Rien de personnel, juste des affaires
Ce vase-là aussi, emballe-le, dit Françoise Deschamps sans se retourner.
Elle se tenait au milieu du salon, examinant les étagères comme on scrute la vitrine d’une boutique dont tout est déjà payé. D’un œil calme, expert, presque satisfait.
Quel vase ? demanda Camille, la voix tremblante dun souffle à peine audible. Elle se reprit, ravala sa tristesse et répéta :
Madame Deschamps Vous parlez de quel vase exactement ?
Celui-là, le bleu. On la rapporté de Prague en quatre-vingt-dix-huit. Cest une pièce de famille.
Camille posa les yeux sur le fameux vase bleu. Elle et Julien lavaient acheté pour leur troisième anniversaire de mariage dans une petite boutique rue Karlova. Le vendeur était un vieil homme à la barbe blanche, balbutiant en tchèque. Julien riait, prétendait comprendre, ils avaient mangé une pâtisserie brûlante dehors et Camille sétait brûlé la langue, ce qui avait déclenché un fou rire entre eux qui dura une demi-heure.
Ce n’est pas un héritage, dit Camille dun ton contenu. On la acheté ensemble. En deux mille neuf.
Ma petite Camille, soupira Françoise en se tournant enfin. Elle adopta ce ton didactique que Camille avait appris à reconnaître dès la première année de son mariage, celui quon réserve aux enfants obtus : Ne rendons pas la chose plus difficile. Tu sais bien que tout ça… toute cette pièce Françoise balaya le salon du bras, … tout a été payé avec largent de notre famille.
Notre famille, répéta Camille. Celle de Julien et moi.
Julien travaillait. Nous avons aidé, avec Henri. Tu tenais la maison. Ce nest pas la même chose.
Julien fixait la ville à travers la baie vitrée. Du vingt-troisième étage, Paris avait un air dillusion : petites voitures, arbres miniatures, silhouettes minuscules. Il se taisait.
Camille, elle, observait le dos quelle connaissait par cœur. Sa façon de se courber après une longue journée, la petite tache brune sous lomoplate, sa respiration de faux dormeur. Dix ans. Dix ans à tout connaître, et maintenant il regardait la ville jouet tandis que sa mère rangeait leur vie dans des cartons.
***
Lappartement était splendide. Camille le reconnaissait volontiers, même lorsquelle en voulait à ce lieu. Plafonds hauts, fenêtres panoramiques, parquet en noyer américain défendu contre les talons. Cuisine dun show-room « Élégance & Habitat », que Françoise avait payée comptant, le répétant fièrement à chaque occasion. Le lustre du salon, pareil à une cascade de glace immobile.
Huit ans vécus ici sans jamais sy sentir chez elle. Non à cause des défauts il y en avait peu. Mais tout sonnait trop juste, trop coûteux, trop méticuleusement choisi dans les catalogues apportés par Françoise.
En emménageant, Camille avait placé sur lappui de la chambre un pot en terre cuite avec une violette, dénichée au marché pour trente euros. Une semaine plus tard, le pot avait disparu. Françoise avait dit que « cela ne sinscrivait pas dans la cohérence de lensemble ».
Camille alors navait rien dit. Julien non plus.
Ce fut la première fois. Il y en eut tant dautres après.
***
Les déménageurs arrivèrent à dix heures. Deux hommes taciturnes, une rouleau de scotch à la main. Françoise les reçut dans lentrée, liste imprimée à la main : « Salon : canapé dangle (cuir gris), 1 exemplaire ; table basse (marbre), 1 ; lampadaire (bronze), 2 »
Camille détourna les yeux, fila dans la cuisine, fit bouillir de leau. Juste pour occuper ses mains.
Julien la rejoignit, hésita au seuil :
Camille
Quoi ?
Ça va ?
Elle le fixa : son beau visage quelle avait tant aimé lui renvoyait lexpression du « garçon fautif ». Sourcils froncés, regard fuyant, voix basse, suppliante.
Ça va, répondit-elle. Tu veux du thé ?
