Cétait il y a bien longtemps, durant un hiver rigoureux, alors que mon petit garçon navait que cinq mois. Le frère de mon mari mavait demandé, avec sa compagne, sils pouvaient poser leurs valises chez nous pour une semaine. Comment refuser, franchement ? Je ne sautais guère de joie à cette idée : notre enfant venait à peine de voir le jour, je ne dormais plus, je ne mangeais quen vitesse, et déjà je manquais cruellement de temps Mais la famille, en France, cest sacré, et on ne trouve pas souvent la paix quand il sagit des proches. Je me disais alors : « Ce sera dur, mais ils pourront sans doute maider, au moins un peu. Jaurai quelquun à qui parler autour dun thé. »
Ils sont arrivés à Paris, devant notre porte, les mains vides. Même pas un petit hochet pour le bébé, rien. Moi, jai toujours eu pour principe de ne jamais venir chez quelquun, surtout avec un enfant, sans apporter une babiole ; jai été élevée ainsi. Mais bon, jai pensé que cette situation était un cas à part.
Ils prétendaient avoir des affaires en ville, sans donner plus de détails.
Je me suis appliquée à être une hôtesse irréprochable : je cuisinais, je faisais le ménage, japprenais à les connaître, espérant que tout sarrangerait. Mais en quelques jours, la compagne du frère ne ma jamais proposé une main pour la cuisine, ni même un coup de balai, et na jamais pris linitiative de soccuper un peu de mon fils lorsque jétais débordée.
Tous les matins, elle partait faire des courses, et son ami dormait jusque tard dans la journée. Mon mari, quant à lui, travaillait à lagence toute la journée. Moi, je courais partout dans lappartement, bébé dans les bras. Laprès-midi, elle rentrait, sinstallait paisiblement sur le canapé, et passait la soirée à papoter ou à regarder la télévision.
Je méchinai : entre laver le sol recouvert de boue quon rapportait de la rue, préparer les repas, nourrir et laver le petit, je narrêtais pas une seconde.
Le troisième jour, jen avais assez. Je me suis confiée à mon mari, qui me lança un haussement dépaules, jugeant quun homme ne doit pas se mêler des histoires de femmes. Arriva le lendemain : mon mari, rentré dun long jour, accepta daider pour le dîner, et à nous deux, on expédia vite la cuisine, on mangea Puis nos invités sont revenus, les bras chargés de bières et de chips, rien pas même un gâteau pour la jeune maman qui allaite.
Heureux et repus, le couple sattabla, puis partit illico visionner un film, invitant mon mari à les rejoindre au cinéma. Là, la coupe était pleine. Jai pris mon courage à deux mains, et je lai prise à part, lui disant avec toute la douceur dont jétais capable :
Pardonne-moi, mais ne pourrais-tu pas, au moins une fois, maider ? Je suis épuisée, avec un bébé si petit Même éplucher quelques pommes de terre pour la soupe, proposer de tenir le petit, ce serait déjà beaucoup.
Elle me répliqua, le ton sec :
Tu veux me donner une leçon ? Je ne pense pas que ce soit le moment ! Moi aussi, je suis fatiguée (à force de rester affalée sur le canapé, je suppose).
Jai rétorqué :
Excuse-moi, mais tu es quand même dans mon appartement. Ce nest pas moi qui suis la visiteuse, cest toi qui es mon invitée.
Je nai pas à entendre ça !
Dans ce cas, ma chère, tu ferais bien de rassembler tes affaires et de partir.
Ils ont ramassé leurs sacs et sont partis dans la soirée. Jai pleuré, longtemps, sentant lamertume de tout cela me rester au fond du cœur.
À votre avis, était-il normal quils agissent ainsi ?