Tu gagnes une fortune, n’est-ce pas ? La sœur de ma femme a emprunté de l’argent et est partie sur la Côte d’Azur.

Cet été-là, la sœur adorée de ma femme est venue passer quelques jours chez nous à Bordeaux. Moi, je lappelais « notre mascotte », car à chaque réunion de famille, tout le monde, de la grand-mère au grand-père, n’avait d’yeux que pour elle. Elle avait toujours été lélève modèle, avait obtenu son diplôme à la Sorbonne et venait de décrocher son premier poste dans une grande entreprise parisienne. Nétait-ce pas la fille parfaite, selon eux ?

Quant à laînéema femme, Louiseelle navait même pas terminé ses études à lUniversité de Lyon et sétait mariée très tôt. Mais mes beaux-parents ne sen souciaient guère, jugeant finalement que jétais assez fortuné, entrepreneur avec un appartement coquet près du Jardin Public, une Citroën flambant neuve et un revenu confortable. Hélas, la « meilleure fille », ça restait Madeleine, la petite sœur tant chérie de ma femme.

Cest donc en août, lors de la canicule, que Madeleine arriva chez nous et me demanda si je pouvais lui prêter de largent. Elle voulait constituer son apport pour un prêt immobilier afin dacheter un studio à Paris, mais navait pas économisé assez. Pour être franc, la somme nétait pas extravagante pour moi alors jai accepté sans hésiter. Elle mexpliqua quelle travaillait dans une administration à Paris, et me promit de me rembourser chaque mois.

Madeleine empocha la somme et, presquen me serrant la main, fit le serment de restituer largent dans les délais. Mais à peine une semaine plus tard, jappris quelle était partie se prélasser sur la plage à Biarritz. Javoue, cette nouvelle ma bouleversé. Comment pouvait-on ne pas avoir un euro pour un appartement, et en trouver pour partir en vacances ?

Elle expliqua à la famille avoir économisé toute lannée pour ce séjour balnéaire, mais il subsistait un détail troublant : elle navait pas fait la moindre démarche pour le prêt immobilier. Quand je lai interrogée à ce sujet, elle a répondu du bout des lèvres quelle sétait ravisée.

Je lui ai donc demandé, tout simplement, de me rendre largent. Et là, la réponse est tombée, froide et inattendue : elle navait plus un sou, tout parti dans le sable et le soleil. Cest là que jai compris quelle navait jamais eu la moindre intention dacheter un appartement.

Je lui ai donc rappelé, poliment, que javais prêté de largent pour un projet précis, pas pour financer des vacances. Sa réplique ma coupé le souffle : Je vais bientôt gagner beaucoup dargent, tu peux bien patienter, ce nest pas le moment.

Et comment voulez-vous que cette histoire se termine ? Comme on pouvait sy attendre : elle est allée voir sa mère, la mienne désormais, pour dire que je réclamais largent plus tôt que convenu, que ce nétait pas des façons dagir entre proches. Résultat, Madeleine redevint leur petite sainte, et nous, le couple daffreux bourges sans cœur.

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