Le retour à Paris me parut interminable, mais la tension me tenait éveillé. Trois longs mois loin de la maison, quatre-vingt-dix jours de contrats, de négociations et de décisions majeures qui avaient accru ma fortune au prix du bien le plus précieux : le temps auprès de ma fille.
Je ne pensais ni aux affaires ni à lagitation médiatique sur mes récents succès. Mon esprit nétait tourné que vers Élise. Je mimaginais déjà la voir courir vers moi à travers le vestibule en marbre, riant de tout son cœur, les bras grands ouverts. À laéroport de Roissy, javais acheté pour elle un énorme ours en peluche, juste pour voir son visage silluminer.
« Monsieur Morel, nous sommes arrivés », mannonça mon chauffeur.
Les grilles souvrirent sur une étrange torpeur : pas de jouets éparpillés, aucun rire denfant. Pas la moindre trace dÉlise.
Dans la maison, lair paraissait glacial. Le portrait de famille avait disparu du mur. À sa place trônait un immense tableau représentant Laure.
« Clémence ? » appelai-je.
La gouvernante apparut, les yeux rougis. « Elle elle est dehors, Monsieur. »
Mon cœur semballa. Je me précipitai vers la baie vitrée, que jouvris dun geste brusque. Mon univers seffondra sur-le-champ.
Sous le soleil, au milieu du jardin, Élise traînait un sac-poubelle noir, presque aussi grand quelle. Ses mains tremblaient, sa robe était sale.
Non loin de là, Laure sirotait un café glacé avec indifférence.
« Élise ! »
Ma fille tituba puis tomba à genoux. En me voyant, elle sembla terrifiée. « Papa excuse-moi jai presque fini ne sois pas fâché »
Je la serrai contre moi, dévasté. « Quest-ce quon ta fait, ma chérie »
La réplique dÉlise me laissa bouche bée.
Élise saccrocha à ma chemise comme si elle craignait que je reparte aussitôt. Sa voix tremblait :
« Laure ma dit que je devais aider que les enfants gâtés ne méritaient pas de vivre ici. Elle a dit que si je travaillais bien, tu serais peut-être fier de moi »
Je fus saisi dun malaise soudain.
« Travailler ? Depuis quand un enfant doit-il mériter lamour de son père ? »
Élise baissa la tête.
« Elle a aussi dit que tu ne revenais pas à cause de moi. Que jétais un poids. Alors, jai voulu être utile pour que tu reviennes. »
Ces mots me blessèrent plus cruellement que nimporte quelle perte financière. Je la pris dans mes bras, comme lorsque quelle était bébé.
« Tu es tout pour moi, Élise. Rien, tu mentends ? Rien nest plus important que toi. »
Rentré dans la maison, le visage fermé, je trouvai Laure debout, troublée par la froideur de mon regard.
« Fais tes valises. Immédiatement. »
Ma voix était glaciale, sans appel.
Je me tournai vers Clémence : « Elle ne remettra plus jamais les pieds ici. »
Ce soir-là, jannulai tous mes futurs déplacements. Assis auprès du lit dÉlise, jai compris enfin que ma véritable richesse ne se comptait ni en euros, ni en actions, mais dans la chaleur de ses bras.