Un Verre de Lait
Il est difficile, parfois, de ne pas sombrer, surtout pour les êtres quun destin déjà en friche écrase sans bruit, mais aussi pour ceux qui les croisent et sépuisent à espérer. Cela, Véronique Chaumet la compris depuis longtemps : voilà huit ans quelle travaille pour le service social municipal dAngers. Ses traits, minces et anguleux, sont devenus plus durs, son regard dun vert acide brille sous ses cheveux roux de sarcasme ou de lassitude, surtout quand quelquun ose commenter son métier. « Mais qui es-tu pour parler de mes affaires ?! » lançait-elle, et, dun clignement oblique, effrayait tout curieux, le forçant à disparaître, fuyant sans autre but que lesquive. Ainsi, elle devint pour tous : Véronique la Peste.
Tous ces jours, Véronique a fait les courses pour ses protégés, a nettoyé leurs appartements, trouvé des compromis, parlé avec tout le monde. Seul un vieux monsieur avait un jour semé le trouble, lorsquil lui avait donné une tablette de chocolat. Les cadeaux étant strictement interdits, elle nen avait jamais accepté et céda pourtant, ce jour-là, par faiblesse ou par compassion. Rentrée chez elle, elle se retrouva incapable den manger même un carré, et finit par offrir la tablette au petit garçon du voisinage. Après cela, elle refusa tout nouveau présent. Le papi se vexa et fit une réclamation au chef de service : « Aujourdhui, même le chocolat ne suffit plus, elles attendent lenveloppe » On manqua de la renvoyer. Elle nopposa aucune résistance : « Renvoyez-moi, tant mieux ! Je suis humaine, pas un torchon à piétiner ! » Mais ce sont ses bénéficiaires qui la protégèrent. Parmi eux figurait Anne Fauconnier. Véronique laimait déjà bien, mais depuis cette histoire, elle la considéra comme une sœur, la sœur quelle navait jamais eue.
Elles partageaient un passé décousu, blessé tôt par la perte de leurs parents. Anne, handicapée depuis lenfance, navait pour compagne que sa broderie ; Véronique, elle, paraissait en bonne santé, mais il ne fallait pas regarder trop loin derrière ses paupières. Son âme, écorchée, fuyait les questions, alors même quAnne, bienveillante, ne parvenait pas à la comprendre. Leur blessure commune labsence denfant gommait toute différence. Si Véronique sétait résignée, Anne, elle, nabandonnait pas. Elle reprenait Véronique, surtout depuis quelle répétait dans la compagnie artistique du centre de rééducation. Dabord, Anne avait refusé quon parle de performances publiques, et le père Luc souvent en visite, la poussait vers la prière et la broderie : « Voilà ton don, cultive-le. » Ses doigts, maladroits mais opiniâtres, finirent par orner dentelles, foulards, puis une robe de lin brodée de motifs dun rouge vif et de paons vert émeraude. Le jour de lexposition régionale dart populaire, on la vendit, avec laccord dAnne. Quand on lui remit une jolie somme, elle appela Véronique, en pleurs ; cétait son premier salaire, et elle ne savait quen faire.
Ne tinquiète pas, on saura ! rigola Véronique, puis reprit : On rachètera des robes, tu broderas toute lannée, ça toccupera. Laisse tomber tes idées noires.
Anne ne répondit rien mais garda la blessure. Comment ne pas rêvasser, lorsquelle pensait de plus en plus au bonheur davoir un mari ? Elle connaissait tout, des films romantiques à la télé, les dialogues, les gestes Mais à elle, seule la jalousie restait permise.
Après son succès à lexposition, le centre lappela pour lui proposer un binôme de danse adaptée.
Vous ny pensez pas ? Cest absurde ! coupa Anne, persuadée quon se moquait delle.
On la rappela, on insista.
Il faut tenter ! Vous êtes lauréate maintenant ! On augmentera votre talent, vous serez notre étoile ! On a laccord du service social, laccompagnatrice viendra avec vous.