Camille
Tu veux quelque chose ou pas ?
Il hésita.
Oui, du thé.
Elle servit deux tasses, celles avec des lapins achetées à Amsterdam. Des tasses décalées, que Françoise appelait de la « pacotille ». Camille y tenait pour cette raison même.
Côte à côte, ils buvaient lentement, tandis quau salon résonnaient les ordres précis de Françoise et le bruissement méthodique du scotch.
Elle ne peut pas faire ça, murmura Camille plus pour elle-même. Le canapé, cest à nous. Les lampadaires, je les ai choisis. Les tableaux, je les ai rapportés de Florence, payés de ma poche.
Je vais lui parler.
Tu las déjà promis cinq fois aujourdhui.
Silence. Il fixait son lapin en porcelaine.
Julien… dit-elle, lasse, la voix assourdie. Je ne réclame pas le canapé. Je le veux même pas. Je veux juste que tu restes, là. Que tu oses juste une fois rester à mes côtés. Ici. Pour de vrai.
Il releva enfin les yeux.
Je suis là.
Non, dit-elle. Tu es à la fenêtre.
***
À soixante-quatre ans, Françoise Deschamps appartenait à la race de femmes capables doccuper tout lespace, den absorber lair au point den laisser bien peu aux autres. Pas méchante. Précise. Convaincue de savoir ce qui est approprié, ce qui « correspond à lharmonie globale ».
Elle aimait son fils là-dessus Camille navait aucun doute. Mais cétait un amour si dense, si exigeant, quil ny restait aucune place pour Camille. Non que Françoise fût cruelle : impossible concevoir que quelquun aime son fils aussi fort quelle. Ou davantage.
Au début du mariage, Camille avait tenté le rapprochement : invitations à déjeuner, demandes de recettes, choix minutieux dun foulard offert et accueilli par un remerciement poli, puis relégué car « la laine, ça irrite ma peau délicate ».
La deuxième année, Camille avait renoncé à lamitié, optant pour la doctrine de la distance respectueuse. Sans éclat.
La troisième année, elle réalisa que la distance ne fonctionne pas avec quelquun qui ne reconnaît que ses propres frontières.
Après, elle avait arrêté de compter.
***
Julien, viens ici, il faut trancher pour les tableaux, appela Françoise du salon, implacable.
Il déposa sa tasse, et Camille observa son pas accéléré, les épaules haussées, la disponibilité permanente cette réaction conditionnée, apprise dix fois par an, dix ans durant. Vers la voix, lappel, le moindre signal.
Elle n’éprouvait plus de colère. Seulement lépuisement, cette fatigue de lâme qui fait que même lindignation devient inaccessible.
Du salon, elle entendait la voix de Françoise : « Celui-là, je le prends. Galerie Saint-Fort, bon investissement » et le murmure consentant de Julien.
Camille finit son thé, lava la tasse, la rangea, puis gagna le couloir, fuyant ce partage méthodique de son existence énuméré ligne à ligne.
La chambre était inondée de soleil, en barres inclinées. Sur le lit soigneusement fait, Camille sassit, effleura la couverture bleu clair.
Elle se rappelait le jour où elle lavait choisie : deux couvertures, lune sombre et « pratique » version Françoise lautre bleue ciel, absolument peu pratique mais belle. Elle avait choisi la bleue. Julien avait haussé les sourcils mais navait rien dit.
Cette couverture, c’était sans doute lacte le plus téméraire de Camille en huit ans ici.
***
Par pur réflexe, Camille ouvrit la penderie au-dessus de larmoire, à la recherche de son vieux sac. Elle trouva la boîte en carton à côté : une simple boîte à chaussures, couvercle annoté au feutre par elle : « Divers. Nous ».
Elle hésita, puis louvrit.
Au-dessus, deux places de cinéma, jaunies, arrachées. Le film ? Elle se souvint : « Le Fabuleux Destin dAmélie Poulain ». Leur troisième rendez-vous. Julien avait prétendu ne pas avoir aimé, menti des années, puis confessé un jour que cétait faux, que ce film lavait bouleversé, mais quil avait eu honte de ladmettre.
