« Tu veux mon mari ? Il est à toi ! » lança Ana, tout sourire, à l’inconnue qui venait de sonner à s…

« Tu veux mon mari ? Il est à toi ! » lança la femme avec un sourire glacé à linconnue qui venait dapparaître sur le pas de sa porte.

« Attends une seconde, Camille ! On vient de sonner. Je te rappelle dès que je vois qui cest, daccord ? » dit Élise à contrecœur, coupant la conversation téléphonique avec sa vieille amie denfance. Camille lui racontait, dans les moindres détails et avec une ironie mordante, la dernière fête danniversaire de sa belle-mère ce qui avait fait rire Élise aux éclats, presque comme si elle assistait à une pièce comique sur scène.

Élise se dirigea vers la porte, jeta un coup dœil par le judas et fut saisie détonnement. Elle sattendait à y voir lun de ses voisins : dans leur immeuble sécurisé du centre de Lyon, il était rare quun inconnu puisse grimper jusquà leur palier. Mais là, une jeune femme étrange quÉlise navait jamais vue se tenait devant sa porte.

Elle hésita à ouvrir ; par les temps qui courent, mieux valait se méfier. Élise ne discutait jamais avec des étrangers, cétait son principe. Les arnaqueurs profitaient de la gentillesse des naïfs, mais ce nétait pas son cas.

Elle sapprêtait à reprendre sa conversation avec Camille quand la sonnette retentit encore plus vivement. Cette inconnue nallait pas lâcher le morceau, bien décidée à obtenir une réponse.

Élise était seule dans lappartement ; son mari, Julien, était parti aider un ami à bricoler dans le jardin. De retour devant la porte, elle observa attentivement linconnue.

Il y avait chez cette femme quelque chose de bizarre et en même temps pathétique, mais Élise ne ressentait ni frayeur, ni véritable méfiance.

« Que peut-il arriver de pire si jouvre, que je lui demande de sen aller, et que je profite de mon samedi ? » songea-t-elle. « Elle sest peut-être simplement perdue ou veut me vendre une énième babiole. »

Résolue, Élise ouvrit la porte. Létrangère se redressa aussitôt, lissa nerveusement ses cheveux, et prit la parole.

« Bonjour ! Vous êtes bien Élise ? » demanda-t-elle en triturant la pointe de son foulard. « Enfin, bien sûr que cest vous pourquoi est-ce que je demande ? »

« Intéressant », songea Élise intérieurement. « Maintenant, même les arnaqueurs savent où lon vit et comment on sappelle. »

« Qui êtes-vous, que voulez-vous ? Voilà cinq minutes que vous êtes là. Je ne vous ai pas invitée, alors soyez brève ou passez votre chemin ! » répondit Élise sèchement.

« Julien est-il à la maison ? » osa linconnue, désarçonnant instantanément Élise.

« Tiens donc ! » pensa Élise, plus soupçonneuse encore. « Eh bien, elle connaît aussi le prénom de mon mari. Elle est préparée »

« Vous venez voir Julien ? » demanda Élise, tout en ayant envie de répliquer tout autre chose.

« Non, cest avec vous que je veux parler. Mais si Julien est là, ce sera plus difficile pour moi », déclara la femme dun ton faussement décontracté.

« Plus difficile ? Pourquoi au juste ? » pensa Élise, de plus en plus intriguée.

« Il nest pas à la maison. Que voulez-vous ? »

« Cela serait plus judicieux dentrer pour parler Nous sommes sur le palier, cest gênant de discuter de ce genre de choses devant tout le monde. » Elle se fit soudain plus audacieuse.

« Certainement pas ! Je ne vous connais pas, je ne fais pas entrer dinconnues chez moi. Dites ce que vous avez à dire rapidement ! » trancha Élise.

« Vous préférez vraiment que je raconte les détails intimes de ma relation avec Julien, là, devant les voisins ? » dit lautre, affichant un sourire narquois.

