Quand mon voisin a frappé à ma porte à dix heures du soir, il tenait dans sa main une clé qui n’était pas la sienne.

Hier soir, tu ne devineras какво ми се случи. Il était dix heures passées, jétais tranquillement dans la cuisine à faire la vaisselle, tu vois, la tête ailleurs après une longue journée. Et là, ça toque à la porte. Je nattendais absolument personne! Jouvre, cétait mon voisin, Paul Lefebvre, le type sérieux du quatrième. Il tenait une clé dans la main, mais pas la sienne, une clé toute brillante.

Il me regarde avec un air bizarre et me lance: Dis-moi, ce nest pas ta clé, ça? Je regarde le truc en métal cest vrai quelle ressemble comme deux gouttes deau à la mienne. Je lui réponds: Non, la mienne est là. Et je lui montre mon propre trousseau. Il fronce les sourcils un peu inquiet. Mais alors pourquoi elle ouvre ta porte?

Jai cru quil plaisantait mais son visage restait grave. Je lui dis: Comment ça, elle ouvre ma porte? Il me raconte: Je te jure, il y a une demi-heure, jai vu une femme entrer ici. Au début, je pensais que cétait toi, mais après je tai aperçu sur ton balcon. Là, mon cœur s’est mis à taper fort.

Ça fait deux ans que je vis seule ici, depuis le divorce, tu sais. Jai juré quon nallait plus jamais mimposer les habitudes et bruits des autres ni les clés dailleurs.

Je lui demande alors: Elle ressemblait à quoi? Il réfléchit: Cheveux bruns, la quarantaine, un sac à main. Là, jai eu un frisson qui ma traversé le dos. Personne, absolument personne à part moi na de clé de cet appart.

À part peut-être une personne mon ex-mari, Antoine. Mais bon, il mavait rendu la clé quand il est parti, il y a deux ans. Enfin, cest ce quil disait.

Tu es sûr quelle est rentrée ici? je lui demande encore, pas trop convaincue. Je l’ai vue de mes propres yeux. Elle a tourné la poignée et hop, elle est entrée, assure Paul.

Je me retourne vers lintérieur. Silence total. Et ce silence, tu vois il est bizarre, hein.

Je dis alors à Paul dattendre à la porte, mais il refuse: Hors de question que je te laisse seule! On entre ensemble, lentement, dans lappart. Tout est à sa place, la lumière du salon est allumée comme je lavais laissée. Mais là, sur la table: une tasse, ma tasse celle que personne nutilise sauf moi, remplie deau.

Je marrête nette. Je nai pas bu de leau, moi je murmure. Paul sapproche doucement et pose la main sur la tasse. Elle est encore tiède. Frissons garantis.

Cest là quon entend du bruit, un petit craquement dans le couloir. On se fige. Il y a quelquun? crie Paul. Personne ne répond.

Il avance, je le suis de près. La porte de ma chambre est entrouverte. Mon cœur fait boum boum tu imagines! Il ouvre brusquement. Personne dans la pièce. Mais mon armoire est ouverte, mes fringues remuées, et sur mon lit: une enveloppe.

Japproche, je la prends. Mon prénom écrit dessus, tout simplement: Camille. Mes mains tremblent en louvrant. Un mot, juste une phrase à lintérieur.

Quand tu seras prête à parler, tu sais où me trouver.

Jai reconnu tout de suite son écriture. Antoine. Paul me demande, inquiet: Il a encore une clé? Je secoue la tête. Il était censé ne plus rien avoir

Je massois sur le lit, complètement sonnée. La dernière fois que jai vu Antoine, cétait au tribunal, il était étonnamment tranquille. Tu sais ce quil ma dit? Un jour, tu verras, on reparlera. Javais pris ça pour une phrase en lair.

Mais là quelquun sétait vraiment invité chez moi aujourdhui. Sétait assis à ma table. Avait bu dans ma tasse. Farfouillé dans mes affaires.

Paul, toujours debout, regarde le mot. Cest quand même pas normal. Je sais je souffle. Et là, tilt dans ma tête. Je fonce au placard près de lentrée, là où je garde le double de la clé. Je fouille disparu.

À ce moment, jai pigé: il na jamais fait de double. Il na juste jamais rendu la clé dorigine. Et moi, naïve, je lavais cru.

Paul me glisse alors, tout bas: Tu devrais vraiment changer la serrure. Je regarde le mot une dernière fois, le déchire en deux.

Non, Paul. Je crois que cest autre chose que je dois changer maintenant.Paul sourit discrètement. Je sens monter en moi un drôle de mélange de soulagement et de colère, puis une envie soudaine de rire nerveusement, peut-être, mais sincèrement. Je me lève dun bond, ramasse mon trousseau et décroche la vieille clé celle quAntoine pensait posséder à jamais.

Je la tends à Paul, yeux dans les yeux. Tiens, elle, elle change ce soir. Il comprend, opine, sort son téléphone: Jai un bon serrurier. Je tappelle ça tout de suite.

Sur la porte, jaccroche un post-it où jécris seulement: Entrée interdite aux fantômes du passé. Une façon peut-être enfantine dexorciser lintrus, mais mon cœur redevient plus léger à chaque lettre tracée.

Paul plaisante: La prochaine fois que quelquun toque, tu veux que je vienne déguster une vraie tasse avec toi? Je souris pour de bon cette fois: Oui, mais à condition que ce soit ton café, pas mon eau tiède.

Dans un éclat de rire partagé, je me sens enfin libre. Demain matin, nouvelle serrure, nouveau départ. Et dans cette cuisine familière, je me promets que plus rien ni personne ne viendra, sans y être sincèrement invité, bouleverser la paix que jai mis deux ans à retrouver.

Ce soir, cest moi qui ferme la porte. Pour de bon.

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