Quelle honte, tout le monde a déjà nettoyé son jardin potager, et chez nous, c’est comme une verrue au milieu du village. On le ferait bien nous-mêmes, mais mon arthrite me fait souffrir et ma mère a le dos bloqué.

Quelle honte : tout le monde a déjà nettoyé son jardin, et le nôtre fait tache dans le quartier. On le ferait bien nous-mêmes, mais avec mon arthrite et le dos coincé de ta mère

Maxime, si je viens te voir le père tord sa casquette entre les mains tu pourrais nous aider à ramasser les pommes de terre avec ta mère ? Je tassure, cest gênant, tout le monde a déjà fini, on dirait quon ne sen occupe pas. On laurait fait, mais voilà, mon arthrite me bloque, et ta mère est pliée en deux.

En enfilant ses bottes, Maxime grommelle :

Franchement, pourquoi en planter autant ? On ne manque tout de même de rien ! Aujourdhui, Papa, je ne peux pas, je dois aller à Lyon.

Son père hésite à répondre plus sèchement, puis soupire, se détourne et sort. Dans la cour, il attrape sa fourche et, en boitant, se dirige vers le potager.

Anémone, la mère, la taille ceinte dun épais châle, sempresse de le suivre.

Tu crois que les enfants viendront, Nicolas ?

Il répond, bougon :

Oh, tu peux toujours attendre. Prends un seau et ramasse les patates. On en a eu cinq, pas un pour donner la main à ses vieux. Allez, au travail, mamie. Dici ce soir on aura peut-être avancé.

Pendant ce temps, Irène, la femme de Maxime, lui fait des reproches :

Mais quelle famille, franchement ! Jamais personne pour sentraider. La honte ! Si les miens étaient encore là, jirais illico, même en volant.

Maxime la prend dans ses bras :

On nest pas corrects, cest vrai. On nest même pas loin, et pourtant si rares à venir. Voilà ce quon fait : demain je prends ma journée. Et toi, appelle les autres.

Irène sassoit avec son téléphone, carnet de contacts sous la main.

Vous ne pouvez pas ? Le travail ? Tout le monde bosse, alors posez votre journée. Ça ne vous gêne pas que les parents peinent ? Pas moyen de laisser les enfants ? Emmenez-les, au grand air ils seront mieux quavec la tablette sur le canapé. On vous attend !

En jonglant entre la persuasion et quelques menaces, Irène finit par convaincre tout le monde.

Nicolas, le grand-père, sassied un instant pour souffler :

Dis, Anémone, on finira sûrement de ramasser sous la neige à ce rythme-là. Est-ce quon était obligés den planter autant ? Toujours à dire : Si jamais les enfants manquent ! Où sont-ils, tes enfants ? Pas un doigt levé pour aider. Avant, tu te souviens ? Le matin, tous ensemble, on torchait ça avant le déjeuner. On était soudés

Anémone tend loreille :

Ecoute, papi, jai cru entendre quelquun arriver… Va voir qui cest.

Nicolas trottine vers le portail Et aussitôt, des rires, des cris ! Anémone, se tenant le dos, les rejoint.

Seigneur ! Mais il y a foule ! Les enfants sont venus, et même les petits-enfants ! Quelle joie.

Alors, Papa, où sont les pelles, les fourches et les seaux ? commande Maxime.

Le père, la larme presque à lœil, lance dune voix bourrue :

À leur place, bien sûr. Tu ne te rappelles plus ?

Et la ruée commence. Les uns creusent, les autres amassent, qui porte les pommes de terre à sécher, pendant quAnémone file préparer la maison.

Les belles-filles se retroussent les manches pour mitonner un bon repas. Mais Anémone ne tient pas en place. Elle supervise, donne des conseils, veille à tout.

Dans le potager, cest la fête.

Tu te rappelles, Maxime, quand tu mas lancé une pomme de terre sur le front ? Prends ta revanche ! rigole Serge.

Le grand-père râle, faussement sévère :

Voilà quils veulent jouer ! Vous nêtes plus des gamins, et ça cabriole comme des mômes.

Victoire ! Le potager est vidé, les fanes bien empilées, les pommes de terre à labri. Place au goûter.

On dresse une grande tablée dans la cour, tout le monde rigole, se rappelle lenfance.

Anémone a du mal à retenir ses larmes. Vous voyez, ils sont formidables, nos enfants. Les voisins passent, saluent poliment, félicitent. Certains soupirent en pensant aux leurs qui ne viennent jamais.

Doucement, Irène glisse à Maxime :

Quest-ce que tu as dit à ton travail ?

Il lui entoure les épaules :

La vérité : que mes parents avaient besoin de moi. On ma laissé partir aussitôt, on ma dit On na rien de plus sacré que daider ses parents.

Noubliez pas, dans votre quotidien, de penser à vos parents. Parfois ils nosent pas demander, mais ils sont toujours heureux de passer un moment entourés de leurs enfants.

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