Serge a emmené sa fiancée Irina s’installer dans un village français, où il a hérité de la maison de sa grand-mère.

Benoît venait demmener sa fiancée, Delphine, vivre dans un petit village du Poitou, là où il avait hérité de la vieille maison de sa grand-mère. Ils apprivoisaient doucement une nouvelle vie, installés entre pierres moussues et souvenirs, bâtissant leur quotidien de bric et de broc, avec une basse-cour, un potager, et puis les gestes familiers de la campagne. Tout semblait paisible, égaré dans la brume matinale, jusquau jour où la grande sœur de Benoît, Geneviève, débarqua de Paris avec ses trois enfants, surgis comme des poussins derrière leur mère.

Tu sais, moi aussi, jai déjà vécu ici ! expliqua-t-elle, sa voix résonnant comme une chanson oubliée dans le salon. Quand jétais petite, jétais la préférée de Mamie. Aujourdhui, jai décidé de partir me reposer à la mer ! Je pensais te confier les enfants ici, à la campagne.

Benoît sursauta, déconcerté.

Mais qui va les surveiller ? On travaille, tous les deux

Mais déjà un tumulte étrange montait de lextérieur, un grondement irréel comme un roulement dorage dans un rêve. Il jeta un œil par la fenêtre et resta pétrifié devant la scène surréaliste.

Le cochonnet, libéré on ne savait comment poursuivait les enfants dans le jardin en spirale, renversant choux et salades, tandis qu’un brouillard violet semblait onduler sur la terre retournée. Il sélança dehors, courant au ralenti comme si ses jambes étaient de coton ; les enfants riaient, la chèvre broutait les pivoines. Benoît rattrapa le cochon, mais le jardin ressemblait maintenant à un tableau de Chagall, tout sens dessus dessous.

Delphine, tu te rends compte ! maugréa-t-il en ramassant une fleur arrachée, tandis que sa compagne, le visage inquiet, contemplait la désolation.

La veille, Delphine avait tout préparé pour le dîner : une ratatouille fumante, des fraises du jardin, un gâteau à la noix. Elle avait même rangé les œufs multicolores que leur avaient données les nouvelles poules, précieuses comme des perles. Mais ce soir-là, tout semblait chavirer, bancal : le cochon criait, les enfants inventaient des jeux étranges, laîné, Anatole, tentait de fumer un bouchon derrière la remise.

Mais qui surveille vos enfants dhabitude ? demanda Delphine, perdue.

Oh, répondit Geneviève avec désinvolture, à la ville ils se débrouillent bien tout seuls ! Ici aussi, ils trouveront de quoi soccuper ce nest que la campagne, allez !

Ici, même notre fils de trois ans sait quil ne faut pas ouvrir la porte du poulailler, protesta Benoît.

Geneviève haussa les épaules, détachée comme dans un songe, puis elle suggéra que Delphine pourrait prendre quelques jours de congé pour soccuper des siens, comme si le temps était élastique et les journées infinies. Mais Delphine, dont les paupières fatiguées disaient assez le quotidien au jardin denfants municipal, refusa doucement.

Après tout, tu es mon frère, non ? insista Geneviève, sourcil levé.

Et ton mari ? Il vient avec toi à la mer ? demanda Benoît.

Jamais ! Il préfère rester à Paris, se reposer On se repose toujours lun de lautre, tu sais bien !

Soudain, un nouveau tumulte. Les enfants avaient ouvert la porte du poulailler ; le coq, rouge et farouche comme un soldat napoléonien, se jeta sur eux, semant la panique. Les œufs ruisselaient sur lherbe, irisés sous la lumière irréelle du soir. Les enfants criaient, courant partout, cabossant les pensées des adultes. Geneviève, indignée, lança :

Mais quel village ! On ne surveille rien, ici !

Benoît, les bras ballants, répliqua que tout ceci nétait quun avertissement : entre les chiens du voisin, la chèvre qui rêvait de liberté, le taureau mal luné, mieux valait garder ses distances. Les enfants, eux, poursuivaient leur épopée, escaladant les barrières, palabres de grenouilles et rires dapocalypse.

Et soudain, le voisin silhouette grise dans la brume ramena Anatole, le plus grand, qui avait tenté de jouer au feu derrière le vieux garage.

Tout est si sec ! sexclama le voisin. Et si un drame survenait ? Vous êtes nouveaux dans la région ?

Benoît, agité de tremblements, déclara à sa sœur :

Non, Geneviève, je refuse cette galère. Emmène les enfants avec toi à la mer. Fais attention à ce quils ne fassent pas peur aux baudroies.

Vous tous, ici, êtes bizarres ! Moi, je tai aidé quand tu vivais chez moi, tu avais ta chambre, tu te souviens ?

Je men souviens, répondit Benoît doucement. Je te donnais tout mon salaire, il ne me restait rien pour rêver.

Geneviève rassembla ses enfants, leur annonça quils partaient chez leurs grands-parents. Scène de larmes et de refus, puis claquement de portière, roues crissant sur le gravier de la cour. Le matin, la maison était vide, les bruits dissous dans le silence.

Longtemps, Benoît et Delphine surent que cette visite nétait jamais vraiment terminée : elle voltigeait encore dans lair, étrange et flottante, un parfum dété bizarre, resté suspendu entre deux réveils.

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