Une année entière à verser de l’argent à nos enfants pour rembourser leur crédit ! Désormais, plus u…

Une année entière à donner de largent aux enfants pour rembourser un prêt ! Plus un sou de plus !

Mon mari et moi, nous navons eu quun seul enfant, un fils aujourdhui adulte. Il a fondé sa propre famille, et voilà que nous sommes devenus grands-parents.

Jai grandi sous le vent froid de lépoque gaulliste, lombre grise des barres HLM de la banlieue parisienne. Je me suis mariée à trente ans une vieille fille, pour beaucoup. Dans ces années-là, ne pas avoir denfant, cétait comme trimballer une tache indélébile. Chacun attendait un héritier, et vite. Rester sans descendance, cétait comme être enveloppée dune brume de honte, pareille à la fièvre typhoïde.

Mon mari et moi, après réflexion, navons voulu quun fils, et point final. Gens cultivés, on savait très bien : élever un enfant coûte cher. Et plus il y en a, plus la facture grimpe, tout simplement.

Ce nest pas un hasard si nous nous sommes contentés dun enfant. Grâce à cela, on a pu lélever dans le calme et la dignité, lui payer des études, et bâtir notre tranquillité.

Mais notre fils, Julien, na pas partagé cette logique. À peine marié avec Chantal, la voilà enceinte et notre petit-fils Paul voit le jour. Mais ces jeunes mariés navaient pas de logement à eux ; ils prennent donc un crédit avec la BNP pour acheter leur appartement, plongeant dans la paperasse et les échéanciers. On sest retrouvés, chaque mois, à verser des euros, en douce, pour leur prêter main forte.

Voilà que la rumeur dun deuxième enfant sinvite, comme un mistral qui force la fenêtre. Ma belle-fille Chantal attend un autre bébé. Bien sûr, je leur demande, entre le café et le fromage : Et comment comptez-vous nourrir deux enfants et rembourser lappartement ? Ils prennent la mouche : « On se débrouillera, maman. » Je réponds, lasse : « Tant mieux, alors»

Pendant un temps, mystérieusement, ils ont réussi. Mais tout seffrite soudain : Chantal doit quitter son travail et notre Julien se fait licencier, comme si les nuages noirs étaient tombés dans leur salon. Ils viennent alors habiter chez nous, rue de la République, dans lappartement quon louait depuis trois ans à des étudiants de Lyon. Mon mari, Antoine, déclare dune voix grave quil aidera encore nos jeunes à payer le crédit. Et nous voilà partis pour douze mois, à verser chaque mois nos économies sur leur compte, croyant, dans notre naïveté, faire germer un nouveau bonheur familial.

Le réveil est abrupt. Japprends, par hasard, que les mensualités ont six mois de retard. Où sont passés les billets ? Antoine frappe la table, dit quil est fatigué, vidé. Je suis tétanisée, ma tête résonne comme les couloirs du métro à minuit. Jai voulu protéger mes enfants, et ils se sont endormis dans la chaleur de notre bienveillance, insouciants et détendus, avalant nos sacrifices.
Et maintenant, lair de la maison est plein de questions qui nont pas de réponses. Que faire, au juste, sinon contempler la buée des oublis en soupirant ?

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