Trahison et chantage : Il me pose des ultimatums après m’avoir trompée, mais jusqu’où suis-je prête …

Trahisons et conditions absurdes

Écoute, Solange, je nai ni le temps ni lenvie de supporter tes lamentations sans fin.

Soit tu éteins tout de suite ce mode victime indignée et on continue de vivre normalement, soit demain je remplis ma valise et tu expliqueras toi-même à ta fille pourquoi papa est parti.

Toi seule, tu entends ?

Normalement, ça veut dire quoi, Bertrand ? chuchota-t-elle. Comme si rien ne sétait passé ? Comme si je navais pas vu tous ces messages ?

Comme si « André Pièces-Auto » ne técrivait pas à deux heures du matin pour te dire que tes mains lui manquent ?

Bertrand souffla bruyamment et commença à arracher ses baskets sans défaire les lacets, pressant fort sa semelle avec le talon.

Encore ça. On dirait un disque rayé. Je te lai dit en français : cest fini. Je suis à la maison, non ? Je vis avec toi ? Je te donne de largent ? Oui.

Quest-ce qui te manque encore ? Faut que je me mette à genoux ? Eh bien non, ça, tu peux attendre longtemps !

Non, cest inutile. Jaimerais juste que tu arrêtes de me parler comme si je traînais un boulet à ta cheville. Tu me rabaisses à chaque occasion. Tu attaques, tu piques

Parce que tu es insupportable ! la coupa-t-il. Tu erres dans lappartement comme un spectre, tas toujours cette tête comme si tu venais de croquer un citron.

Tu crois que ça me plaît de revenir ici ? Jentre et soit tu minterroges, soit tu mignores !

Nimporte quelle femme sensée aurait déjà enterré le sujet pour la paix de la famille. Mais non, toi, tu dois toujours gratter la plaie avec un bâton.

Il la frôla de lépaule en allant vers la cuisine. Solange chancela mais tint debout.

Elle avait toujours cru avoir tiré le bon numéro. Bertrand, un homme affirmé, réussi, père modèle. Ils avaient une fille, la petite Pauline, cinq ans, appartement commun, deux bons salaires.

La trahison, six mois plus tôt, relevait moins de laccident que de la double vie : depuis des mois, son mari se partageait.

Solange était tombée dessus par hasard Pauline jouait avec le téléphone, et soudain, notification : « André Pièces-Auto » demandait à Bertrand sil avait acheté cette lingerie « qui lui va si bien ».

Lorsque la vérité avait éclaté, Bertrand navait pas nié. Il avait gardé le silence, puis sétait énervé, puis fini par cracher :

Oui, daccord. Mais cest terminé. Fais pas toute une histoire, je suis là, non ?

Pendant ces six mois, pas un mot dexcuse. Il ne sétait jamais senti fautif, et cest ce qui blessait Solange tout au fond.

Quand elle entra dans la cuisine, il était déjà assis à table, défilant sur son portable. Une assiette de poisson au four devant lui, couverte dune autre assiette pour garder la chaleur.

Tétais radine sur le sel, lança-t-il en soulevant la couverture. Ou alors tas tellement pleuré que ty perds le goût.

Bertrand, arrête. Pauline entend tout, elle est dans la chambre.

Quelle entende, ricana-t-il, mâchant un morceau. Quelle sache que cest à cause de maman que papa va finir par partir. Cest ce que tu veux, hein ? Me voir partir ?

Je veux juste que tu sois humain. Tu mas promis quon sauverait la famille. Cest ta façon de travailler sur toi, ça mhumilier ?

Bertrand posa sa fourchette.

Tu mécoutes bien, chérie. La famille, cest un projet, et moi, jinvestis dans ce projet. Je joue avec notre fille, je paye ses activités, je lemmène à la maternelle.

Tu voulais quelle ait un père ? Eh bien, elle en a un. Et je ne te dois rien après que tu mas poursuivi pendant trois mois avec cette histoire !

Mon ultimatum est clair : soit on nen parle plus jamais, soit je men vais. Mais si je pars, tu nauras rien.

On vendra lappartement, tu devras payer, tu vas devoir me verser des milliers deuros.

Tu les as, ces sous ? Non. Ça veut dire location, banlieue, nouveau quartier, nouvelle école pour Pauline. Tu veux lui faire subir ça ?

Solange garda le silence. Il connaissait ses failles mieux quelle-même. Lidée de déraciner lenfant, lui faire perdre ses copines, lobliger à vivre dans un studio défraîchi pendant quelle bataillerait pour ses mètres carrés, lui donnait la chair de poule.

Voilà. Mange. Tas que la peau sur les os, cest devenu dur à regarder.

