sois heureuse

Alors, arrête de me dire dorganiser ma vie. Ce nest pas possible pour moi, ma vie ne veut pas sorganiser, cest tout. Cest comme ça, faut pas insister !

Maman se taisait, semant en secret de nouveaux espoirs de rencontre, mais rien ne venait. La nature ou le destin ont parfois de limagination.

Mais cela arriva, et dune manière inattendue.

Le déclic, ce fut laffaire de la vieille, Madame Marie-Agnès, la peste de service. Elle venait à lhôpital deux fois par an, et à chaque fois semait la panique, dont la principale victime était léquipe soignante.

Voilà la fameuse Marie-Agnès ! Clémence, tu en es fan, alors tu ten charges !

Madame Marie-Agnès illuminait la journée de Clémence :
Ah, ma petite ! Enfin un visage humain dans cet hôpital de vampires !

Allons, ils sont tous gentils, ici !

Tu es jeune, tu ne sais pas. Moi jai vécu, crois-moi ! Arrête de mobjecter !

Je ne dirai rien, je vous accompagne simplement en chambre. Sinon, vous allez effrayer tout le monde !

Quils aient peur, ça leur fera du bien !

Eh bien, vous nêtes vraiment pas facile, Marie-Agnès !

Cest vrai ! Et encore, tu nas pas rencontré mon chat. Là, cest la vraie peste, un sac à malices !

Clémence en riait sans y penser. Mais elle aurait dû ! Car le destin la rapprocha de ce chat.

Un jour, Marie-Agnès arriva, changée. Dhabitude querelleuse et bruyante, elle gardait le silence, suivait Clémence sans bruit jusquà la chambre et se tournait vers le mur. Inquiète, Clémence essaya den savoir plus, en vain.

Laisse, ma petite Clémence Ce nest pas le moment.

Bientôt, Clémence apprit la vérité : Marie-Agnès était venue delle-même à lhôpital.

Elle sest disputée avec ses enfants, comme toujours. On ne sentend plus Voilà ce que cest, à force de se fermer à force de ne pas assez aimer

Clémence nen pensait rien. Après tout, on ne connait jamais les secrets dune famille, chaque histoire est unique.

Après son service, elle passa en chambre senquérir.

Besoin de quelque chose ?

Un long regard triste. Mais soudain, Marie-Agnès se lança :
Clémence, jai une faveur à te demander. Je nai jamais su demander, on ma appris à me débrouiller seule. Mais parfois, on ne peut plus y arriver sans aide

Dites-moi ! Je suis là.

Tu sais, jai plein de famille, mais personne ne mentend. Jai gâté tout le monde, tout donné, pensé à leur bien. Jai vendu mon appartement, jai partagé, jai tout fait Et qui sen soucie ? Maintenant, je dérange, je suis seule Mais il me reste ma Noisette, mon chat Prends-la, sil te plaît !

Votre chat ?

Oui ! Elle est difficile, mais si intelligente. Elle sent tout, elle a compris que jallais partir. Laisse-la pas seule, elle non plus na personne

Clémence hésita. À la maison, il ny avait jamais eu de chat, trop de soins pour Mamie, trop de dépenses. Mais refuser, cétait impossible en voyant les yeux de Marie-Agnès. Ce chat représentait tout pour elle. Qui saurait juger ce qui console le cœur des autres ? Le peu de lumière quon peut offrir compte déjà beaucoup.

Clémence consulta sa mère, puis partit chercher Noisette.

Je prendrai votre Noisette, mais seulement en attendant votre retour, promis.

Merci, ma petite, merci

Étonnamment, pour la première fois, Marie-Agnès ressembla à une grand-mère, presque douce.

Arrivée chez Marie-Agnès, Clémence stoppa. Les clés en main, elle préféra ne pas entrer seule et alla frapper à la voisine.

Bonjour, je viens recueillir le chat de Madame Marie-Agnès. Seriez-vous daccord de rester sur le palier, le temps que je la trouve ?

Tu ne veux pas entrer toute seule, hein ? Tu as raison, elle était du genre acariâtre, cette Marie-Agnès.

Oh, non, cest une mamie comme toutes les autres, juste un peu fatiguée !

On va attendre alors, Violette ? dit la voisine à son bébé, qui approuva dun gazouillis.

Opération Noisette commencée et vite finie, car en ouvrant, Clémence vit une ombre noire bondir vers lextérieur, déguerpir dans lescalier.

Ferme la porte, vite ! lança la voisine, amusée. Tu ne lattraperas pas ! Elle est vive, et vilaine ! Fais attention à tes mains si tu y arrives !

Merci !

Clémence dévala les marches, espérant que la porte du hall soit fermée.