« Quoi ? Quelle relation ? » sexclama Élise, la voix plus haute quelle ne laurait voulu.

« Élise, tout va bien ? Pourquoi tu cries comme ça ? » demanda Mme Morel, la voisine, émergeant de lascenseur au même moment.

« Ah, bonjour Madame Morel ! Tout va parfaitement. Et dehors, le temps se maintient ? » tenta Élise pour détourner la conversation.

« On dirait quil va pleuvoir », répondit la voisine, peu décidée à rentrer, piquée par la curiosité.

« Entrez », laissa finalement tomber Élise, à regret, faisant signe à linconnue dentrer.

Une fois dans lappartement, la femme promena un regard avide sur la décoration, sattardant sur quelques objets.

« Vous avez cinq minutes. Je ne suis pas un musée. Parlez », lança Élise, barrant la route vers le salon.

« Je mappelle Manon », commença lautre, retirant son foulard et son manteau. « Julien et moi, nous sommes amoureux. »

« Quelle banalité ! Vous navez pas trouvé mieux ? » coupa Élise, un sourire sarcastique aux lèvres.

« Où est le cliché, franchement ? Les gens saiment, ça arrive. Vous nêtes pas la première épouse à qui on annonce ça », répliqua Manon, tentant de savancer dans lappartement.

« Êtes-vous vraiment certaine quil ne maime plus, quil naime que vous ? » demanda Élise, avec une pointe damusement cruel.

« Absolument, sinon je ne serais pas là », répondit Manon, arrogante.

« Le problème, voyez-vous, cest que mon mari naime personne. Il ne sait pas comment on fait. Donc vous vous trompez, ma chère », rétorqua Élise, parfaitement calme.

Manon tenta de répliquer, mais juste à cet instant la porte souvrit. Julien, étonné, entra dans le vestibule et découvrit la scène.

« Manon ? Quest-ce que tu fais ici, un samedi ? Cest pour le boulot ? » demanda-t-il, interloqué.

« Non, elle vient pour toi », répliqua Élise, savourant labsurdité de la situation.

« Pour moi ? Comment ça ? Il y a un souci au travail ? » sinquiéta Julien.

« Non, mon chéri. Elle vient te prendre, tout simplement. Elle te veut, entièrement. » répondit Élise, sourire en coin.

Manon, visiblement troublée, se hâta de remettre son manteau, reculant déjà vers la sortie.

« Tu pars si vite ? Mais que fait-on de Julien alors ? Tu nes pas venue pour lui ? Crois-moi, je suis ravie de te le laisser », lança Élise, ironique, en fixant lintruse.

Mais Manon avait déjà disparu sans demander son reste.

« Mais enfin, cest quoi cette histoire ? » demanda Julien, totalement perdu.

« À toi de me le dire ! Pourquoi cette femme vient-elle, déterminée à divorcer à ma place et persuadée que tu déménages chez elle ?! » linterrogea Élise, bras croisés.

« Tu es sérieuse ? Je nen sais rien ! Elle a commencé à se comporter bizarrement au bureau, mais je nai rien fait, rien promis, rien provoqué Jen ai assez de ces histoires de dingues. Tu sais bien que je tai fait une promesse, nest-ce pas ? »

« Je le sais, Julien. Tu me connais : je ne supporte pas les faux-semblants. Mais avoue, les femmes de nos jours feraient tout pour remettre un peu dordre dans leur vie », lâcha Élise en secouant la tête, mi agacée, mi amusée.

Julien ôta ses chaussures et se dirigea vers la cuisine. Un instant, Élise resta pensive sur le seuil. Elle se promit de ne plus jamais laisser ce genre dincident troubler la paix de son foyer. Malgré le ridicule de la « stratégie » de Manon, elle sentit un léger sourire lui échapper.

Cétait évident : malgré les épreuves, leur couple était bien plus solide que quiconque aurait pu limaginer.

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