***

Ce soir-là, Pauline sendormit, serrant son lapin en peluche. Solange contempla Paris par la fenêtre du balcon, les néons dansant comme dans un mauvais rêve.

Objectivement, Bertrand était ce quon appelle un « bon père » en France : pas dalcool, pas de violence, Pauline ladorait.

Papa, tes mon héros, murmurait-elle le matin.

Comment détruire ce monde ?

De la pièce, la voix de Bertrand traînait, téléphone collé à loreille. Solange tendit, malgré elle, loreille.

Oui, cest bon pour demain. Bien sûr. Tinquiète, je vais gérer. Elle va râler puis ça passera. Où veut-elle aller, de toute façon ?

Solange se figea. Voilà donc comment il la percevait La poignée du balcon lui donna limpression de fondre dans sa main.

Bertrand sétalait sur le canapé, jambes allongées, et coupa vite la communication en la voyant.

Cétait qui ? demanda-t-elle.

Un collègue. Tu veux mon répertoire ? ironisa-t-il, lui tendant le téléphone, théâtral. Vas-y, mène ton enquête. Tes devenue linspectrice officielle de lappartement, non ?

Mais attention, si je trouve le moindre message supprimé qui ne me plaît pas, demain je disparais chez ma mère. À toi de voir.

Tu te moques de moi, Bertrand ? Tu crois vraiment avoir le droit de poser des conditions après ce que tu as fait ?

Jai ce droit. Je dirige, cest moi qui décide pour la famille. À toi de suivre ou daller voguer ailleurs.

Il sapprocha jusquà la toucher.

Tu sais, Solange, quaucun autre homme naimera jamais Pauline comme je laime ? chuchota-t-il à son oreille. Au mieux, il la tolérera tant que tu seras jeune et jolie.

Après, elle sera un poids. Tu veux vraiment ça pour elle un beau-père qui nen a rien à faire ?

Tes un salaud, Bertrand, souffla-t-elle.

Je suis réaliste, répondit-il en souriant. Bon, je file à la douche. Prépare-moi ma chemise de demain, la bordeaux. Et repasse-là, aujourdhui il y avait un pli sur le col. Ça magace.

Il disparut, et Solange resta debout, seule dans la pièce plongée dans les ombres mouvantes.

***

Au matin, la routine : galettes de fromage blanc à la poêle, Pauline râlait contre ses collants.

Bertrand débarqua dans la cuisine, la chemise bordeaux sur le dos Solange lavait repassée malgré tout.

Maman, on va au zoo samedi ?

Bien sûr, ma puce, murmura-t-elle, se forçant à sourire.

Papa, tu viens ? Tu mas promis de me montrer un vrai lion !

La main de son père caressa la tête de la petite, son visage soudain illuminé.

Bien sûr que je viens, ma princesse. Si maman est sage et quelle ne fait pas pleurer papa, on ira, cest promis.

La spatule de Solange faillit tomber.

Cest quoi ce discours ? lui glissa-t-elle quand Pauline détourna son attention.

Quoi ? dit-il, lair faussement innocent. Jinculque le sens de la hiérarchie familiale. Faudrait pas quà cause de tes crises, nos week-ends soient gâchés.

Elle se tut. Aucune répartie. Encore une fois, il se servait de leur fille pour imposer silence.

***

Solange passa la journée au bureau comme dans un état cotonneux. Les collègues demandèrent si elle allait bien ; elle ébaucha vite un sourire, prétextant une nuit blanche.

À midi, elle scruta les annonces de location : les prix paraissaient irréels, les bons quartiers partaient en un éclair.

Loin, au bout du RER, il restait des studios accessibles.

Deux heures de trajet. Lécole ferme à six heures. Jaurai jamais le temps, songea-t-elle, refermant brusquement lordinateur. Où aller ? Comment faire, en vrai ?

Une heure avant la fin du service, Bertrand appela :

Je vais rentrer tard ce soir, boulot. Dînez sans moi. Ah, et

Quoi ?

Prends une bonne bouteille de rouge, un moelleux sympa. On discutera posément ce soir, sans tes scènes.

Bertrand, je

Jinsiste pas, la coupa-t-il. Je toffre une possibilité dapaiser les choses. Saute-lui dessus. Embrasse Pauline pour moi.

Il raccrocha. Solange contempla lécran éteint du portable, débattant en elle. Parler lui semblait vain, mais au point où elle en était

***

Pauline sendormit vite ce soir-là. Deux heures durant, Solange resta dans la cuisine, fixant la bouteille de vin elle avait cédé, se détestant pour cette faiblesse.

Bertrand rentra vers onze heures, dhumeur éclatante.

Parfait, se réjouit-il, lui claquant la joue dun bisou quelle esquiva. Arrête un peu, détends-toi. Allez, on trinque ?

