— Rentrez à la maison ! On discutera là-bas ! — lança sèchement Maxime. — Pas question de faire un s…

Rentre à la maison ! On en discutera là-bas ! lança sèchement Maxime en lançant un regard agacé à sa femme. On ne va pas divertir les passants avec nos engueulades non plus !

Mais oui, bien sûr ! répondit Virginie en soufflant dexaspération. Monsieur se prend pour qui !

Virginie, provoque-moi encore et tu vas voir ! menaça Maxime. Chez nous, pas ici !

Ah là là ! Monsieur le terrible ! répondit-elle en rejetant sa longue tresse derrière elle et en rentrant dun pas ferme vers leur pavillon.

Maxime attendit que Virginie soit bien loin avant de sortir son smartphone. Dune voix basse, il marmonna dans le micro :

Oui Elle rentre. Accueillez-la comme convenu, hein ? Faites-lui passer lenvie de jouer les rebelles ! Je ne tarde pas.

Il remit son téléphone dans la poche de sa veste, prêt à entrer dans la boulangerie pour arroser, à sa façon, sa maîtrise du ménage conjugal. Mais un inconnu lui barra soudain la route et lui prit gentiment le bras.

Désolé de vous importuner aussi brusquement sexcusa lhomme, embarrassé, en affichant un sourire gêné. Vous étiez avec une jeune femme à linstant

Ma femme, oui. Et alors ? grommela Maxime, les sourcils froncés.

Oh rien, rien ! Le sourire du type devint presque obséquieux. Dites-moi, par hasard, votre épouse ne sappellerait-elle pas Virginie Mellet ?

Virginie, cest ça, avant le mariage cétait Mellet. Pourquoi ?

Et son père ne sappellerait pas Serge par hasard ?

Exact ! répondit Maxime, agacé. Vous la connaissez, vous ?

Ah, excusez-moi hein Je ne la connais pas personnellement. Je dirais même que je suis fan, dune certaine manière.

Écoute « le fan », si tu continues, je vais tapprendre à compter les côtes une par une, et ten retirer deux pour te raffiner la silhouette ! menaça Maxime, clairement énervé. Fan de quoi, au juste ? Tu veux me piquer ma femme ou quoi ?

Oh là ! Non, non ! Vous ne comprenez pas ! gesticula lhomme, nerveux. Je suis seulement admirateur de son talent !

Du talent ? Elle nen a pas plus que la moyenne, hein, Virginie ! balbutia Maxime, perdu.

Ah bon ? Elle a quand même écopé dune exclusion à vie en Muay Thaï à dix-huit ans pour « excessive brutalité ». Faut un sacré talent quand même ! sexclama le type, admiratif.

Cétait un vrai spectacle de la regarder sur le ring ! Dommage quelle ait arrêté après quelques tournois privés.

Maxime, tremblant, essaya de sortir son téléphone mais il tomba, se cassant au passage. Il ramassa les morceaux, paniqué, mais lappareil refusa de se rallumer.

Il se précipita alors vers leur maison, marmonnant entre ses dents :

Sainte Vierge, faites que je ne sois pas trop tard !

Quand Virginie était arrivée dans leur bourgade du Centre-Val de Loire, il y a trois ans, Maxime lavait tout de suite remarquée. Comment ne pas la remarquer ? Jeune, sportive, pétillante, toujours le mot pour rire. En plus, elle était devenue prof de sport à lécole primaire.

Tout le monde avait pensé quil sagissait dune nouvelle prof envoyée par lÉducation Nationale, qui repartirait aussitôt son contrat fini. Sauf que la demoiselle avait vingt-cinq ans et comptait bien rester !

Certains avaient imaginé quelle ferait venir sa famille dans la foulée mais non, elle était seule.

Bizarre, tout ça ! chuchotaient les dames du quartier. Jeune et jolie, et elle sinstalle ici ! Ya une histoire louche là-dessous, ça cest sûr !

Enfin, de nos jours, quest-ce qui est louche ? relativisait une autre. Elle a dû tomber sur un sale type et vient se refaire une santé au vert.

Ou alors, elle sest disputée avec ses parents et a pris la poudre descampette. Jai vu ça à la télé, hein !