Mais avec qui vais-je danser ?
Quelquun comme vous. Chez nous, personne nest laissé de côté ! Tout le monde trouve sa place, selon ses capacités ! séchauffa la responsable.
Bon, essayons soupira Anne.
Voilà ! Demain, je vous appelle. Je suis Marguerite Iosifovna, directrice de la troupe. Un bus spécial passera vous prendre.
Et le lendemain, pile à lheure, arriva un conducteur à la moustache grisonnante, coupe rase et mine sombre. Il emporta Anne, partie tête nue pour que sa coiffure que Véronique venait de libérer de ses rouleaux reste impeccable. Dans le bus, déjà un jeune homme en fauteuil roulant, son futur partenaire de danse. On les présenta : il sappelait Alexandre. Rougissant, Anne effleura sa main miracle de sentir une paume dhomme.
Au centre de rééducation, le chauffeur et Véronique aidèrent Anne à grimper la rampe, tandis quAlexandre gérait sa chaise avec aisance. Lors de la première répétition, rien ne marchait. On trébuchait, on bouillonnait sous les conseils, on tâchait de tourner en rythme. Quelle gêne, dêtre gauche devant la chorégraphe, élancée comme une libellule, devant Alexandre, et la minuscule Marguerite Iosifovna qui virevoltait autour. Mais ce nétait quun début.
Chaque semaine, automne et hiver, Anne oublia sa broderie, la danse devenant son souffle vital, et Véronique ne la quittait jamais.
Ce jour-là, encore, elles attendaient le bus. Véronique, sombre, traînait la mine. Anne finit par la taquiner :
Tu fais une tête denterrement !
Pfff. Arrête, marmonna Véronique.
Sentant lhumeur de son aide, Anne bifurqua :
On na que quarante ans, on pourrait encore fonder une famille !
Ty penses encore ! Jai donné Sept ans de mariage, puis labandon. Il a bien fait. À force de courir après les hommes, jai perdu mon temps. Mes parents nauront jamais vu de petits-enfants.
Passe à autre chose ! À ta place, je me remarierais dix fois.
Pour encore recevoir des reproches ?
Si tu ne veux pas te remarier, aujourdhui, on peut avoir un enfant autrement.
Largent, tu crois que jen ai, moi ?
À la télé, ils ont dit que cest maintenant gratuit
On verra. Et toi, tu mets quoi aujourdhui ?
Je mets le pull rose avec la jupe grise !
Pourquoi pas la robe de scène ? Faut thabituer à la longueur.
À la générale, daccord. Dans le bus, ça se tache.
La veille de la générale, elles répétèrent longtemps. De retour, Véronique installa Anne, la lava, la sécha, puis la mit à table avec du thé, des biscuits, des bonbons. Mais Anne détourna le regard et interrogea, soudain gênée :
Comment cétait, la première fois avec un homme ?
Je me souviens pas.
Tu mens. Tas été mariée, tavais un amant même !
Il sest trouvé mieux. Rien à envier !
Je crois que je plais à Alexandre Il me regarde différemment.
Les bruns aiment les blondes. Fais attention à ton cœur, tu risques den souffrir.
Mais alors, toi et un homme, cétait comment ?
Suffit, change de sujet ! Bois ton thé et repose-toi.
Anne se tut, senferma dans ses pensées la même fièvre douce quelle combattait depuis lenfance reprenait désormais forme dans le silence. Véronique, lavant les tasses, pensa : « Il faudrait vraiment lui trouver quelquun. Elle croit quelle nest bonne à rien. Mais envieuse, oui ! Jaurais dû me taire sur Nicolas »
Restée seule, Anne regretta son ton sec. Mais à qui désormais confier ce qui lui pèse ? « Si je savais écrire des poèmes, jen ferais un, tout doux » Elle sentit ses yeux piquer, le cœur se serrer jusquà manquer dair. Elle chassa Alexandre de ses pensées, mais il remontait sans cesse : ses cheveux impeccables, ses yeux noisette profonds, ses mains musclées. Aux premiers entraînements, elle craignait la chute, mais avec Alexandre, tout devenait léger. Et la chorégraphe disait souvent « Bravo ! », de quoi la faire rayonner comme une écolière.