Derrière les billets, une carte postale de Barcelone, leur lune de miel. Dessin de la Sagrada Familia. Julien avait écrit : « Je taime plus que Gaudí na aimé sa cathédrale. Et il la aimée soixante-treize ans. » Camille avait ri : « Tu maimeras soixante-treize ans aussi ? » « Jessaierai », avait-il promis.
Il a quarante ans. Elle, trente-huit. Dix ans ensemble. Il en resterait encore soixante-trois.
Elle serrait la carte, noyée dans ses souvenirs.
Plus bas, elle trouva : un petit aimant Tour Eiffel, déniché ensemble aux Puces, aussitôt banni du frigo par Françoise pour cause de « mauvais goût » ; un bracelet en plastique « Participant » dun séminaire où ils dansèrent ivres jusquà une heure du matin ; une fleur séchée, friable, souvenir flou dun matin sur une aire, arrêtés au hasard parce que cétait beau ; trois coquillages de la plage de la Côte dAzur ; une serviette de bistrot griffonnée de morpions en attendant leur plat, un soir de pluie.
Tout cela, insignifiant. Tout cela, sans valeur tangible, oublié de toute liste imprimée.
Assise sur la couverture bleue, tenant la serviette froissée, Camille sentit céder doucement quelque chose en elle, quelque chose de longtemps brimé.
Elle ne pleura pas. Elle nen était plus capable. Elle respirait. Comme au loin, résonnaient les ordres de Françoise à propos des verres en cristal.
***
Julien entra dans la chambre par hasard, sans doute pour récupérer quelque chose. Il sarrêta net en voyant Camille, la boîte ouverte à ses pieds.
Quest-ce que cest ?
Regarde.
Il sapprocha, prit les billets de cinéma, la carte.
Le visage changea, lentement, comme léclairage après passage dun nuage.
« Amélie », murmura-t-il. Javais dit que je navais pas aimé.
Je sais.
Jai menti.
Je sais.
Il sassit près delle, passa au poignet le bracelet « Participant ».
Séminaire de la boîte de Serge. Deux mille quinze.
Oui.
Tu avais perdu une chaussure sur la piste.
Tu las retrouvée sous le bar.
Je tai appelée Cendrillon.
Et je tai dit que tu ne ressemblais pas à un prince.
Un sourire illumina son visage, le vieux sourire, le vrai, pas celui des deux dernières années.
Vraiment pas un prince, concéda-t-il.
Ils se turent. Un bruit sourd éclata au salon, la voix sèche de Françoise : « Faites attention ! » ; celle du déménageur : « Pardon. »
Julien… dit-elle.
Oui ?
Pourquoi en est-on là ? Pas ici, dans cette pièce, mais pourquoi à ce point-là ?
Il ne répondit pas tout de suite. Il fit tourner un coquillage dans sa main.
Jen sais rien, finit-il par dire.
Tu sais, corrigea-t-elle, sans colère.
Il reposa le coquillage.
Je suis lâche, admit-il.
Camille le fixa : son profil, la ligne connue de son front, de son nez.
Je sais.
Ça aurait dû être différent.
Oui.
Jaurais dû tant de fois.
Oui, Julien.
Il se tourna. Pour la première fois de cette longue journée, il osa la regarder franchement.
Je veux que tu saches que je me souviens de tout. Chacune de ces choses il montra la boîte je men souviens. Je me rappelle lachat de ces billets. Je me rappelle quand tu as mangé cette pâtisserie brûlante. La clairière. Les coquillages, tu voulais en faire un cadre photo, jai dit que cétait kitsch, tu tes vexée, on sest baignés à trois heures du matin
Arrête, linterrompit-elle.
Pourquoi ?
Parce que ça fait mal.
Il se tut.
Moi aussi, dit-il doucement, ça me fait mal.
***
Dans lembrasure, Françoise apparut.
Julien, il faut encore signer
Elle vit la boîte, les deux assis ensemble sur le lit. Un changement sur son visage, subtil, indéchiffrable.
Quest-ce que cest ?
