Serge a emmené sa fiancée Irina s’installer à la campagne, dans la maison de sa grand-mère qu’il a héritée

Cela fait de nombreuses années déjà, mais je me souviens comme si cétait hier du jour où François ramena sa fiancée, Amélie, dans le petit village de Bourgogne. Là-bas, il hérita de la vieille maison de sa grand-mère. Les jeunes mariés commencèrent à sinstaller, à apprivoiser la vie à la campagne, à gérer un petit élevage Quand soudain, la sœur de François, Hélène, débarqua de Paris, accompagnée de ses trois enfants.

Tu sais, moi aussi jai vécu ici ! lança Hélène à son frère. Quand jétais petite, je venais souvent chez mamie. Cette fois, jai décidé daller prendre lair au bord de la mer ! Je crois bien que je vais laisser les enfants chez vous, à la campagne.
Et qui va soccuper deux ? sétonna François. Nous travaillons tous les deux
Tout à coup, des cris retentirent au-dehors. François jeta un coup dœil par la fenêtre et resta pétrifié devant ce quil vit.

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Il faut dire que François avait rapatrié sa fiancée au village, là où il avait grandi, dans la petite maison léguée par sa grand-mère.

Écoute, Amélie, on sinstalle ici, ou bien on part à Lyon louer un appartement ? lui dit-il en souriant.

Le choix était vite fait. À Lyon, François navait rien ; il partageait déjà une minuscule chambre chez sa sœur Hélène avec le fils aîné de celle-ci.

La présence de François exaspérait sans cesse sa sœur. Seule la fin du mois lui rendait le sourire, quand il lui versait quasiment tout son salaire pour le loyer. Le reste du temps, elle lui reprochait la moindre peccadille.

Il fallait dire aussi quHélène attendait de François quantité de services. Chaque week-end, il devait battre les tapis, secouer les couettes, emmener les enfants un, trois et six ans au parc. Le mari dHélène, lui, était systématiquement absent, soit pour ses études à Bordeaux, soit pour sortir entre amis. Parfois, il filait se ressourcer chez ses propres parents, pour souffler loin de la famille.

Amélie était au courant. Elle savait parfaitement que malgré un bon emploi et un revenu correct, François ne gardait rien pour lui : tout filait à sa sœur. Quand il tenta enfin de se réserver un peu dargent pour son couple, Hélène faillit le chasser. Il dut encore travailler deux semaines après avoir donné sa démission.

Nerveusement, François et sa fiancée en étaient arrivés à bout.

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Cétait bien pratique, ce frère, pour Hélène : il payait, il nettoyait, il aidait avec les enfants. Elle râla une semaine de plus, puis la suivante, en voyant François refuser de lui confier son salaire, elle le mit tout simplement à la porte.

François débarqua chez Amélie, dans sa petite chambre de linternat

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Ils furent bien accueillis par les villageois. François connaissait du monde, souvenirs denfance, des vacances passées chez sa grand-mère. Sa mère vivait elle aussi à la campagne, mais dans une autre région. Les parents dAmélie, eux, étaient encore plus loin. Aucune aide à attendre de la famille.

François et Amélie se marièrent discrètement à la mairie. Amélie trouva un poste à lécole maternelle du coin, François à la scierie. Une vieille dame du voisinage leur donna une chèvre, incapable désormais de la soigner elle-même.

Lanimal fut cédé contre un demi-litre de lait par jour à la dame. Vinrent ensuite les poules, puis quelques brebis. Les salaires nétaient pas mirobolants mais leur modeste exploitation et les petites commandes de couture Amélie confectionnait sur mesure leur permirent de vivre convenablement.

Déjà, leur petit Jules avait trois ans. Amélie, sortie de son congé parental, avait retrouvé son travail. Le plus dur était passé

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Soudainement, Hélène, la sœur de François, réapparut dans leur vie. Depuis le départ de son frère, elle nétait pas revenue le voir. Les enfants avaient grandi. Comme dhabitude, son mari refusa de faire le voyage, préférant se retirer chez ses propres parents.

Tu sais, moi aussi jai séjourné ici chez mamie, dit-elle. Mais tu nes pas restée très longtemps, répondit François. Après une semaine sans papa ni maman, tu pleurais tellement quon te ramenait à Paris. Moi, je faisais toutes les vacances ici

Mais enfin, que faire ici ? Cest si ennuyeux ! Moi, je file à la mer ! Tu y es toujours allée depuis petite, rétorqua François. Les parents ne prenaient que toi.

