Reste avec l’enfant. Je vais seule au mariage de mon frère. Mon mari est rentré hier du travail, il…

Restes avec la petite. Jirai seule au mariage de mon frère.

Hier, en rentrant du bureau, mon épouse avait lair préoccupée. Je lai interrogée au sujet du mariage et, à peine la question posée, elle a baissé les yeux. Elle ma annoncé quelle comptait se rendre seule à la cérémonie

Et moi ? ai-je lancé, stupéfait.

Elle ma expliqué, dune voix lasse : Mon cher, jai reçu un salaire quasi nul pour le mois de janvier. Je crois donc quil vaudrait mieux que jaille seule au mariage. Reste avec Gabrielle. Tout ira bien, ne ten fais pas. Je pars trois jours, je dois loger à lhôtel, manger convenablement Et bien sûr, acheter un cadeau pour les mariés.

Nous étions encore jeunes mariés, habitant un modeste T2 dans le centre de Lyon. Cétait la mère de mon épouse, Madame Dubois, qui nous avait cédé ce petit appartement. Jétais en congé parental, notre fille Gabrielle avait tout juste vingt mois. Je nétais pas pressé de reprendre le travail ; et pour cause, je navais personne à qui confier Gabrielle. Mes beaux-parents avaient mis à disposition ce logement, et pour cela je leur en suis reconnaissant.

Ma propre mère menait une vie bien indépendante, cumulant des heures de ménage chez des particuliers. Elle mavait prévenu dès le départ : si jamais javais un besoin vital de garde pour reprendre mon activité, elle ferait volontiers le trajet. Mais pour une histoire de robe neuve ou de coiffure, je ne devais pas compter sur elle. Elle passerait son tour.

Je connais le tempérament de ma mère, Marie-Claire. Chaque année, elle soffre un séjour sur la Côte dAzur. Tous ses week-ends, elle les passe en institut à se faire chouchouter.

Jusque-là, aucun imprévu dans notre petit cocon. Lorsque mon épouse était à la maison, je pouvais souffler un peu, faire des courses ou retrouver un ami en terrasse. Mais la vérité, cest quelle naimait pas particulièrement rester seule et sortait rarement, en tout cas pas longtemps.

Puis, linvitation au mariage de son petit frère, Charles, est arrivée. La cérémonie devait se dérouler à Bordeaux, à trois jours de route de chez nous. Jai donc sollicité ma mère pour garder Gabrielle. Après tout, un mariage, ce nest pas tous les jours. Gabrielle est une enfant douce, calme, elle ne fait pas dhistoires.

Maman sest fait prier, puis a fini par accepter, non sans soupirer, de poser trois jours de congé. Jétais ravi cela faisait deux ans que je ne métais pas vraiment reposé, ni sorti en amoureux Jespérais pouvoir souffler lors de cette fête.

Hélas, mes projets se sont effondrés dès lannonce de mon épouse.

Cétait censé être un événement majeur pour moi. Javais passé un an ancré à la maison, à moccuper de notre fille. Personne ne voulait rester avec elle, et mon épouse se rendait souvent à des séminaires ou des sorties dentreprise.

Pour être honnête, je connaissais à peine le frère de mon épouse. Quant à sa fiancée, Mathilde, je ne lavais vue quen photo.

Jétais très déçu. Ma femme ne semblait pas me comprendre. Tout était normal, selon elle.

Écoute, dabord ta mère na pas lair enchantée daccueillir Gabrielle chez elle. Laisse-lui ces trois jours de tranquillité et reste auprès de la petite. A quoi bon déranger tout le monde ? Et, à vrai dire, tu ne connais pas vraiment ma famille. Ce déplacement na pas de sens pour toi. Ta place, cest ici, à la maison, avec notre fille. Je moccupe du mariage, je fais laller-retour.

Ce soir-là, jai pris une décision : personne nirait. Pourquoi mon épouse devrait-elle décider à ma place de ce qui importe pour moi ?

Quen penseraient dautres à ma place ?

À mon sens, ni la mère ni lépouse navaient fait preuve de beaucoup de bienveillance. Certes, une grand-mère na aucune obligation de soccuper de sa petite-fille. Mais elle pourrait penser un peu à sa propre fille aussi.

Quant à mon épouse, elle reste sourde à mes efforts. Pourtant, je me suis investi corps et âme auprès de notre fille. Jai moi aussi besoin de repos et de reconnaissance.

Lamour véritable demande de la compréhension.

En définitive, la personne au centre de cette histoire, cest une femme épuisée, dépendante de ceux qui lentourent. Elle se sent abandonnée, sans soutien.

Jaimerais connaître lavis dautres lecteurs. Peut-être que Gabrielle, plus tard, saura défendre son point de vue auprès de ses proches.

Mesdames, noubliez pas : nous vivons dans un pays qui valorise la liberté dexpression. Osez dire ce que vous ressentez, il ne vous arrivera rien. Ce nest pas parce quune épouse ose parler quun mari doit demander le divorce. Et si cela devait arriver, alors il ny avait sans doute pas damour véritable.

La vraie leçon que je retiens de tout cela, cest quon devrait se respecter les uns les autres, et chercher à se donner un peu plus de bonheur.

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