Serge a emmené sa fiancée Irina s’installer à la campagne, où il a hérité de la maison de sa grand-mère

Paul ramena sa fiancée, Camille, vivre au village, là où il avait grandi. Une petite maison héritée de sa grand-mère les attendait, avec son toit de tuiles un peu de travers et son potager à moitié en jachère.

Alors, Camille, tu préfères quon sinstalle ici ou quon cherche un studio hors de prix à Paris ? lui lança Paul dun ton malicieux.

Le choix était vite fait. À Paris, Paul navait rien ; à part une niche dans la chambre exiguë de sa sœur, Hélène, et son aîné de neveu qui dormait à côté. Hélène navait jamais sauté de joie à lidée de partager son appartement avec lui.

Une fois par mois, Paul lui remettait son salaire en échange de ce « chaleureux » hébergement. Ce jour-là, il passait pour un frère presque supportable, mais le reste du temps, elle trouvait toujours quelque chose à lui reprocher.

Il avait eu la totale : secouer les tapis, aérer les couettes, filer promener les trois tornades ambulantes un, trois et six ans, la parfaite gamme. Son beau-frère, lui, avait toujours une bonne excuse : séjour universitaire à Lyon, week-end pote, voire escapade chez les beaux-parents. Le repos du guerrier, version père de famille.

Camille était au courant. Elle comprenait pourquoi Paul, pourtant employé qualifié, finissait toujours à sec. Tout pour la famille, disait-il. Quand il a commencé à garder pour lui un peu dargent (faut bien inviter sa copine au cinéma, non ?), Hélène a failli le mettre à la porte avec pertes et fracas. Finalement, il a fini par plier bagage et sest pointé, valises à la main, dans la chambre détudiante de Camille à la résidence universitaire.

Le village leur ouvrit grand les bras. Même sans famille sur place, Paul retrouvait plein de têtes croisées chez sa grand-mère autrefois. Les souvenirs sentaient la tarte aux pommes et la terre meuble.

Sa mère vivait à lautre bout du Périgord, les parents de Camille en Bourgogne il ne fallait pas trop compter sur un coup de main.

Ils se marièrent discrètement à la mairie. Camille décrocha un poste à la crèche du village, Paul fut embauché à la scierie. Une grand-mère voisine, fatiguée, leur confia sa chèvre en échange dun demi-litre de lait par jour. Ils finirent vite avec des poules, puis quelques moutons.

Ce nétait pas lopulence : la paie frôlait à peine le SMIC, mais entre les œufs frais, la laine et quelques petits boulots de couture pour Camille, ils ne manquaient de rien.

Leur fils, Martin, avait déjà trois ans. Camille sortait tout juste du congé parental, la période galère était derrière eux, du moins ils lespéraient.

Et patatras : débarquement surprise dHélène ! La sœur disparue depuis la fuite de Paul à la campagne. Trois enfants en bandoulière, le mari resté à Paris soi-disant « pour retrouver le silence ».

Mais moi aussi, jai vécu ici ! sexclama Hélène. Je venais chez Mémé, tu te souviens ?
Oui, tas tenu quoi… une semaine ? répliqua Paul. Au bout de trois jours, tu hurlais quon tavait abandonnée
Que veux-tu, la campagne ça va cinq minutes. Dailleurs, je pars en vacances à Marseille ! Je vous laisse les gosses, cest bien ici le grand air !

Paul la regarda, interloqué.

Euh Et qui va sen occuper ? On travaille, nous. Je dois parfois mabsenter plusieurs jours ! fit-il remarquer.
On est à la campagne, non ? Quest-ce que tu crois quil va leur arriver ? Ils surveilleront entre eux.
Reste donc ici pour surveiller toi-même, Camille nacceptera jamais.
Rho, pas besoin de lui demander la permission, tes mon frère !
Et ton cher et tendre, il fait quoi ?
Il se repose, pardi. Il trouve quon lui prend tout son temps.
Cest pas toi qui étais censée lépouser pour la vie, non ? Cest toujours les vacances chacun de son côté.

Pendant leur conversation, les rejetons dHélène avaient commencé à explorer la maison, transformant la cour en véritable champ de bataille.

Soudain, des cris éclatèrent à lextérieur. Paul sapprocha de la fenêtre, soudain médusé. Le cadet avait relâché le porcelet et voilà lanimal hilare, courant ventre à terre, poursuivi par la marmaille à travers le potager !

Paul réussit difficilement à rattraper la bestiole, non sans sacrifier salades et rangées de haricots. Après le cochon, ce fut autour de la chèvre. La moitié des choux finit en offrande caprine.

Paul fulminait, Camille nen pouvait plus, et les enfants étaient déjà repartis à lattaque.

Bah quoi ? sagaça Hélène. Cest des enfants, ils jouent avec les bêtes. Où est le drame ?
Notre Martin, du même âge, ne fait pas ça, protesta Paul.
Il a tout le temps devant lui pour apprendre les bêtises !
Ben justement, il a déjà compris ce quon ne doit PAS faire !

Nouveau raffut. Cette fois, les petits étaient passés à létape « découverte de la basse-cour ». Les poulettes de race, qui pondent des œufs dignes dun nuancier Pantone, prenaient cher. Un coq furibard attaqua dès quils ouvrirent le clapet de poulailler.

Cest quoi ce bled ?! cria Hélène. Personne ne tient la maison, ici !
Le coq fait son boulot, souffla Paul. Dis à tes enfants de ne toucher à rien !
Votre vie est trop compliquée. Y a quà dire à ta femme de prendre des vacances pour garder les petits ! Imagine quil leur arrive un accident !
Ils ne sont pas encore tombés sur le chien. Chez les voisins, y a un taureau, pas commode, et les oies pires que mon coq. Le soir, évite de sortir, je tavertis.
Tu fais exprès là, non ?
Non, môme, janticipe les problèmes.

Juste à ce moment, le voisin ramena laîné dHélène, tout penaud.

Il a eu la bonne idée dallumer un feu derrière mon garage, exposa le voisin. Tout est sec, cest pas la saison des barbecues improvisés Vous êtes qui au juste ?
Bon, Hélène, tu vois bien que non, cest pas possible. Emmène-les à Marseille, tes petits monstres, et veille à ne pas effrayer les requins.
Mais vous êtes has-been, tous ici. Avec tout ce que jai fait pour toi, espèce dingrat, alors que tu vivais à mes crochets !
Un an, pas plus. Et encore, tu ten souviens, je te donnais mon salaire.
Allez, les enfants, on va chez Papy et Mamie, à défaut de plage ! déclara-t-elle dun ton sec.
Non, non, on veut rester !
Tant pis !

Le lendemain matin, tout ce petit monde quitta la maison, valises et cris. Paul et Camille passèrent encore de longs jours à rire (jaune, mais bon) de ce séjour mémorable de la sœur championne toute catégorie du culot familial.

Rating
( No ratings yet )
Like this post? Please share to your friends: