Les enfants, naïfs et pleins dillusions, ont voulu voler de leurs propres ailes, et se sont retrouvés couverts de dettes, sans même un petit coin à eux.
Quand nos enfants se sont mariés, nous, les parents des deux familles, avons voulu leur donner un coup de main pour trouver un logement. Mon mari et moi avions rassemblé un peu déconomies, tout comme mes beaux-parents. En mettant tout en commun, cétait suffisant pour acheter un petit appartement à Paris. On aurait souhaité le prendre directement pour eux, mais ils ont insisté : ils étaient autonomes et préféraient acheter eux-mêmes.
Quelque temps plus tard, nous avons découvert quils avaient acheté un appartement, mais pas du tout le modeste deux pièces que nous avions envisagé. Non, ils avaient craqué pour un trois pièces lumineux dans le 12ème arrondissement. Où avaient-ils trouvé largent ? Un crédit bancaire, bien sûr. Et pour rembourser les mensualités ? « Nous avons les moyens, ne vous inquiétez pas », nous avaient-ils rassurés.
Puis, ils ont voulu une voiture. Lappartement étant assez loin de leur travail, les transports en commun leur semblaient trop contraignants. Résultat : ils sont sortis dun concessionnaire avec une voiture neuve, flambant neuve et achetée encore à crédit. Lorsque nous leur avons proposé une occasion, ils ont répliqué : « Nous savons ce que nous faisons, nous sommes indépendants, faites-nous confiance. »
Ensuite, est venue lenvie davoir un enfant, et si possible de le faire naître en Suisse afin dobtenir la double nationalité. Pour cela, encore un prêt, afin que Jeanne puisse accoucher dans une clinique privée à Genève où lon promettait un suivi médical irréprochable.
Le bébé est arrivé. Et ensuite, il a fallu transformer la chambre de la petite avec de beaux meubles et une décoration sur mesure : encore un emprunt. À chaque question sur les remboursements, la même réponse : « Nous sommes autonomes, nous assumerons. »
Mais le sort sen est mêlé. Mon gendre Édouard a perdu son emploi, et ma fille Camille était encore en congé maternité. Plus aucun revenu. Comment payer ces crédits qui saccumulaient ? Ils nous ont suppliés de vendre notre petite maison de campagne en Bourgogne pour les aider. Nous nen avions pas envie, mais il a fallu céder afin déviter le surendettement. Et ce sacrifice na même pas suffi.
Ils ont dû à regret vendre leur appartement, puis la voiture. Ils se sont résolus à loger chez les parents dÉdouard à Lyon. Aujourdhui, ils se lamentent de ne rien avoir à eux. Cest douloureux, mais tout cela, cest parce quils ont refusé découter. Les crédits ne sont pas tous remboursés, il leur faudra encore plusieurs années. Il ne reste que la peine, lamertume, et des larmes silencieuses.