Peine perdue. Elle était grande ouverte ; des déménageurs passaient des cartons. Elle demanda, désespérée :
Vous navez pas vu un chat ?

Lun deux fit signe vers les arbres dehors : Sur un arbre, là !

Tout le monde la regarda courir sous la pluie, mais personne ne se porta volontaire. Le temps, cest de largent !

Dans la nuit et la pluie dautomne, Clémence ne distinguait quun feulement furieux dans les branches presque nues.

Noisette, viens minou minou !

En réponse, un feulement encore plus profond. Tant pis, il fallait grimper. Impossible de laisser la chatte ainsi.

La cour était vide, la pluie tombait, elle rêvait de sa couette Mais elle avait promis, et une promesse, cela se tient.

Clémence enfila son sac, grimpa, progressant dune branche à lautre, les mains tremblantes. Enfin, elle laperçut, lattrapa par la peau du cou.

Lâche la branche, fichue bête !

La chatte obtempéra, massant sa griffure dans le pull de Clémence, qui la fourra sous son manteau. Cétait chaud, Noisette cessa de protester.

Mais là, Clémence se rappela quelle avait toujours eu le vertige. Sans oser regarder en bas, elle se retrouva clouée sur la branche. Son téléphone narrêtait pas de sonner, mais elle ne pouvait pas bouger.

Crier à laide ? Elle nosa pas. Pourquoi déranger, cétait sa faute

Eh, tes bien là-haut ?

Une voix moqueuse surgit. Clémence sursauta, faillit tomber.

Doucement ! Reste tranquille, je viens te chercher !

Le garçon disparut, puis revint avec une échelle prête on ne sait comment. Il linstalla au tronc.

Vas-y, descends maintenant ! Ou tu veux dormir là ?

Clémence, tétanisée, chuchota :
Jai peur

Aussitôt, elle sentit des bras la tenir, la guider prudemment.

Arrivée au sol, Noisette tenta de fuir, mais Clémence alerta la garce, la replaça sous sa veste.

Non, ma belle, tu restes ici ! Jai promis à ta maîtresse !

Eh bien, tas du caractère

Le garçon, fluet, pas très remarquable, la dévisagea avec un sourire narquois.

Je te raccompagne ?

Ça ira ! fit-elle, bougonne. Mais en son for intérieur, elle se morigéna ; voilà, il lavait aidée, sauvé, trouvé une échelle sous la pluie et elle répondait sèchement ! Mais tes pas comme les autres, cest sûr, Clémence !

Excuse-moi. Merci beaucoup. Jy serais restée toute la nuit, sans toi.

Pourquoi ?

Parce que jai le vertige.

Pourquoi tu as grimpé, alors ?

Pour sauver le chat ! Désolée. Ma mère va sinquiéter.

Tu peux me tutoyer, après ce sauvetage sous la pluie. Appelle-moi Lucas. Viens, je taccompagne jusquà chez toi, ou au moins jusquau métro. Tu habites loin ?

Pas tellement.

Tout à coup, Clémence ne sentait plus le froid. Un drôle de sentiment la portait, la réchauffait, lui donnait envie de sourire pour rien à chaque mot de Lucas.

Sous son manteau, Noisette ne bougeait plus, profitant de la chaleur soudaine. Même le chat semblait ressentir la petite étincelle nouvelle.

Lucas accompagna Clémence jusquà sa porte. Le lendemain, il lattendit devant lhôpital, ils passèrent à lanimalerie, car ce chat avait décidément ses exigences.

Clémence garda Noisette une semaine, jusquau retour de la fille de Marie-Agnès.

Maman ne cesse de réclamer son chat ! Laissez-les ensemble, sil vous plaît.

Vous rentrez ensemble, toutes les deux ?

Bien sûr, cest ma mère, après tout ! Merci pour tout.

Clémence les regarda partir, Marie-Agnès serrant Noisette tout contre elle. Encore une fois, elle pensa quune famille cachait des ombres et des mystères, et quil ne sert à rien de juger de lextérieur. Peut-être, quand on réclame jusquau chat dune mère, cest quon tient bien plus quon le laisse paraître.

Au lieu de sinterroger sur les familles des autres, il valait mieux essayer den construire une, quand la vie offre la bonne personne. Alors, peu importait qui ferait le premier pas, car le plus important restait ailleurs.

Lessentiel, cest que, quand il faut, il y ait quelquun pour vous trouver une échelle et du temps. Quelquun qui ne dira jamais que tu es comme ceci, ou pas comme les autres. Parce que, pour lui, mieux que toi, cest impossible de trouver.

Et cest tout ce quil y a à savoir du bonheur.

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