Journal intime, 14 janvier
Aujourdhui, je repense à lhistoire bouleversante de notre petit chat, et mon cœur se serre. Je narrive pas à croire à quel point la cruauté humaine peut se cacher dans la simplicité dune décision. Il sappelait Gaspard, mon cher Gaspard, et tout sest joué au pied de limmeuble, par une nuit glaciale à Lyon.
Gaspard était un pur chat dappartement, dorloté, toujours à la recherche dun coin chaud, confiant envers tout le monde. Ce fameux matin, quelquun la trouvé, grelottant devant la porte de son propre immeuble. Il allait et venait, miaulant doucement, grattant de ses petites griffes la porte froide en métal, essayant même de la mordiller en vain, paniqué par cet univers inconnu et hostile. Jamais il navait connu la vie dehors. Il se jetait auprès de tous ceux qui passaient, voisins ou inconnus, cherchant leur chaleur, pressant son corps tremblant contre leurs jambes, quémandant un regard, une caresse, suppliant pour être sauvé de ce froid qui mordait la ville.
Tout ça pour une raison vexante. Sa propriétaire, la fameuse Madame Delacroix, avait eu le coup de cœur pour un autre chat. En tombant sur une annonce de don dun chartreux, elle avait sauté sur loccasion. Mais la personne responsable avait exigé des tests pour Gaspard, déjà résident des lieux. Les examens ont alors révélé que Gaspard était porteur du virus de limmunodéficience féline. Pourtant, il était en parfaite santé : la maladie ne sétait jamais déclarée. Aucun danger pour les humains, ni pour les chiens, car le virus ne touche que les chats.
La propriétaire aurait pu se renseigner, comprendre que le virus nétait pas transmissible à elle-même, ni même au toutou du voisin. Mais non. Par peur ou par ignorance, elle a simplement décidé quelle navait plus besoin dun « chat malade ». Sans même se soucier, elle a descendu son petit protégé dans le hall et la sorti sur le trottoir… en plein hiver, sous la neige tourbillonnante et le vent cinglant.
Cest la concierge de limmeuble, Madame Laurence, qui a donné lalerte. Elle a remarqué quil ne miaulait plus à la porte, mais gisait, recroquevillé sur la neige, déjà à moitié assoupi, vaincu par la fatigue et le froid. Dormir dehors par un tel temps, cest risquer de ne jamais se réveiller… Laurence, heureusement, ne la pas laissé tomber. Elle la pris avec elle dans sa loge, la installé sur sa propre veste à côté du radiateur et lui a offert une part de son déjeuner du riz complet, qui, dans ce contexte, sest avéré être la véritable manne céleste pour Gaspard. La chaleur, la nourriture : elles lui ont sauvé la vie.
Lhistoire ne sest pas arrêtée là. Après un séjour à la SPA de Lyon, Gaspard a subi des soins lhypothermie était grave, et le rhume avait bien démarré, mais il sen est sorti. Aujourdhui, il va mieux ; il a repris des forces, il a retrouvé sa confiance envers les gens. Il est castré, vacciné, muni de son passeport vétérinaire.
Trois ans seulement. Une boule damour avec un regard tendre, toujours prêt à se coller contre une épaule, son petit museau dans votre cou, ronronnant comme pour vous chanter les secrets de la vie. Pour lui, les câlins et les bisous sont un rituel quotidien. À chaque séparation avec les bénévoles, on sent bien quil aimerait rester, retrouver la chaleur dun foyer, la douceur dun plaid et la sécurité dune présence aimante.
Gaspard est sans aucun doute un chat dintérieur, fait pour la vie en appartement, pour un cocon de tendresse et de bras protecteurs. Jespère du fond du cœur que quelquun le reconnaîtra bientôt, et quil naura plus jamais à affronter le froid, la peur et labandon.