Au fil des danses, elle gagna en confiance, les pas devinrent automatiques, Alexandre, Véronique, lélectricien à la salopette orange, tout son monde, même létrange.
La veille de la grande répétition, langoisse la saisit : réussirait-elle ? Et après, verrait-elle Alexandre en dehors de tout cela ? Pourrait-elle jamais linviter chez elle, que le voisinage sache quelle existe, quelle aime ? Ou son seul bonheur serait-il de danser, encore et toujours ? Elle décida de tout donner demain, pour mériter dêtre à nouveau invitée à se produire.
Le matin, elle étala la robe de scène sur le canapé : soie prune piquetée de perles, de strass, éclatante, vivante, glissant entre les doigts comme un poisson. Elle imagina ce quelle serait, puis eut peur de songer à laprès suivre la musique, surveiller Alexandre, ne rien laisser paraître, voilà tout.
Le vacarme de la serrure coupa court à ses rêves.
Prête, superstar ? ironisa Véronique.
Je crois oui mais jai le cœur qui bat fort.
Tant mieux, cest que tu nes pas morte ! Allez, on y va.
Longues furent les préparations. Elles prièrent le conducteur grincheux darriver plus tôt : Anne voulait être la toute première à revêtir la robe, pour oser enfin la porter. Mais la gêne revint au centre culturel, sous les regards dont elle crut quils se posaient, sur elle et Alexandre venu en costume noir et nœud pap, et puis, surtout, accompagné dune femme.
En coulisses, Alexandre roula jusquà Anne, lembrassa sur la joue :
Ne tinquiète pas, tout ira bien !
Elle hocha la tête, la joue en feu. Quelquun posa la main sur son épaule, elle ouvrit les yeux cétait la compagne dAlexandre, accrochée à sa canne.
Pas de souci, cela va marcher chuchota-t-elle.
Et vous êtes ?
Alexandre intervint :
Anne, je te présente ma femme, Sylvie.
Anne acquiesça, vit à lannulaire dAlexandre lanneau dor quelle navait jamais remarqué. Dun coup, tous ses rêves éclatèrent, avalés par une brume sourde. Lair lui manqua. Elle sentit sa tête tourner
On la ranima. Elle jeta un regard flou autour delle puis retomba inerte.
Que sest-il passé, bon sang !? gronda Marguerite Iosifovna, dune voix épaisse de tabac, dordinaire attentive mais soudain sèche comme une cosse de haricot.
Elle doit rentrer, déclara Véronique. Elle est à bout, cest tout.
Il lui faut un médecin ! Quelle reprenne ses esprits, après, on la remontera sur scène. Pas question de changer toute la pièce !
Soit par ces mots, soit delle-même, Anne ouvrit les yeux mais détourna la tête. En bus, elle resta muette, puis, à larrivée, effleura Véronique :
Où est Alexandre ?
Il continue, il dansera un autre morceau. Toi, petite chose fragile, tu as tout laissé tomber. Au fond, ce nest pas plus mal. Les contes de fée, ce nest pas pour nous, comme disait le père Luc, non ?
Anne lui en voulut.
À lappartement, le conducteur grogna en basculant la fauteuil dAnne, qui seffondra sur son lit, la robe encore sur le dos.
Fin de la fête ! lança le chauffeur, pour une fois un sourire aux lèvres.
Oui, cest fini Bon vent, et dehors ! lança Véronique dun geste, puis sassit à côté dAnne. Raconte-moi maintenant, tu veux ?
Anne pleura puis murmura :
Alexandre est marié
Un instant, Véronique voulut rire. Toute cette histoire pour une illusion !
Tu lui faisais déjà des plans sur la comète, alors ?
Ce ne sont pas tes affaires ! Laisse-moi !
