Quand Véronique est venue chercher son fils à la maternelle, il s’est précipité dans ses bras et lui a murmuré passionnément à l’oreille :

Lorsque Élodie arriva à la maternelle pour récupérer son fils, il bondit dans ses bras et lui murmura dans loreille, tout excité :
Maman, maman, et si on prenait la mamie de Léo à la maison, hein ?
Quoi ? Quelle mamie ? De quoi tu parles ? sétonna Élodie. Dépêche-toi de thabiller, papa nous attend dans la voiture.
Mais si, là-bas ! Malo pointa du doigt une vieille dame qui prenait le temps de raccompagner un petit garçon vers la sortie. La mamie de Léo ! Jte dis, maman !
Ne dis pas de bêtises. Ce nest pas ta mamie.
Et alors ? gémit son fils, les yeux pleins de rêve. Demande-lui, quelle soit aussi ma mamie. Sil te plaît
Tu as déjà deux mamies, rien quà toi. Pourquoi vouloir encore une autre ? Allez, arrête de rêvasser et mets ton pantalon.
Mais maman Malo fit la moue en tirant sur son pantalon bien chaud Mes mamies à moi, cest pas des vraies. Celle de Léo, elle, cest une vraie mamie. Une « de pour de vrai ».
Quest-ce que tu racontes, enfin, nos mamies sont bien authentiques ! Elles nous ont donné la vie, à papa et moi, pas comme celle-là pas comme la mamie de Léo !
Et alors ? dit-il dans un soupir. Accoucher de vous, ça ne fait pas une mamie pour autant.
Comment ça ? Mais tu es fou ! Tu es notre fils, donc nos mamans sont forcément tes mamies !
Eh ben, moi, je ne veux pas du « forcément » Je veux des mamies, de vraies, sentêta Malo.
Mais ça veut dire quoi, « vraies » ?
Comme la mamie de Léo.
Et quest-ce quelle a, de plus, la mamie de Léo, que les tiennes nont pas ?
Elle accepte quon lappelle bien fort : « Maamiiiiiie ! » Malo expliqua sérieusement . Mais chez moi, yen a une quil faut appeler « Denise », et lautre, si je crie « mamie ! » dans la cour, elle mengueule.
Elle tengueule ?
Oui. Elle dit, « Je ne suis pas ta mamie, je suis encore trop jeune ! Ne me fais pas honte devant les voisins ! »
Cest la mienne, qui dit ça ?
Oui. Et elle dit aussi, que tu lui refiles tout le temps la garde de moi. Alors que la mamie de Léo, elle, dit que Léo, cest ce quelle a de plus beau dans sa vie. Moi aussi, je veux être le plus beau dans la vie de quelquun.
Ce nest pas possible que ma mère dise ça Élodie regarda tristement son fils et, plus doucement : Allez, dépêche-toi, papa va sinquiéter. Et Denise ? Elle tengueule aussi, quand tu lappelles « mamie » ?
Elle ne mengueule pas, fit Malo, sombre . Elle ne répond juste pas. Mais si je lappelle « Denise », elle me félicite. Et, maman, pourquoi mes mamies ne savent pas faire de bonnes choses à manger ?
Comment ça ? Élodie fixa son fils, incrédule. Tu te plains que tes mamies taffament ?
Oui, coupa sèchement Malo.
Tu racontes nimporte quoi ! Elles te gâtaient, moi je le vois bien !
Mouais marmonna-t-il. Saucisson, raviolis, salades Cest pas ça, la vraie cuisine.
Mais quoi alors ? Tu voudrais quoi ?
Des crêpes.
Des crêpes ? Élodie fut surprise.
Ou des beignets ! La mamie de Léo, tout à lheure, elle lui disait : « On rentre, et je te fais des beignets tout chauds, avec de la confiture et de la crème. Tu te rappelles, cet été, comme on a fait la confiture tous les deux ». Et Léo, il souriait, il hochait la tête. Moi, mes mamies, elles nont jamais fait de confiture avec moi.
Ma pauvre petite malle, souffla Élodie, la gorge serrée. Tu veux quon boive du thé avec de la confiture ce soir ? On ira en acheter
Bof Celle du supermarché, elle na pas le même goût
Et tu sais ça comment ?
Jai déjà demandé à mes mamies den acheter. Elles lont fait
Et les beignets, tu leur as demandé ?
Oui répondit tristement Malo, en enfilant son manteau. Elles trouvent que cest trop long à préparer. Elles memmènent juste au salon de thé. Les crêpes sont froides, la confiture est fade. Mais la mamie de Léo dit que les beignets, tout juste sortis de la poêle, cest le meilleur goût du monde.
Ouh là là soupira Élodie, rêveuse, prenant la main de Malo pour sortir de la crèche. Cest vrai Moi aussi, ma grand-mère me faisait ça, autrefois
En marchant jusquau parking, où le papa de Malo attendait dans la voiture, Élodie composa un numéro sur son portable.
Salut Claire, tu es là ? demanda-t-elle dune voix coupable.
Oui, répondit son amie.
Dis, tu peux me rendre service Promets-moi de ne pas te moquer !
Raconte
Tu mas dit un jour que tu sais faire les meilleurs beignets de Paris. Que ton fiston les dévore, peu importe la quantité.
Cest vrai, et alors ?
Passe-moi ta recette Quand Claire éclata de rire, Élodie supplia : Allez, cest sérieux !
Viens donc à la maison, je tapprendrai.
Mais quand ?
Maintenant !
Je peux pas, hésita Élodie . Je viens à peine de récupérer Malo à la crèche, mon mari mattend dehors
Cest parfait, venez tous ! Nos fils feront connaissance. À tout de suite ! Et Claire raccrocha sans attendre.
Le lendemain, Élodie prit exceptionnellement son après-midi. Elle fila chez sa mère pour lui apprendre, main dans la main, comment faire des beignets dorés. Sa mère maugréa, ronchonna sur la vie moderne et la mode des grands-parents cuisiniers, mais Élodie lui déclara fermement :
Maman, si on tembête tant que ça, plus jamais je ne te confie Malo. Tu sais ce qui fait la différence entre une vraie mamie et une fausse ? Dis-moi, pourquoi tu ne fais jamais de confiture lété ? Tu as un petit-fils, tu sais !
La grand-mère voulut lancer une réplique, mais croisant le regard déterminé de sa fille, elle se tut, par précaution.

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