Tu trouveras ta destinée. Inutile de te presser, chaque chose en son temps Depuis des années, Polin…

Tu trouveras ton destin. Il ne faut pas se presser. À chaque chose son temps.

Depuis toujours, jai cette étrange habitude : chaque année, à la veille du Nouvel An, je consulte une voyante. Vivre à Paris facilite beaucoup les choses ici, il y a des cabinets d’astrologie à chaque coin de rue.

Il faut dire que je suis seule. Peu importe combien jessaye de croiser un jeune homme honnête et attentionné, tout semble vain. On dirait que tous les garçons convenables sont déjà pris depuis longtemps

Cette année, tu rencontreras enfin ton destin ! a proclamé la voyante aux yeux sombres, en fixant sa boule de cristal scintillante.

Mais où ça ? Où vais-je le croiser ? ai-je demandé, impatiente. On me répète la même chose chaque année. Les années passent, et je reste seule, attendant ce destin.

On ma recommandé votre cabinet, Madame, quon dit le plus efficace de Paris. Je vous exige de me dire où exactement ! Sinon, je ferai circuler une si mauvaise réputation ai-je menacé.

La voyante a levé les yeux au ciel, comprenant quelle avait affaire à une vraie coriace qui ne la lâcherait pas si facilement. Elle savait quà moins de minventer quelque chose, je lui ferais perdre la moitié de sa clientèle, en campant chez elle toute la journée.

Tu le rencontreras dans le train ! a-t-elle lâché, les yeux clos. Je le vois là grand, blond, vraiment très beau. Tel un prince de conte de fées

Oh là là ! me suis-je exclamée, ravie. Dans quel train, et quand précisément ?

Juste avant le Nouvel An ! a ricané la voyante. File à la Gare. Ton cœur te dira quel billet choisir

Merci beaucoup ! ai-je souri, heureuse.

Je suis sortie de chez la voyante et jai sauté dans un taxi, direction Gare de Lyon. Mais devant le guichet, mon enthousiasme sest estompé. Jexaminais le tableau des départs avec perplexité, incapable de savoir quelle destination choisir.

Parlez ! ma brusquement interpellée la guichetière, agacée par mon hésitation.

Bordeaux Pour le trente décembre. Une place en compartiment, sil vous plaît, ai-je marmonné.

Dans ma tête, je mimaginais déjà, assise dans un compartiment cosy, une tasse de thé à la main, jusquà ce que la porte souvre et quentre mon prétendant.

De retour à mon studio, je me suis précipitée à préparer une valise, rassemblant tout ce quil faudrait pour une escapade surprise, puisque mon train partait tard le soir.

Je nai pas réfléchi aux détails pratiques du voyage. Ni à ce que jallais bien faire à Bordeaux seule, le soir du Nouvel An. Je voulais seulement que la prophétie se réalise, au plus vite.

Cest étrange, comme le sentiment dêtre inutile peut être si douloureux. Surtout pendant les fêtes : les familles se ruent dans les supermarchés, achètent des cadeaux les unes pour les autres. Tout le monde sauf moi.

Quelques heures plus tard, jétais assise dans mon compartiment, une tasse de thé fumant entre les mains. Comme je limaginais, il ne me restait quà attendre larrivée du “prince”.

Bonjour, mademoiselle ! a salué une vieille dame, traînant une énorme valise dans le compartiment. Où est la deuxième place ?

Cest là… ai-je bredouillé, désignant la banquette en face, incertaine. Vous êtes sûre de ne pas vous être trompée de wagon ?

Non, ma chère, a souri la grand-mère avant de sinstaller sur la place libre.

Excusez-moi… puis-je passer ? ai-je balbutié, sentant que je faisais une terrible erreur. Laissez-moi sortir ! Je ne veux plus y aller !

Attends, je range mon sac, a dit la vieille dame sans comprendre mon agitation.

Eh bien Le train a démarré, ai-je soupiré. Et maintenant ?

Pourquoi veux-tu sortir si soudain ? Tu as oublié un truc ? ma-t-elle demandée.

Je nai pas réagi, préférant regarder par la fenêtre. Cette femme ny était pour rien ; je navais quà men prendre à moi-même de mêtre attiré tant de complications.

En attendant, Françoise, ma voisine de route, sortit des petits sablés tout juste sortis du four de son sac et men offrit avec gentillesse.

Jétais chez ma fille, mexpliqua-t-elle. Là, je rentre à la maison, mon fils et sa fiancée viennent pour les fêtes. On va fêter le Nouvel An ensemble.

Quelle chance Et moi, je risque bien de passer la nuit du réveillon dans la salle dattente de la gare, ai-je tristement remarqué.

Nous avons commencé à papoter et peu à peu, jai osé lui confier la vraie raison de mon mystérieux voyage.

Ma pauvre petite, ma-t-elle réprimandée, quelle idée daller chez ces charlatans ! Tu trouveras ta moitié. Ne te presse pas. À chaque chose son temps

Le lendemain, jai mis le pied sur le quai dune ville inconnue. Jai aidé Françoise à descendre son bagage, puis je me suis figée, sans savoir quoi faire.

Merci, Pauline ! Bonne année à toi ! ma glissé Françoise.

À vous aussi, ai-je souri, le cœur lourd.

La vieille dame me regardait, désemparée, sentant bien que passer les fêtes à la gare nétait pas le plus joyeux des débuts dannée.

Pauline, viens chez moi ! a-t-elle soudain proposé. On décorera le sapin, on préparera un vrai festin

Ce nest pas très correct, vous savez, ai-je répondu, mal à laise.

Et rester à la gare, cest mieux ? a-t-elle plaisanté. Viens donc, cest décidé !

Finalement, j’ai accepté l’invitation. Françoise avait raison : dehors, la neige se mettait à tomber à gros flocons, je navais nullement envie de me geler sur les bancs du quai.

Antoine et Élise sont déjà là, sourit Françoise.

Antoine, son fils, surveillait larrivée de sa mère par la fenêtre. Il se précipita à lascenseur pour laider avec sa lourde valise.

Antoine, bonjour mon grand. Jai amené une invitée surprenante. Cest la fille dune vieille amie, Pauline, glissa Françoise en me lançant un clin dœil.

Enchanté ! répondit Antoine. Installez-vous, Pauline.

Je jetais un regard timide à ce grand blond, étonnamment beau. Exactement le visage que javais fantasmé dans le train Le destin aime décidément les blagues.

Où est Élise ? demanda Françoise.

Maman, Élise nest plus là et elle ne reviendra pas. Ne lançons pas ce sujet, sil te plaît ? grimaça Antoine.

Daccord balbutia Françoise.

Le soir, nous étions tous à table, prêts à dire adieu à lannée écoulée.

Pauline, vous restez longtemps chez nous ? sourit Antoine en me proposant une part de salade niçoise.

Non Je repars demain matin, répondis-je sans cacher mon regret.

Je navais pas vraiment envie de quitter ce foyer chaleureux trop vite. Javais limpression de connaître Françoise et Antoine depuis toujours.

Je ne comprends pas pourquoi tu te presses tant, sindigna Françoise. Pauline, reste un peu plus longtemps !

Cest vrai, Pauline, reste ! On a une superbe patinoire ici, demain soir, on pourrait y aller ensemble. Ne pars pas si vite, insista Antoine.

Vous mavez convaincue, ai-je souri. Je reste volontiers.

Le Nouvel An suivant, nous étions quatre autour de la table : Françoise, Antoine, Pauline, et le petit Arthur

Et vous ? Croyez-vous aux miracles de la Saint-Sylvestre ?

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