Je pars bronzer, frangin, mais je pense laisser mes enfants ici, à la campagne !

Mais qui va sen occuper ? Nous travaillons. Je mabsente parfois plusieurs jours daffilée.

Bah, cest la campagne, non ? Ils se débrouilleront bien seuls.

Reste donc et occupe-ten toi-même. Amélie nacceptera sûrement pas.

Pourquoi demander son avis ? Tu es mon frère, tu lui imposes, cest tout.

Et ton mari, il fait quoi ? Il reste à la maison. Il se repose loin de nous.

Toute votre vie, vous la passez à vous fuir

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Pendant ce temps, les enfants dHélène exploraient la maison et mettaient tout sens dessus dessous. Soudain, des cris retentirent dehors. François se pencha à la fenêtre et resta figé : les enfants venaient de libérer le petit cochon, qui poursuivait la bande dans tout le potager.

Il parvint à le rattraper de justesse. Les plates-bandes étaient piétinées. Puis ce fut au tour de la chèvre et ses chevreaux déchapper, grignotant au passage la moitié des choux du jardin.

François gronda, Amélie était dépitée, mais les enfants regagnèrent la cour.

Oh, ce ne sont que des enfants ! Ils jouent avec les chèvres, où est le mal ? insista Hélène.
Notre fils de trois ans ne fait pas ça !
Il aura bien le temps.
Il sait que cest interdit.

Des cris à nouveau, du côté du poulailler. Les poules de races variées, qui pondaient des œufs de toutes les couleurs, attiraient la curiosité. Les enfants ouvrirent la porte, et le coq, furieux, se précipita sur eux.

Mais quelle drôle de ferme ici ! Vous ne surveillez donc rien ?!
Ce nest pas la faute du coq. Tes enfants nont quà ne pas entrer partout.
Que ta femme prenne ses congés pour surveiller les enfants. Sil leur arrive quelque chose pendant mon absence

Ils nont pas encore croisé le chien. Les voisins ont un taureau, pas commode du tout. Le soir, les vaches passent devant la maison. Il y a aussi les oies den face, pires que notre coq. La nuit, je déconseille de sortir.

Tu me fais peur exprès ?

Je te préviens seulement.

À ce moment-là, un voisin ramena le fils aîné dHélène. Le gamin avait pensé faire un feu derrière le garage.
Et sil sétait passé un drame ? sindigna le voisin. Tout est sec, il na pas plu depuis un mois. Vous êtes qui, au juste ?

Non, Hélène. Je nai pas besoin de ce genre de soucis. Prends tes enfants avec toi, quils neffraient pas les requins sur la plage.

Vous êtes tous bizarres ici ! Ce village, cest la folie. Moi, je tai aidé, tu as vécu chez moi !

Seulement un an, et par nécessité. Mais je tai remis tout mon salaire, noublie pas.

Nous partons. Je vais vous emmener chez mamie et papi, grommela-t-elle aux enfants.

On ne veut pas ! On veut rester avec toi !
Non !

Le lendemain matin, ils prirent la route. Et longtemps encore, François et Amélie évoquèrent cette visite agitée de la sœur encombranteLe calme revint aussitôt à la ferme. François, las mais soulagé, sassit sur le vieux banc du jardin, Amélie à ses côtés. Le petit Jules sapprocha, une plume multicolore à la main, fier de son butin du poulailler.

Papa, la campagne, cest toujours comme ça ? demanda-t-il timidement.

François sourit, passa un bras autour de sa femme et contempla, au loin, la lumière dorée du soir briller sur les chênes. Les animaux retrouvaient leur place, et lair sentait bon la terre fraîche et le foin coupé.

Non, mon grand, ce nest pas toujours le chaos. Mais ici, on construit quelque chose ensemble. Cest notre histoire, pas celle quon nous impose. Ici, on apprend à choisir.

Jules hocha la tête, sérieux, puis se mit à rire en courant autour de la chèvre, sous le regard attendri de ses parents.

Sur le seuil, Amélie serra la main de François :

Cette maison, cest la nôtre, maintenant. On en fera un endroit heureux, pour nous et pour tous ceux qui voudront bien en prendre soin.

Une brise légère fit danser les fleurs sauvages. Dans le silence revenu, le couple comprit que la paix ne venait pas de labsence de bruit, mais du choix daimer et de protéger ce quils avaient semé. Et, sur le vieux banc, alors que le soleil déclinait, ils surent quici, enfin, leurs racines grandiraient, sans jamais plus sarracher.

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