Véronique ne bougea pas, Anne répéta :
Laisse-moi ! Ne reviens jamais. Je me passerai de toi ! Tu es une vraie peste !
Elle ne criait même pas. Mais même ainsi, la blessure transperça Véronique. Elle sétait attachée, pensait quAnne le savait, que personne ne prendrait jamais autant soin delle les autres aides sociales faisaient le minimum ; Véronique venait le dimanche, préparait, lavait, restait pour voir un film à la télé, ou dormir sur place. Mais maintenant, Anne venait tout raturer. Était-ce possible ? Les chimères sentimentales avaient donc ce pouvoir ? Véronique soupira amèrement.
Merci, Anne dit-elle, presque pour elle-même.
Dehors, ses jambes tremblaient. Demain, pensa-t-elle, demanderai à être remplacée. Ou jirais travailler en crèche, comme on me le propose depuis longtemps. Là au moins, personne ne mappellera la Peste.
En rentrant, elle voulut cuisiner, en vain : trop lasse, elle trempa quelques biscuits dans son thé et sétendit sur le canapé si fatiguée de la générale, toute sa journée envolée en courant partout. Le sommeil la prit, doux, profond. Avant de sombrer définitivement, elle pensait : « Quelle reste seule, elle changera de disque ! On sest trop plié à ses désirs, notre lauréate ! »
Véronique dormit vraiment, mais, soudain, le téléphone la réveilla. Cétait le père Luc. Elle crut à un malheur il faisait nuit noire.
Véronique, venez vite chez Anne, il faut la conduire à lhôpital
Le souffle coupé, elle se souvint quelle avait laissé la porte ouverte, par étourderie. Quelque chose de grave était arrivé. Rapidement vêtue, elle fila dans la nuit, croisa lambulance, se dit : « Cest peut-être elle quon emmène » Elle courut jusquà limmeuble : police, prêtre coiffé de sa barrette noire, voisines inquiètes.
Anne ? fit-elle à Luc, qui paraissait plus impressionnant encore avec sa grande écharpe.
On pense à un empoisonnement Elle ma appelé, disait quelle allait mal. Quand je suis entré, elle était par terre, des comprimés à la main Jai alerté lambulance et la police.
Un lieutenant maigre, sourcils noirs, manteau trop petit, sapprocha :
Vous êtes ?
Lassistante sociale, je veille sur elle Que sest-il passé ?
Elle voulait en finir.
Mais pourquoi ? Elle vit comme un ange !
Quelquun la poussée à bout. Lenquête le dira Les clés ?
Oui, jen ai.
Venez, il faut tout fermer, débrancher, je mets les scellés. Et jaurai besoin de votre témoignage au poste.
Mais je viens de partir, il y a une heure, tout allait bien !
Visiblement pas si bien. On comparera les versions. Si elle survit.
Mais enfin !
Il invita Véro et les voisines à entrer. Véronique rassembla les provisions sur le balcon, découvrit le téléphone.
Puis-je au moins prendre son portable à lhôpital ?
Rien ne bouge !
Elle obéit, le policier scella la porte, puis elle monta dans leur voiture jusquau commissariat. Là, elle rédigea une longue déposition. À la fin, le policier sourit :
Un chagrin damour, alors ?
Que voulez-vous, on ne meurt que de cela.
Rentrez chez vous, ce nest pas une affaire pour nous.
Véronique monta dans un taxi, fila à lhôpital. À laccueil, elle demanda :
Anne Fauconnier, vous lavez reçue ?
Celle de loverdose ? Elle est en réanimation, lavage destomac Elle sest réveillée.
Cest une chance ! Puis-je la voir ?
Vous plaisantez ! Avec le confinement grippe pas avant plusieurs jours, et encore, quand elle ira en salle commune. Vous êtes sa sœur ?
Son amie.
Cest mieux, on croyait quelle navait personne Vous pouvez lui apporter son fauteuil ?