Maxime surveillait Virginie du coin de lœil, sans jamais laborder.

Faut voir, on ne sait pas à quoi sen tenir

Évidemment, dans une salle des profs de village, les secrets ne tiennent jamais bien longtemps. En six mois, elles avaient tiré les vers du nez à Virginie.

Mes parents ? Des commerçants plutôt à laise. Mais une tuile dans les affaires, et papa voulait me marier à un associé pour remonter la pente.

Vous auriez vu « le prétendant » ! Eh bien, ma foi, jai préféré fuir la noce !

Tétais toute seule dans la vie ? demanda une collègue, la quarantaine bien tassée.

La France est peuplée, que je sache Mieux vaut seule que mal accompagnée ! répliqua Virginie en haussant les épaules. Et je ne voulais pas être vendue enfin mariée contre mon gré !

Bah, tu verras, ici tu trouveras lamour ! la réconfortaient les collègues. Chez nous, cest petit, mais il y a de belles personnes !

Quand ce récit fit le tour du village, Maxime sétait décidé :

Je vais lépouser ! Nos demoiselles sont radines et chipies, celle-ci est étrangère, pas demmerde avec la belle-famille !

Il tenait ce discours devant sa mère, son père et Nico, son grand frère.

Elle est jeune, solide, sportive ! Pas pour rien quelle enseigne lEPS ! Elle nous fera des enfants robustes et saura tenir la maison ! Elle doit bien bosser 10 heures par semaine à lécole !

Cest une chouette affaire ! acquiesça la famille. Et si elle fait trop dhistoires, il faudra lui apprendre les bonnes manières à la française

Ils étaient sûrs de leur coup parce que Maxime, cétait une belle bête ! En plus dêtre un Apollon, il avait le poste de sous-directeur à la coopérative locale de fruits et légumes.

En cas dinspection, Maxime redevenait simple employé, mais le reste du temps, cétait lui le vrai patron. Il connaissait tous les dossiers, lançait des idées à la chaîne, et tout le monde le redoutait. On riait bien en disant : « Il ny a que les initiatives qui se paient. » Mais Maxime avait transformé la boîte !

Certes, ses méthodes étaient musclées. Et son frère, promu chef de la sécurité, cétait pas un rigolo non plus !

Au moins, à force de coups de gueule, les vols avaient disparu à la coop.

Comment Virginie aurait-elle pu résister à un tel modèle de vertu ? Ils ont commencé à sortir, puis, après quelques flirts, elle a dit oui !

Maxime la extirpée de sa petite chambre universitaire et la ramenée dans la maison familiale.

Ma fille, ici, on vit tous ensemble ! claironna la belle-mère.

Ici, on fait tout ensemble, et on sentraide ! Chez toi, je sais pas, mais chez nous, cest comme ça !

Justement, je viens dune famille sans règles, répondit Virginie. Sinon, je ne me serais pas enfuie ! Mais je vais essayer dapprendre les vôtres sil le faut

Déclaration accueillie avec largesse.

Mais jy connais rien au ménage, avoua Virginie. Chez mes parents, on avait du personnel.

Ça sapprend, pas de souci ! déclara le beau-père, jovial. Limportant, cest la bonne volonté !

En théorie, oui, répondit Virginie. Par contre, je déteste linjustice.

Ma chère, reprit la belle-mère. La justice, tu sais, cest relatif ! Dans une famille, il y a des règles séculaires !

Respecte ton mari et sa famille ! Sois douce et obéissante, et en échange les hommes prennent soin de tout ce qui est grave !

Daccord, soupira Virginie. Tant que vous ne ressortez pas le martinet dantan ?

Non, rassure-toi, rigola le beau-père, on na pas de fouet, et personne dans une écurie !

Mais côté liberté, Virginie comprit vite quils étaient passés pros dans le serrage de vis. Un mois après le mariage, elle avait le droit daller au travail et au supermarché. Pour le reste :

Tu vas où ? Tu vois pas le boulot quil y a ici ? Le potager ? Les poules ? Les canards ? On est une famille, faut aider ! hurlait la belle-mère.

Maxime et Nico, eux, étaient tout le temps au taf. Le restant du temps, cétait la belle-mère qui menait la danse Enfin, à part quand elle avait mal partout.