Jai réfléchi On devrait prendre des vacances. Allons en Grèce le mois prochain. Tous les trois. Pauline aime la mer, jai trouvé un hôtel sympa.

Bertrand des vacances ? On vit comme des voisins, tu ten rends compte ?

Cest toi qui fais ta difficile, soupira-t-il, avalant une gorgée. Moi, je recolle les morceaux. Mais ! Je veux que tu promettes : plus un mot sur cette affaire.

Plus de fouille de portable, pas dallusion sombre, pas de pleurs. On vit comme si tout nétait quun mauvais rêve.

Et la confiance ? demanda Solange, fixant ses yeux.

La confiance, cest un luxe que tu ne peux pas te permettre pour linstant, ricana-t-il. Ce dont tu as besoin, cest de stabilité, ta fille a besoin dun père, et la maison dun chef.

Tu as tout ça. Le prix, cest ton silence. Belle affaire, tu ne trouves pas ?

Et si je refuse ?

Bertrand posa lentement son verre.

Alors demain, tu quittes lappartement. Jen ai assez de ces angoisses.

Je suis un homme, jai besoin de confort, pas dune épouse perpétuellement insatisfaite.

Si tu ne veux plus me pardonner et oublier alors nos routes se séparent.

Mais souviens-toi : je prendrai tout ce que je pourrai. Tu nauras à blâmer que ton orgueil !

Il se leva et partit, la laissant dans lobscurité, le bruit de la douche comme des vagues contre des falaises. Elle savait que cétait du chantage brut, du mépris à nu.

« Une femme forte aurait balancé le verre à sa tête et filé vers lhorizon », songea-t-elle. Mais elle nétait pas forte

Elle était mère avant tout, elle devait songer à Pauline. Tout le monde fait des erreurs, non ?

Il sétait perdu une fois, il méritait le pardon. Au moins pour la petite, elle devait tenter doublier.

Maman ? résonna un murmure tout droit sorti du couloir.

Solange sécha vite ses larmes, se retourna Pauline se tenait au seuil.

Maman, jai fait un cauchemar. Où est papa ?

Papa est là, ma chérie, Solange la serra dans ses bras. Papa est sous la douche. Il ne partira pas, viens. Tout va bien, on est tous ensemble.

Pour toujours ? demanda Pauline, enfouissant son nez dans son cou.

Solange serra les paupières, son cœur éclatant en mille éclats.

Pour toujours, mon ange. Toujours.

En déposant son enfant dans le lit, Solange sut : elle tiendrait bon pour la famille. Demain elle essaierait doublier la trahison. Mais ça, cétait pour demainMais cette nuit-là, Solange ne dormit pas. Sa promesse pendait dans lair comme un pacte silencieux, lourd et insoutenable. Elle resta longtemps assise dans la pénombre du salon, la respiration fine de Pauline derrière la porte close de sa chambre.

Vers laube, quelque chose séclaira doucement en elle, une lueur si discrète, si ancienne quelle avait oublié sa présence. Le chuchotement ténu dune voix enfouie la sienne qui refusait de disparaître sous la peur.

Quand le jour se leva, Solange avait décidé. Ce matin, elle ne pleurerait pas. Elle préparerait le petit-déjeuner, elle aiderait Pauline à enfiler ses chaussures roses, elle saluerait Bertrand comme on salue un collègue pressé. Mais à lheure du départ, alors que Pauline riait dans le vestibule et que Bertrand lui tendait machinalement sa veste, elle sarrêta net.

Arrête, chérie, quest-ce que tu fais ? gronda Bertrand.

Solange le fixa, paisible. Son cœur battait étrangement calme.

Je vais emmener Pauline à lécole, dit-elle simplement. Mais ce soir Ce soir, je dormirai chez une amie. Je tenverrai ladresse des valises.

Le silence sétait abattu, pesant, via la surprise.

Tu plaisantes ? Tu menaces ?

Non, Bertrand. Je pars. Je ne fais pas ça pour te punir, ni parce que je suis forte. Je fais ça parce que jai le droit, moi aussi, de commencer à respirer.

Il ouvrit grand la bouche, ne trouvant rien à dire.

Solange sagenouilla devant sa fille et lui chuchota tendrement, sur un ton léger :

On part à laventure, ma princesse. Promis, je te retrouverai un vrai lion.

Le sourire de Pauline, candide et confiant, fut la réponse quelle attendait. La peur ne disparut pas, mais elle se tapit derrière un courage neuf. Sans se retourner, Solange franchit le seuil, sa fille serrée contre elle, et laissa lappartement, les menaces, et la nuit derrière elle. Pour la première fois depuis longtemps, le jour lui appartenait.

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