Lorsque quun mariage se prépare dans une famille, cest tout un tourbillon démotions pour chacun. La cérémonie et lunion de deux personnes emplissent tout le monde denthousiasme, dimpatience, et de joie.
Pourtant, je ne peux mempêcher de remarquer que bien des gens ne voient les choses que dun seul côté, alors que, comme nimporte quelle pièce, il y a toujours un revers.
Je nai jamais dit que le mariage me paraissait effrayant. Mais il me frappe de voir que tant de femmes ici continuent de croire que le bonheur nexiste que dans lalliance conjugale et la construction dune famille. Trop souvent, les filles ne comprennent pas réellement ce que représente le mariage, ni tout ce quil implique.
Pour beaucoup, le projet principal, cest de se marier, et tout le reste suivra.
Jaimerais retracer mon expérience : jadis, je me persuadais que si jépousais lhomme que jaimais et si javais un enfant avec lui, tous mes rêves se réaliseraient, que je serais comblée.
Mais la réalité sest présentée tout autrement. Le mariage a apporté avec lui son lot de défis. Nous navions même pas commencé à économiser pour acheter notre propre appartement à Lyon quand jai appris ma grossesse. De nos jours, élever un enfant demande tant de moyens, et tout coûte si cher.
La nouvelle de la maternité nous a dabord remplis de bonheur. Pendant que Paul soccupait de son commerce, jétais en congé maternité, rongée par un sentiment constant dinsécurité financière. Mettre de largent de côté pour acheter quoi que ce soit nous semblait hors de portée. Et puis, la maternité en elle-même ma épuisée Mon fils, Augustin, dormait mal, tombait sans cesse malade ; je ne récupérais jamais mes heures de sommeil, mes nerfs étaient à vif plus dune fois, jai songé à tout quitter. Non, décidément, la vie dune mère de famille nest pas faite pour toutes les femmes, quoiquon en dise.
Jaurais aimé comprendre cela beaucoup plus tôt. Augustin venait davoir deux ans lorsque Paul a été contraint de fermer son entreprise. Il est tombé dans une profonde déprime. Et vous connaissez le cercle vicieux : le chagrin noie ses soucis dans plusieurs verres de vin ou pire. Je nai pas eu dautre solution que de prendre les rênes : jai inscrit mon fils à la crèche municipale et jai accepté deux emplois à temps plein. Je travaillais du lever au coucher du soleil pour maintenir le cap, alors que Paul, de plus en plus absent, passait ses journées alité, accablé par lalcool. Cétait lourd, accablant, insoutenable tant de fois lenvie de hurler ma saisie. Franchement, si javais été seule, tout aurait été plus simple : mes finances, ma fatigue, mes tourments.
Un jour, au bout de mes forces, jai supplié ma belle-mère, Madame Lefèvre, dintervenir auprès de son fils, de tenter de le ramener à la raison. Je lui ai ouvert mon cœur, je lui ai confié à quel point cette situation me dépassait, que je sombrais moi aussi.
Jespérais recevoir quelques paroles réconfortantes, un soutien, un peu de chaleur. Mais sa réponse me glaça : « Tu sais, tu nes pas la seule à traverser des moments difficiles. Mais tu es une femme, tu dois tenir bon, car il ne sied pas à une femme de se montrer faible. »
Selon elle, il revient à la femme dêtre le ciment de la famille : « Retiens tes larmes et tais-toi quand lenvie te prend de crier. Accepte ton destin, avance, et surtout, ne te plains pas ! Voilà ce quon attend dune épouse. »
Ces mots mont transpercée, comme une lame dans le cœur.
Cest pourtant une femme, elle aussi, et je sais bien quelle en a bavé dans sa vie. Son mari na jamais levé le petit doigt pour laider, mais, loin de trouver en elle une alliée, on nattend de moi que silence et endurance. Mais jusquà quand dois-je endurer ? La vie est si courte, on voudrait la vivre dans la douceur et la lumière, malgré les obstacles.
Nest-ce pas le rêve de toute femme française ? Être heureuse, aimée, libre et surtout, écoutée.