Un chaton trahi, abandonné et rejeté à cause d’un diagnostic : seul face au froid glacial de l’hiver…

Le chat avait été trahi, abandonné, rejeté à cause dune analyse… En plein hiver, sous la neige…

Je me souviens encore du chat quon appelait Étienne, trouvé un matin devant la porte cochère de son propre immeuble, alors que le givre recouvrait la ville. Le pauvre petit, accablé par la peur, courait de droite à gauche, miaulait désespérément, griffait la lourde porte métallique et tentait même de la mordre. Jamais de sa vie il navait connu la rue: cétait un chat dappartement, choyé, toujours au chaud, habitué à la tendresse. Dès quun voisin passait, ou même un passant inconnu, Étienne laccostait timidement: il frôlait les jambes, frissonnait de toutes ses forces, croisait le regard de lautre, implorant quon le rende à la douceur quil venait de perdre. On sentait quon lavait arraché de son coussin moelleux près du radiateur pour lenvoyer droit dans la tempête de neige et la bise coupante.

La raison de ce drame était à peine croyable: sa maîtresse, prise dun soudain enthousiasme, avait vu une annonce offrant la cession gratuite dun chat de race. Rêvant dun deuxième compagnon, elle décida de tenter sa chance, mais la responsable de la portée demanda des analyses pour le chat déjà présent. Les résultats montrèrent quÉtienne était porteur du virus de limmunodéficience féline. Or, Étienne ne présentait aucun symptôme, et la maladie ne présentait de danger ni pour les humains, ni pour les chiens, car ce virus nest transmissible quentre chats.

Le portage du virus nétait alors révélé que par lanalyse: le système immunitaire dÉtienne contrôlait la maladie. Mais la maîtresse refusa découter. Elle décréta quun chat «malade» navait plus sa place chez elle, et craignant une prétendue contagion, elle nessaya même pas de comprendre que le virus ne représentait aucun danger pour qui que ce soit dautre. Sans plus attendre, elle porta son chat dehors, le déposant dans la neige, en plein cœur de lhiver.

Cest la concierge, Madame Bertier, qui donna lalerte. Elle remarqua un matin quÉtienne ne courait plus autour de la porte: il sétait recroquevillé sur le trottoir, endormi dans un petit tas de neige, à bout de force. Le sommeil, par un froid pareil, pouvait être son dernier. Sans hésiter, Madame Bertier le recueillit dans sa loge: elle lui installa sa propre veste près du vieux radiateur et partagea un peu de son déjeuner, quelques restes de gratin quelle avait apportés. Ce simple plat chaud fut un vrai salut pour le pauvre Étienne, le ramenant doucement à la vie.

Plus tard, on le conduisit dans un refuge. Lhypothermie était sévère, le rhume népargna pas ses poumons, mais on le soigna, et il finit par se remettre. Étienne a retrouvé sa santé, et confiance en lHomme. Désormais castré, vacciné, muni dun carnet vétérinaire, il attend son nouveau foyer.

Il était encore jeune, à peine trois ans. Dune douceur extraordinaire, Étienne recherchait toujours la présence humaine: il lovait ses pattes autour du bras, ronronnait dans loreille comme pour y fredonner ses chansons secrètes, réclamait de tendre petits coups de museau affectueux et naimait rien tant que «faire des bisous». La séparation davec les bénévoles lui fendait le cœur: quitter les bras de lun ou de lautre pour regagner sa cage lui coûtait à chaque fois. Il ny avait pas de doute: ce chat était vraiment fait pour la vie en intérieur, la chaleur et les mains bienveillantes dun foyer aimant.

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