Nos affaires, répondit Julien.
Quelles affaires ? Il faut jeter tout ça. Ce sont des déchets.
Maman.
Ces petits papiers, ces babioles
Maman, répète-t-il, et cette fois, la voix est différente. Plus une demande.
Françoise le regarde :
Quoi ?
Sors, sil te plaît.
Un silence. Long, épais.
Julien, les déménageurs attendent
Maman. Sors dici.
Camille ne la regarde pas. Juste ses mains, croisées sur les genoux. Elle sent la densité du silence né de la réplique.
Daccord, finit par dire Françoise. Quand vous aurez terminé, vous mappelez.
Pas de porte claquée, juste des pas qui séloignent.
Camille souffle.
Tu viens de le faire pour la première fois.
Quoi ?
Lui demander de sortir.
Il se tait.
En dix ans, cest la première fois.
Je sais.
Pourquoi maintenant ?
Je ne sais pas. Peut-être en voyant cette boîte. Et jai réalisé que tout ce quon se partage là-bas ce ne sont que des objets. Un canapé est un canapé. Un vase est un vase. Mais ça il montre la boîte cest nous. Ce nest quà nous.
Camille le regarde longuement.
Julien, ce sont de belles paroles.
Je ne veux pas de belles paroles. Je
Laisse-moi finir. Ce sont de belles paroles, et jen suis fatiguée. Tu sais bien les formuler, toujours. Mais comprendre et agir, ce nest pas pareil.
Je sais.
Non, Julien, tu crois savoir. Si tu savais, elle ne serait pas en train de ranger notre vie selon sa liste. Elle a dressé une liste, compris ? Une liste de ce qui est à nous. Elle est venue faire un inventaire.
Je vais mettre fin à tout ça.
Tout de suite ?
Oui.
Il est trop tard. Il fallait le faire il y a sept ans, quand elle a jeté ma violette. Ou six, quand elle a déplacé nos meubles pendant les vacances. Ou cinq, quand elle ma expliqué la vraie recette du pot-au-feu. Ou encore trois ans, quand elle
Camille.
Ou trois ans, quand elle ta dit dattendre avant de faire un enfant, que tu devais « asseoir ta situation », et toi tu étais daccord, et moi javais trente-cinq ans, et
Elle se tut.
Un silence dense.
Cest ce qui a fait le plus mal, murmura-t-elle. Très bas. Plus que tout.
Julien demeurait immobile. Son visage, cette fois, nexprimait plus lexcuse, ni la défense. Ouvert. Nu.
Je sais, dit-il. À lépoque
Nexplique pas.
Jaimerais.
Pas maintenant.
Elle referma la boîte, précautionneusement.
Je prends ça, dit-elle. Cest tout ce que je veux dici.
Daccord.
Je nai besoin de rien dautre.
Il la regarde :
Tu vas où ?
Chez Marine, quelques jours. Ensuite je prendrai un petit logement.
Camille.
Quoi ?
Ne pars pas.
Elle se leva, saisit la boîte, légère, étonnamment légère.
Julien, je quitte cet appartement, pas toi. Je nai jamais voulu vivre ici, je faisais juste semblant.
On peut partir ensemble.
Elle simmobilisa. Se retourna.
Quoi ?
Il se redressa, déterminé :
Je dis quon peut partir ensemble. Je ne veux ni du canapé, ni des verres en cristal, ni des tableaux de galerie. Je veux toi, cette boîte rien dautre.
Elle le fixait. En elle, un choc, mélange étrange despoir, de peur, de lassitude et dautre chose, sans nom.
Julien, tu as quarante ans. Si tu ten vas avec moi, ta mère
Je sais.
ne le supportera pas.
Je sais, Camille.
Es-tu prêt à cela ?
Je ne sais pas. Mais je sais que si je ne le fais pas maintenant, je ne pourrai plus jamais me regarder en face.
Un silence.
Cest un autre discours, dit-elle.
Oui ?
Oui. Ce nest pas « je veux te récupérer ». Cest « je veux me respecter ». Différent.
