Une vieille femme, prénommée Solange Durand, habitait dans un quartier tranquille de Bordeaux. Après avoir subi un infarctus, son fils unique, Antoine, voulut lui rendre le sourire et lui offrir du réconfort. Il lui fit cadeau dun minuscule chien de race, une petite merveille qui coûta une vraie fortune en euros. La petite boule de poils était si petite quon aurait pu croire à un jouet ; elle sappelait Mimiette.
Larrivée de Mimiette changea tout pour Solange. Son moral remonta doucement, la tristesse laissa place à lespoir, et la vieille dame retrouva lénergie de se promener dans le parc, tenant Mimiette par une laisse fine ou la tenant précieusement dans une élégante sacoche. Mimiette, vive et espiègle, ressemblait à un trésor microscopiquetoujours aussi affectueuse et sage.
Un après-midi, alors que Solange descendait lallée ombragée avec Mimiette, une voiture de luxe freina soudain à sa hauteur. Un jeune homme et une jeune fille, élégants, abordèrent la vieille dame, fascinés par le petit chien. Ils demandèrent gentiment sils pouvaient le caresser. Solange nosait pas refuser, gênée, elle sapprocha et souleva Mimiette près de la vitre. Dun seul geste, la jeune fille sempara de la chienne, et la voiture démarra précipitamment.
Solange se lança à leur poursuite de toutes ses forces, hurlant et sanglotant, mais trébucha et sécroula sur lasphalte. Elle se blessa grièvement, perdit conscience, et les voisins alertés appelèrent aussitôt les urgences.
À lhôpital, les jours passaient. Solange, faible, livide, murmurait dune voix mourante le nom de son chien. Antoine, des larmes plein les yeux, la veillait nuit et jour, bouleversé de la voir ainsi anéantie.
Mais il ne renonça pas. Grâce à la solidarité du quartier et aux souvenirs précis des voisins à propos de la voiture, Antoine lança ses amis policiers sur la piste. Très vite, ils retrouvèrent le propriétaire de la voitureun riche héritier vivant dans un vaste hôtel particulier rue Fondaudège.
Face au portail, Antoine sentit la colère et la peur, mais il parvint à entrerpeu importait les moyens à cet instant. Il découvrit Mimiette enfermée dans un salon, amaigrie, abattue. Depuis son enlèvement, elle refusait de manger, sa petite voix plaintive résonnait dans tout lappartement. Les voleurs, déçus par ce toutou maladif qui ne leur apportait ni joie ni amusement, la laissaient dépérir.
Antoine serra le chien contre lui ; il nhésita pas une seconde et la ramena chez sa mèrequoi quil en coûte.
Le retour de Mimiette fut miraculeux pour Solange. Les jours sombres disparurent. Prudemment, la vieille dame refit ses promenades, napprochant plus personne, Mimiette disparaissant aussitôt dans son sac dès quun inconnu surgissait.
Tout était rentré dans lordre. La vie reprit ses droits, empreinte de vigilance et de tendresse.
Il est si facile, parfois, de voler le bonheur minuscule dautruiune affection précieuse, discrète, qui pourtant fait battre un cœur, une passion, une tendresse, qui suffisent à soutenir une existence. Un regard, une ancienne Renault en panne, un bout de jardin ou une modeste victoire dans un concours sans importance : voilà ce qui retient certains à la vie.
Arracher ce bonheur, même sil semble insignifiant, ne mène jamais à la joie. On ne construit rien de solide sur la douleur dautrui et le vol du bonheur.
Pour un caprice, on peut détruire tout lunivers dun être fragile. La vie ne pèse parfois que quelques grammes, tout comme la minuscule âme quelle abrite. Mais dans cette âme, il y a touttoute lexistence dune femme, dun chien, dun monde secret et magnifique.