Et la vie perso là-dedans ? demanda un jour Virginie. Jveux dire amis, ciné, petit café Les copines me manquent !

Les amies, cest inutile quand on est mariée ! Cest souvent de mauvais conseils !

Pour le cinéma et le café, parle donc à ton mari ! Mais une femme toute seule dehors ? Voyons, on est pas à Paris ! Tu veux finir lapidée par les ragots et virée de lécole, peut-être !

Sérieusement ? fit Virginie, sidérée.

Ma fille, ici, tout se sait ! Ose un faux pas, et tu resteras marquée à vie, crois-moi ! En plus, tes institutrice, ça rigole pas !

Logique impitoyable mais pas question de se laisser enterrer vivante. Virginie bossait, aidait, remplissait toutes les tâches mais exigeait le respect en retour. Un jour, elle rouspétait, le lendemain, elle élevait la voix. Parfois, elle envoyait promener tout le monde, façon nette et claire.

Si on bosse, cest tous ensemble ! répétait-elle. Si y en a un qui glandouille, alors moi aussi, hein !

Deux ans et demi après le mariage, le feu sacré de Virginie navait pas faibli. Elle exigeait que chacun y mette du sien, sinon, cétait rebelote.

Quel caractère, cette Virginie ! pestait la belle-mère. Elle te répond toujours du tac au tac !

Elle me respecte pas ! geignait le beau-père. Je lui demande un verre deau, elle me dit quelle est occupée !

Maxime, ça va pas, ça ! fit remarquer Nico. Elle manque à nos vieux ! Cest pas possible, faut agir !

Je suis daccord, elle exagère ! Elle me contredit, et je suis lhomme, quand-même ! Faut la dresser, sinon elle va nous bouffer, même avant davoir des mioches !

Il faut préparer le coup dit Nico. Sors-la au centre du village, puis laisse-la revenir seule. Nous, on se charge du reste

Si elle comprend à la parole, tant mieux. Sinon, on muscle un peu le discours ! Et si elle proteste, on lenferme à la cave ! À lécole, on dira juste quelle est en congé ! Un petit mois disolement, ça assagit tout le monde !

Bref, plan en place. Pendant que Maxime promenait Virginie, toute la smala sétait préparée, gonflée à bloc, attendant le signal du retour.

Mais Maxime na pas eu le temps.

Il trouva la barrière ouverte, mais plus de porte dentrée envolée ! Dans le vestibule, Nico hurlait par terre la main tordue dans une position peu catholique. Maxime lui piqua son portable, appela le SAMU, et le lui colla à loreille :

Donne-leur ladresse, vite ! cria Maxime.

Nico acquiesça, les larmes aux yeux.

Au salon, le père gémissait au milieu dun meuble éclaté, inconscient mais en vie, ce qui était déjà rassurant. Dissimulée dans la cuisine, la mère, avec un camaïeu spectaculaire autour de lœil, triturait une énorme rouleau à pâtisserie brisé en deux.

À la table, Virginie, elle, prenait juste son thé, lair détendu.

Cest toi, chéri ? sourit-elle à Maxime. Viens prendre ta part ?

Euh, non balbutia-t-il.

Bah, je sais pas quoi te proposer alors Un zeste de justice familiale ?

Fallait prévenir gémit-il. Tu as failli les tuer !

Ten fais pas, je dose mes réponses ! Chacun a eu la monnaie de sa pièce ! On récolte ce quon sème !

Et le rouleau ? Je lai pété dun coup de genou ! Ta mère, elle, a embrassé la porte en tombant.

Et maintenant, on fait quoi ? demanda Maxime, désemparé.

On va vivre ENSEMBLE ! répliqua Virginie, tout sourire. Surtout, selon mes règles, cest-à-dire avec justice. Ah au fait, pas didée de divorce, je suis enceinte ! Et mon bébé aura un père, pas un poltron !

Maxime avala sa salive.

Daccord, chérie…

Une fois tout le monde soigné et calmé, le règlement familial fut revu. Depuis, la maison respire la paix. Et personne ne sest plus jamais permis dhumilier qui que ce soit.

Rating
( 1 assessment, average 5 from 5 )
Like this post? Please share to your friends: