Depuis que notre fils, Antoine, sest marié, il ne veut plus venir nous voir. Il est constamment chez la mère de sa femme, toujours aux petits soins pour elle. Celle-ci trouve toujours une urgence: voilà quelle a besoin daide à tout moment. Je narrive même pas à imaginer comment elle vivait avant que sa fille épouse notre fils.
Cela fait plus de deux ans quAntoine est marié. Après leur mariage, nos enfants ont pris leur envol, vivant dans lappartement que nous avions acheté pour Antoine lors de son entrée à luniversité. Dès son enfance, Antoine a reçu chez nous écoute et soutien. Même avant son union, il a commencé à vivre seul, son appartement étant tout près de son travail.
Je nirais pas jusquà dire que je naimais pas ma belle-fille, Élodie, mais elle ma toujours semblé un peu immature pour la vie à deux, même si Antoine na que deux ans de plus quelle. Élodie agit souvent en enfant pourri-gâté, parfois capricieuse. Antoine, si doux, minquiétait: comment allait-il faire sa vie avec une enfant?
Après avoir rencontré Élodie et sa mère, Mme Fournier, jai compris: toutes deux, bien que la mère soit mon âge, se comportaient comme des gamines. Peut-être avez-vous déjà croisé des adultes qui ressemblent à de grands enfants, incapables de se débrouiller seuls? Mme Fournier est divorcée pour la sixième fois, et à lépoque du mariage de sa fille, elle semblait tellement dépendante.
Nous navions aucun sujet commun: elle vivait dans son monde, sans simposer à nous. Nos conversations se limitaient à des politesses lors du mariage des enfants.
Les premiers signaux dalerte sont apparus avant la cérémonie: Élodie traînait Antoine à la maison de sa mère pour réparer un robinet qui coule, changer une prise, refixer une étagère. Au début, jai fermé les yeux: après tout, il ny a pas dhomme chez elles, Antoine pouvait bien donner un coup de main.
Mais avec le temps, les pannes chez Mme Fournier ne cessaient pas. Antoine ne passait plus chez nous, expliquant quil allait avec Élodie chez sa mère. Ils ont commencé à célébrer toutes les fêtes chez la belle-mère, et chez nous, il ne restait que moi, mon époux et ma belle-mère.
Jai ressenti une pointe de douleur lorsque Antoine a sauté toutes nos fêtes familiales, mais le pire fut quand il ignora nos demandes daide.
À cette période, nous avons acheté un nouveau frigo: je demandai à Antoine de venir nous aider à le porter. Il accepta dabord, puis appela pour dire quil ne pouvait pas venir : lui et Élodie devaient aller chez la mère, car la machine à laver fuyait.
Quand jai téléphoné à Antoine, jentendis Élodie dire : «Tes parents, ils ne peuvent pas engager des déménageurs?». Antoine arriva quand même, mais de mauvaise humeur.
«Papa, tu naurais pas pu appeler une équipe? Maintenant, cest moi qui dois tout porter!»
Jai perdu toute assurance Pourquoi la belle-mère nappelait-elle pas un spécialiste? Vit-elle dans un monde où il nexiste pas dartisans? Antoine me dit que sa belle-mère prenait peur : chaque fois, les réparateurs lui soutiraient de largent sans réparer quoi que ce soit.
Là, mon mari, Gérard, na pas pu se retenir: «Peut-être quelle ne comprend rien à lélectroménager, mais on dirait quelle serait bien meilleure à mener un troupeau de moutons!». Antoine sest vexé, a claqué la porte et est parti. Je nai rien dit, estimant que Gérard avait raison: les nouveaux parents dépendaient sans cesse de notre fils. Antoine devenait le plombier, lélectricien, leur homme à tout faire, mais n’avait plus de temps pour nous.
Depuis cette dispute, Antoine na pas parlé à son père pendant plus de deux semaines. Gérard refuse de faire le premier pas pour se réconcilier. Moi, je suis déchirée, entre le marteau et lenclume : il a raison, mais il aurait pu être plus doux avec Antoine. Maintenant, mon fils est blessé, il ne veut plus voir son père, et je refuse de le perdre pour une histoire aussi banale.
Gérard ne veut pas reprendre contact, et Antoine non plus, tant que Gérard ne lui présente pas ses excuses. Dans cette famille, il ny a que la belle-mère qui, apparemment, sen sort à merveille.