Ils ont des brancards, ici ! Voilà le numéro, téléphonez. Quand on la sortira, amenez le fauteuil.
Plus calme, elle rentra chez elle. Mais la nuit fut froide, nauséeuse de solitude. Elle guetta le téléphone, il resta muet. Au matin, elle prévint le bureau et demanda à rester la référente dAnne.
Cest noté, ne tinquiète pas ! lui confirma la chef, qui devait tout savoir.
Les jours suivants, Véronique téléphona chaque matin à lhôpital. Anne ne demanda rien. Le quatrième jour, le téléphone sonna une infirmière :
Cest vous, Chaumet ?
Oui.
Jappelle de lhôpital. Anne voudrait que vous veniez. Vous ne pouvez pas entrer, mais vous pouvez rester sous la fenêtre du bâtiment thérapeutique. Deuxième étage, troisième fenêtre à gauche, à treize heures.
Merci ! Puis-je lui apporter quelque chose ?
Rien, grippe oblige. Même pas une fleur.
Après avoir visité deux clients, Véronique filait à lhôpital et stationnait sous la fenêtre. Rien, dabord, puis Anne apparut, pâle, creusée, avec pourtant de la lumière dans les yeux. Elle tenta de parler au travers de la fenêtre double tout était vague, inaudible. Au bout dune minute, Anne montra une feuille de papier : PARDON. Véronique fronça les sourcils, fit signe que ce nétait rien, mais la joie la submergea ; Anne était apaisée, la vie renaissait. LorsquAnne fit signe quil était temps de partir, Véro, résignée, fit un geste dau revoir et sen alla non sans se retourner.
Tout brouillée démotion, elle piétinait la neige qui fondait déjà les vitrines, les façades dAngers, les jardins du carrefour brillaient dune lumière dorée reflétée par quelque coupole déglise, tout baignait dans la promesse dun printemps nouveau. Et elle se dit, en sessuyant des larmes de joie : « Voilà, plus de chagrin à venir ! Tout ça appartient à la longue, froide et interminable saison passée. » Et elle sourit, revoyant Anne dans son souvenir, et tituba en elle-même : « Quelle chipie, cette Annette ! Cest bien une vraie chèvre ! »! Mais il me faut des chipies comme elle Pourvu quelle danse encore, quelle brode, quelle mengueule à la moindre maladresse Pourvu quon reste, lune pour lautre, ces drôles de sœurs que la vie donne tard, mais pour toujours »
Le jour convenu, Anne sortit de lhôpital, le visage changé, fragile comme le premier rayon davril. Véronique lattendait, debout entre deux tilleuls, le fauteuil prêt, un sourire trop large pour sa bouche fatiguée. Sans mot, elle prit la main dAnne, la pressa sans la lâcher, puis se pencha pour murmurer à son oreille, comme on souffle un secret rien quà soi :
« Tu rentres à la maison. Chez nous. »
Anne, surprise, leva les yeux un éclat passa entre elles, unique et doux. Ensemble, elles avancèrent, portées par le silence retrouvé. Sur le pas de la porte, Véronique sarrêta, sortit de sa sacoche un grand mug où lon lisait, dune écriture ronde : Un Verre de Lait Pour les Courageuses. À lintérieur, elle avait caché du chocolat, une pâtisserie, une lettre minuscule.
Anne rit dun rire clair, tremblant. Elle ouvrit la porte. Lodeur du linge propre, du pain chaud, la lumière tomba sur le parquet, familière et tendre. Dans la cuisine, Véronique servit le lait tiède, coula le chocolat dans deux tasses, puis leva la sienne en signe de promesse :
« Trinquons à la vie, Anne. Quand on a touché le fond, boire un verre de lait, cest déjà un début déternité »
Anne, les larmes aux yeux, tint sa tasse, inspira doucement. Elles burent ensemble, en silence, unis par la chance prodigieuse de sêtre trouvées deux âmes cabossées, deux sœurs choisies, avançant, coup après coup, vers ce printemps qui ne leur échapperait plus.