Peut-être, répondit-il. Mais sans doute que lun ne va pas sans lautre.
***
Au salon, Françoise expliquait encore quelque chose aux déménageurs. Quand ils entrèrent, elle se retourna, regarda la boîte, le visage de son fils.
Cest fini ? Vous avez réglé vos histoires ?
Maman, stop, fit Julien.
Quoi, stop ?
Tout ça geste vers le salon, où les meubles étaient déjà filmés de plastique, un lampadaire cerclé de bulles au centre , prends tout. Je nen veux plus.
Françoise pâlit, le regard oscillant de son fils à sa belle-fille, perdue comme quelquun qui se heurte soudain à dautres règles du jeu.
Tu dérailles, murmura-t-elle.
Peut-être.
Cest insensé. Cest…
Maman il sapproche, la tête droite, sans animosité ni reproche : Je taime. Mais vivre comme ça, ce nest pas vivre. Cest gérer un projet. Je ne veux plus être un projet.
Long silence. Puis elle dit :
Tu le regretteras.
Peut-être, répondit-il. Mais au moins, ce sera mon choix.
***
Ils quittèrent lappartement vers quatorze heures. Camille, la boîte sous le bras ; Julien, un sac avec quelques vêtements et son ordinateur.
Dans lascenseur, ils se regardèrent dans la glace : deux quadragénaires aux traits fatigués, lune avec une boîte, lautre un sac pour trois jours.
Au rez-de-chaussée, le concierge salua. Les portes automatiques souvrirent. Dehors, une journée davril normale, fraîche, odeur de feuilles humides et de pluie fumante.
Ils sarrêtèrent sous le porche.
Où va-t-on ? demanda Julien.
Chez Marine, je tai dit.
Je ne peux pas aller chez Marine.
Tu nes pas obligé.
Ce que je veux, cest là où tu iras.
Camille fixa la rue, les passants taille réelle, personne minuscule vu den haut.
Julien On na plus dappartement.
Je sais.
Presque plus dargent. Tout est gelé jusquau jugement.
Jai mis de côté. Maman nétait pas au courant.
Bien. Ce ne sera que temporaire. On va devoir louer un studio, minuscule, sans charme.
Daccord.
Sans cuisine « Élégance & Habitat ».
Tant mieux.
Elle lui lança un regard. Sur son visage, un soulagement. Trop profond pour être simplement dit.
Ce nest pas la fin souffla-t-elle. Ce nest quun début. Il y aura le tribunal, il y aura ta mère, tant de choses.
Je sais.
Je ne suis pas sûre quon tienne.
Moi non plus.
Malgré tout ?
Un temps. Puis :
Malgré tout.
Camille resserra la boîte, légère. Quelques billets, une carte, un aimant, un bracelet, une fleur, trois coquillages, une serviette de bistrot.
Tout ce quil restait de dix ans. Et peut-être, tout ce qui, de ces dix ans, comptait vraiment.
Alors on y va, dit-elle.
Et ils partirent. Dans la rue banale davril, un jour gris, sans plan, sans assurance, portant un sac et une petite boîte à deux. Là-haut, ils abandonnaient un appartement au parquet lisse, au lustre deau gelée, et à Françoise, sûrement en train de donner de nouvelles instructions.
Mais eux avançaient. Camille ignorait si cétait la bonne décision. Tout ce quelle savait, cétait la boîte sous le bras, lui à ses côtés, le parfum dun printemps trop frais mais irrévocable.
Julien demanda-t-elle en marchant.
Oui ?
Tu te souviens des coquillages ?
Côte dAzur. Tu voulais en faire un cadre.
Tu as dit que cétait kitsch.
Ça lest.
Je le ferai quand même.
Bien, dit-il.
Mais on na pas encore de mur où laccrocher.
On en trouvera un.
Camille ne répondit pas. Elle avançait, sa boîte serrée, pensant que « on en trouvera un » nest pas une promesse, juste des mots. Parfois, ces mots sont tout ce qui reste. Et parfois, cela suffit pour faire un pas. Puis encore un. Puis encore un.